Je redeviens enfant, crois être une hirondelle
messagère de paix en ce tout nouvel an,
pensant vous apporter, volant à tire-d’aile
mon coeur gonflé d’amour généreux et ardent.
Il vient du Paradis, on voit encore ses plumes
toutes frémissantes d’avoir touché le Beau
et dans sa tête d’ange, en secret se rallument
des étoiles, des feux, des amours et des mots.
Si mon ange gardien, bien assis sur ma couche,
a veillé avec soin mes sommeils peu sereins,
il a aussi chassé les démons et les mouches
de mon chemin montant, d’un geste de la main.
Si le grand méchant loup un jour en moi s’éveille,
le matin ou le soir, à midi, au repas,
mon ange arrive alors, me suit et me surveille
en redressant ma course, en assurant mes pas.
Frêles sont les trésors des enfants et des anges,
exploités tous les jours à l’endroit, à l’envers,
mais qu’à la nuit venue on referme et l’on range,
de peur qu’ils ne s’enfuient de ce monde pervers.
Aussi je vous rassure en étant bien précis.
Oui, l’enfant tout joyeux s’est noyé dans mon ombre.
Oui l’ange protecteur est mort de mes soucis,
mais l’oiseau dans mon coeur fait son nid sans encombre.
Lui et moi, désormais, vivrons ensemble ainsi.
lundi 21 décembre 2009
lundi 14 décembre 2009
Il suffit...
Il suffit qu’un air pur
emplisse les poumons
pour se sentir léger
invincible et meilleur.
Il suffit d’écouter
et de lire les autres
d’en rejeter l’ivraie
d’en garder le bon grain.
Il suffit d’espérer
avec en plus des rêves
pour ne pas s’enliser
en des chemins étroits.
Il suffit de tendre une main
vers une main craintive
pour qu’un chaînon se forme
de force et d’amitié.
Il suffit d’un oiseau
chantant en solitaire
pour qu’un air de musique
par le vent l’accompagne.
Il suffit d’un sourire
sur la bouche édentée
pour que des lèvres anciennes
donnent envie au baiser.
Il suffit de mots doux
prononcés à mi-voix
pour que fondent des coeurs
en de troublants émois.
Il suffit d’un enfant
qui joue tout en riant
pour qu’un monde de plomb
devienne un monde en or.
emplisse les poumons
pour se sentir léger
invincible et meilleur.
Il suffit d’écouter
et de lire les autres
d’en rejeter l’ivraie
d’en garder le bon grain.
Il suffit d’espérer
avec en plus des rêves
pour ne pas s’enliser
en des chemins étroits.
Il suffit de tendre une main
vers une main craintive
pour qu’un chaînon se forme
de force et d’amitié.
Il suffit d’un oiseau
chantant en solitaire
pour qu’un air de musique
par le vent l’accompagne.
Il suffit d’un sourire
sur la bouche édentée
pour que des lèvres anciennes
donnent envie au baiser.
Il suffit de mots doux
prononcés à mi-voix
pour que fondent des coeurs
en de troublants émois.
Il suffit d’un enfant
qui joue tout en riant
pour qu’un monde de plomb
devienne un monde en or.
lundi 7 décembre 2009
Donner pour recevoir
J’éponge ma vie au jour le jour aprés avoir cherché en vain le principal que je savais être dans l’amande et non dans l’écorce.J’ai bien essayé de me sortir du puits mais c’était tiré par les cheveux et mes efforts furent inutiles.Aussi,ai-je bien souvent songé à me tourner le dos.Si,faisant face à mon miroir,je n’apercevais qu’un masque incapable de répondre à mes questions,ou n’entrevoyais qu’un pâle reflet,mon trouble et mon incertitude grandissaient.
J’allais ainsi,pensant qu’il y aurait toujours des riches et des pauvres,des décorés et des tondus,mais espérant qu’un jour sans doute,les rôles seraient inversés.Mes pieds,bien ancrés dans leurs souliers de poussière,le nez levé et retroussé pour sentir d’où venait le vent et jouir ensuite de ce qu’il apportait,combien de fois ai-je pris ma vie à bras le corps,tout en donnant un chèque en blanc à la Mort.L’ennui,cette araignée silencieuse qui tisse sans fin sa toile,a piégé les mots que je n’ai pas su attendre,entendre et reconnaître.Seuls,certains,bien rares,ont su me piquer et me brûler.Mes textes sont restés longtemps,trop longtemps sur le feu et n’ont pu que s’envoler en fumée et devenir de pauvres et tristes cendres grises et froides.
Je n’ai pas osé prendre du recul,par lassitude ou paresse sans doute,afin de scruter mon sommeil devenu insomnie et d’analyser mes rêves d’enfant transmués en cauchemars d’adulte.Pauvre idiot,qui,par intermittence se reculait et se déplaçait pour se regarder écrire.Narcisse qui croyait apercevoir la Vérité dans le miroir aux alouettes de l’Art,c’est-à-dire ses propres traits.Pourtant,si j’avais un tant soit peu observé,je me serais rendu compte que mon regard ne décelait aucun autre regard,mais seulement un vide immense et insondable.
Ma vie,ma vérité,sont changeantes et sont comme les femmes qui ne se mettent plus nues elles-mêmes mais que l’on déshabille lentement.
Pour autant,tout peut encore changer,car il est beaucoup plus glorieux de construire que de détruire,et si l’on ne boit pas de vin,on ne peut en manquer.Aussi,mon naturel revenant au galop,je ne veux pas feindre sur mon visage des sentiments que mon coeur ne partage pas.N’est-il point vrai que si certains rient,d’autres pleurent,mais que tous disparaîtront ? Pourquoi vouloir se distinguer et espérer en tirer vanité,en mettant en scène et en les glorifiant ses propres défauts ?Le bonheur existe,et si petite que soit sa trace,on n’a pas le droit de l’ignorer,de ne pas la suivre et la partager.Fermez les yeux pour la tenir au chaud et regardez autour de vous;ne sont-ils pas nombreux ceux qui bossent et ceux qui y croient ? Les autres,ceux qui rament comme des forcenés,les largués,il faut que par toutes nos facultés,toutes nos envies,toutes nos énergies et par tous les moyens que nous pouvons,que nous devons inventer,les aider à se raccrocher au petit bout de fil ténu qui traîne encore ici ou là.
J’ai un nouveau voisin qui transforme et rénove l’intérieur de sa maison,nouvellement acquise;il entrecoupe ses coups de masse ou de burin par des coups de cymbales,alors que sa compagne joue une fugue au piano.Ils paraissent heureux,car de temps à autre ils font une pause pour se bécoter tendrement.Hier,ou avant-hier,est-ce que le temps compte,des musiciens jouaient aux carrefours et sur les places publiques,des bandas parcouraient bruyamment les rues en faisant éclater leurs cuivres;la “truite”, de Schubert,était reprise en choeur par des groupes de jeunes poursuivant leurs études et qui abordaient les passants tout surpris,en leur offrant diverses friandises et en leur récitant des quatrains légers.Des chiens tiraient sur les laisses pour entraîner leurs maîtres vers les sanisettes canines,laissant ainsi la possibilité aux amateurs de belle architecture,de pouvoir enfin lever les yeux vers les balcons,balustrades,corniches et frontons fraîchement ravalés.Toilettage des immeubles,réfection des artères bordées d’une double rangée d’arbres à fleurs,curetage du fleuve et de ses berges,enfin débarrassés de tous les immondices et carcasses rouillées.Tout est net,propre,sent bon,et l’angélique de l’estuaire peut prospérer dans les marais et tout au long des rives alors qu’on la disait en voie de disparition.Les enfants occupent royalement les larges trottoirs transformés en aires de jeux et font naviguer sur les eaux pures et limpides des caniveaux,de frêles embarcations de papier.Les roucoulements des pigeons amoureux,se rengorgeant devant les orifices de leurs colombiers spécialement édifiés à leur intention,concurrencent les roucoulades plus langoureuses des tourterelles sédentaires.Ces plaintes, douces et monotones,accompagnent les pas légers des piétons qui musardent et fredonnent,ayant le temps pour eux et même l’éternité.Aujourd’hui encore,un des rares automobilistes circulant en centre ville,roulant à faible allure de conserve avec un cycliste,tout en échangeant des propos amènes, s’arrêta et d’un large sourire accompagné d’un grand geste affable,me fit signe de traverser.Plus loin,un couvreur à l’ouvrage a garni son échelle et son échafaudage,de guirlandes de lierre et de chèvrefeuille toutes piquetées de boutons de roses,invitant ainsi les passants à franchir un véritable arc de triomphe fleuri.Les garçonnets aident les personnes âgées à porter leurs cabas et les fillettes font franchir les carrefours aux cannes blanches.
En fin de matinée,je décide de prendre le tramway silencieux et non polluant,peint d’un ton pastel différent pour chaque ligne,ce qui me fait songer aux collections rose,verte,pourpre et or de mon enfance,afin de me déposer dans la proche banlieue,où de modestes bâtiments de deux étages seulement sont noyés dans la verdure,les fleurs et les jets-d’eau.De petits squares,ou simplement des jardins puérils tout trempés de rosé,où des arbres,des kiosques,des chaises à la Peynet,et des massifs frais et tendres comme des aquarelles,vous accueillent pour un instant de repos ou une minute de méditation.Hâvres de paix piquetant la ville et ses environs,où il fait bon respirer un air pur et embaumé.En observant mieux,on peut se rendre compte que chaque immeuble tourne sur lui-même à la façon des tournesols,de façon à exposer en permanence la partie la plus habitée aux rayons du soleil, en suivant sa course.
Où suis-je,qui suis-je ? Je me sens tout à coup honteux de ne pas avoir à m’inquiéter du lendemain et pense que rien n’est plus faux qu’un rire qui se force.Le bonheur coule entre mes doigts écartés de mes mains percées.Je tombe mon habit de lumière et revêts les hardes de la mendicité;je vous en conjure,chèvres barbues,ne sautez pas de désapprobation,vous allez exciter les boucs inquiets.Je prends ma tête entre les mains;j’ai tout faux;je n’y connais rien et “il n’y a pas de liberté pour l’ignorant *.Je suis ligoté au totem de la bêtise.
.....ils trouvèrent l’homme désarmé,sans garantie ni occupation,corrompu par la masse,perdu parmi les siens,”sachant que sa vie ne serait pas vraie si elle n’était pas ajustée à l’imminence de la Mort ** Connaissant que ce qui est rare est précieux,du fond de son être,par atavisme peut-être,par amour sûrement,l’homme sentit monter à ses lèvres un refrain que,tout jeune,il entendait fredonner à son père lorsque ce dernier avait des ennuis.Son coeur se pinça au souvenir de ses parents et il se mit à chanter:
“J’emmerde les gendarmes,là-haut, là-haut,
j’emmerde les gendarmes et.................
Rien n’est jamais perdu d’avance,et comme le dit le proverbe espagnol:
“No hay mal que por bien no venga” ***
* Condorcet ** Malraux *** Tout est bien qui finit bien
J’allais ainsi,pensant qu’il y aurait toujours des riches et des pauvres,des décorés et des tondus,mais espérant qu’un jour sans doute,les rôles seraient inversés.Mes pieds,bien ancrés dans leurs souliers de poussière,le nez levé et retroussé pour sentir d’où venait le vent et jouir ensuite de ce qu’il apportait,combien de fois ai-je pris ma vie à bras le corps,tout en donnant un chèque en blanc à la Mort.L’ennui,cette araignée silencieuse qui tisse sans fin sa toile,a piégé les mots que je n’ai pas su attendre,entendre et reconnaître.Seuls,certains,bien rares,ont su me piquer et me brûler.Mes textes sont restés longtemps,trop longtemps sur le feu et n’ont pu que s’envoler en fumée et devenir de pauvres et tristes cendres grises et froides.
Je n’ai pas osé prendre du recul,par lassitude ou paresse sans doute,afin de scruter mon sommeil devenu insomnie et d’analyser mes rêves d’enfant transmués en cauchemars d’adulte.Pauvre idiot,qui,par intermittence se reculait et se déplaçait pour se regarder écrire.Narcisse qui croyait apercevoir la Vérité dans le miroir aux alouettes de l’Art,c’est-à-dire ses propres traits.Pourtant,si j’avais un tant soit peu observé,je me serais rendu compte que mon regard ne décelait aucun autre regard,mais seulement un vide immense et insondable.
Ma vie,ma vérité,sont changeantes et sont comme les femmes qui ne se mettent plus nues elles-mêmes mais que l’on déshabille lentement.
Pour autant,tout peut encore changer,car il est beaucoup plus glorieux de construire que de détruire,et si l’on ne boit pas de vin,on ne peut en manquer.Aussi,mon naturel revenant au galop,je ne veux pas feindre sur mon visage des sentiments que mon coeur ne partage pas.N’est-il point vrai que si certains rient,d’autres pleurent,mais que tous disparaîtront ? Pourquoi vouloir se distinguer et espérer en tirer vanité,en mettant en scène et en les glorifiant ses propres défauts ?Le bonheur existe,et si petite que soit sa trace,on n’a pas le droit de l’ignorer,de ne pas la suivre et la partager.Fermez les yeux pour la tenir au chaud et regardez autour de vous;ne sont-ils pas nombreux ceux qui bossent et ceux qui y croient ? Les autres,ceux qui rament comme des forcenés,les largués,il faut que par toutes nos facultés,toutes nos envies,toutes nos énergies et par tous les moyens que nous pouvons,que nous devons inventer,les aider à se raccrocher au petit bout de fil ténu qui traîne encore ici ou là.
J’ai un nouveau voisin qui transforme et rénove l’intérieur de sa maison,nouvellement acquise;il entrecoupe ses coups de masse ou de burin par des coups de cymbales,alors que sa compagne joue une fugue au piano.Ils paraissent heureux,car de temps à autre ils font une pause pour se bécoter tendrement.Hier,ou avant-hier,est-ce que le temps compte,des musiciens jouaient aux carrefours et sur les places publiques,des bandas parcouraient bruyamment les rues en faisant éclater leurs cuivres;la “truite”, de Schubert,était reprise en choeur par des groupes de jeunes poursuivant leurs études et qui abordaient les passants tout surpris,en leur offrant diverses friandises et en leur récitant des quatrains légers.Des chiens tiraient sur les laisses pour entraîner leurs maîtres vers les sanisettes canines,laissant ainsi la possibilité aux amateurs de belle architecture,de pouvoir enfin lever les yeux vers les balcons,balustrades,corniches et frontons fraîchement ravalés.Toilettage des immeubles,réfection des artères bordées d’une double rangée d’arbres à fleurs,curetage du fleuve et de ses berges,enfin débarrassés de tous les immondices et carcasses rouillées.Tout est net,propre,sent bon,et l’angélique de l’estuaire peut prospérer dans les marais et tout au long des rives alors qu’on la disait en voie de disparition.Les enfants occupent royalement les larges trottoirs transformés en aires de jeux et font naviguer sur les eaux pures et limpides des caniveaux,de frêles embarcations de papier.Les roucoulements des pigeons amoureux,se rengorgeant devant les orifices de leurs colombiers spécialement édifiés à leur intention,concurrencent les roucoulades plus langoureuses des tourterelles sédentaires.Ces plaintes, douces et monotones,accompagnent les pas légers des piétons qui musardent et fredonnent,ayant le temps pour eux et même l’éternité.Aujourd’hui encore,un des rares automobilistes circulant en centre ville,roulant à faible allure de conserve avec un cycliste,tout en échangeant des propos amènes, s’arrêta et d’un large sourire accompagné d’un grand geste affable,me fit signe de traverser.Plus loin,un couvreur à l’ouvrage a garni son échelle et son échafaudage,de guirlandes de lierre et de chèvrefeuille toutes piquetées de boutons de roses,invitant ainsi les passants à franchir un véritable arc de triomphe fleuri.Les garçonnets aident les personnes âgées à porter leurs cabas et les fillettes font franchir les carrefours aux cannes blanches.
En fin de matinée,je décide de prendre le tramway silencieux et non polluant,peint d’un ton pastel différent pour chaque ligne,ce qui me fait songer aux collections rose,verte,pourpre et or de mon enfance,afin de me déposer dans la proche banlieue,où de modestes bâtiments de deux étages seulement sont noyés dans la verdure,les fleurs et les jets-d’eau.De petits squares,ou simplement des jardins puérils tout trempés de rosé,où des arbres,des kiosques,des chaises à la Peynet,et des massifs frais et tendres comme des aquarelles,vous accueillent pour un instant de repos ou une minute de méditation.Hâvres de paix piquetant la ville et ses environs,où il fait bon respirer un air pur et embaumé.En observant mieux,on peut se rendre compte que chaque immeuble tourne sur lui-même à la façon des tournesols,de façon à exposer en permanence la partie la plus habitée aux rayons du soleil, en suivant sa course.
Où suis-je,qui suis-je ? Je me sens tout à coup honteux de ne pas avoir à m’inquiéter du lendemain et pense que rien n’est plus faux qu’un rire qui se force.Le bonheur coule entre mes doigts écartés de mes mains percées.Je tombe mon habit de lumière et revêts les hardes de la mendicité;je vous en conjure,chèvres barbues,ne sautez pas de désapprobation,vous allez exciter les boucs inquiets.Je prends ma tête entre les mains;j’ai tout faux;je n’y connais rien et “il n’y a pas de liberté pour l’ignorant *.Je suis ligoté au totem de la bêtise.
.....ils trouvèrent l’homme désarmé,sans garantie ni occupation,corrompu par la masse,perdu parmi les siens,”sachant que sa vie ne serait pas vraie si elle n’était pas ajustée à l’imminence de la Mort ** Connaissant que ce qui est rare est précieux,du fond de son être,par atavisme peut-être,par amour sûrement,l’homme sentit monter à ses lèvres un refrain que,tout jeune,il entendait fredonner à son père lorsque ce dernier avait des ennuis.Son coeur se pinça au souvenir de ses parents et il se mit à chanter:
“J’emmerde les gendarmes,là-haut, là-haut,
j’emmerde les gendarmes et.................
Rien n’est jamais perdu d’avance,et comme le dit le proverbe espagnol:
“No hay mal que por bien no venga” ***
* Condorcet ** Malraux *** Tout est bien qui finit bien
vendredi 4 décembre 2009
Amandine
Voici déjà trois mois qu’il couraille Amandine.Rencontrée à la F.N.A.C. faisant la queue derrière lui à la caisse n°2, tenant à la main le dernier roman de Françoise Parturier;”Le sexe des anges”,alors qu’il en présentait lui-même à la caissière un autre exemplaire.Leurs regards se croisèrent aprés avoir instinctivement balayé leur achat respectif et,ensemble,soudainement éclatèrent de rire sur cette coïncidence de lecture future,alors qu’en fait,il n’y avait rien d’extraordinaire à ce que dans une grande libraireie,deux exemplaires d’un même ouvrage soient achetés simultanément.
_Vous êtes ensemble ? leur demanda gentiment la caissière.
_Oui,répondit la jeune fille spontanément, mais on en veut deux .
L’employée parut ne pas bien saisir la réflexion,pas plus que lui d’ailleurs et la fille ajouta de façon sibylline:
_Il est préférable de posséder chacun le sien, on ne sait jamais.Voulait-elle parler du bouquin,d’un ange ou du sexe ? Ils sortirent ensemble et furent agressés par le souffle d’un petit vent aigre-doux de fin d’hiver qui s’engouffrait dans l’interminable et étroite rue Sainte-Catherine. Il demanda:
_Je t’offre un pot ?
_J’ai une demi-heure devant moi.C’était sa manière de répondre oui.Devant une “pression” et un chocolat,la conversation fut des plus banale.Il voulait être brillant mais ne réussit qu’à friser la muflerie.
_Comme ça, tu t’intéresses au sexe ?
_Disons plutôt à l’anatomie mâle. Si bavard à l’ordinaire, il ne sut que répondre car pris de court. La demi-heure écoulée, elle se leva, fit un petit signe de la main.
_Ciao !
Quelques jours plus tard il la revit à la Bibliothèque Municipale. Il feuilletait un recueil d’Aragon et balbutiait, paupières baissées et le coeur pincé par l’émotion, une strophe par ci, un quatrain par là:
Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
j’ai vu tous les soleils y venir s’y mirer....
..lorsqu’il sentit une main se poser sur son bras.La tête pleine d’étoiles,il ouvrit les yeux et aperçut Amandine qui se penchait pour déchiffrer le titre de son livre.Son regard bleu acier se troubla imperceptiblement dans une sorte de buée légère.
_T’es vraiment éclectique,dis donc ! Mini-jupe gris souris,veste blazer même ton sur un chemisier bordeaux,bas,souliers plats également bordeaux, il pensa qu’elle devait travailler au C.I.V.B. ou à l’Office de Tourisme.
_T’es hôtesse ? demanda-t-il stupidement.
_Non,videuse.Un éclair stria ses prunelles et le bleu acier devint vraiment encore plus métallique,son bras gauche se leva en équerre à hauteur des yeux,ses pieds s’écartèrent sensiblement pour assurer une meilleure assise.Il comprit par cette attitude qu’elle devait pratiquer les arts martiaux et que dans sa fonction mieux valait ne pas se frotter à elle.
-Je pars,veux-tu prendre un demi ? Une fois de plus il fut pris de court.
_D’ac,mais c’est moi qui douille.
_Normal,puisque c’est moi qui t’invite,rétorqua-t-elle en souriant.
Glossaire
Courailler = Courtiser---Draguer
C.I.V.B = Conseil Interprofessionnel du vin de Bordeaux
Douiller = Payer
_Vous êtes ensemble ? leur demanda gentiment la caissière.
_Oui,répondit la jeune fille spontanément, mais on en veut deux .
L’employée parut ne pas bien saisir la réflexion,pas plus que lui d’ailleurs et la fille ajouta de façon sibylline:
_Il est préférable de posséder chacun le sien, on ne sait jamais.Voulait-elle parler du bouquin,d’un ange ou du sexe ? Ils sortirent ensemble et furent agressés par le souffle d’un petit vent aigre-doux de fin d’hiver qui s’engouffrait dans l’interminable et étroite rue Sainte-Catherine. Il demanda:
_Je t’offre un pot ?
_J’ai une demi-heure devant moi.C’était sa manière de répondre oui.Devant une “pression” et un chocolat,la conversation fut des plus banale.Il voulait être brillant mais ne réussit qu’à friser la muflerie.
_Comme ça, tu t’intéresses au sexe ?
_Disons plutôt à l’anatomie mâle. Si bavard à l’ordinaire, il ne sut que répondre car pris de court. La demi-heure écoulée, elle se leva, fit un petit signe de la main.
_Ciao !
Quelques jours plus tard il la revit à la Bibliothèque Municipale. Il feuilletait un recueil d’Aragon et balbutiait, paupières baissées et le coeur pincé par l’émotion, une strophe par ci, un quatrain par là:
Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
j’ai vu tous les soleils y venir s’y mirer....
..lorsqu’il sentit une main se poser sur son bras.La tête pleine d’étoiles,il ouvrit les yeux et aperçut Amandine qui se penchait pour déchiffrer le titre de son livre.Son regard bleu acier se troubla imperceptiblement dans une sorte de buée légère.
_T’es vraiment éclectique,dis donc ! Mini-jupe gris souris,veste blazer même ton sur un chemisier bordeaux,bas,souliers plats également bordeaux, il pensa qu’elle devait travailler au C.I.V.B. ou à l’Office de Tourisme.
_T’es hôtesse ? demanda-t-il stupidement.
_Non,videuse.Un éclair stria ses prunelles et le bleu acier devint vraiment encore plus métallique,son bras gauche se leva en équerre à hauteur des yeux,ses pieds s’écartèrent sensiblement pour assurer une meilleure assise.Il comprit par cette attitude qu’elle devait pratiquer les arts martiaux et que dans sa fonction mieux valait ne pas se frotter à elle.
-Je pars,veux-tu prendre un demi ? Une fois de plus il fut pris de court.
_D’ac,mais c’est moi qui douille.
_Normal,puisque c’est moi qui t’invite,rétorqua-t-elle en souriant.
Glossaire
Courailler = Courtiser---Draguer
C.I.V.B = Conseil Interprofessionnel du vin de Bordeaux
Douiller = Payer
mercredi 2 décembre 2009
Qiétude
Viens prés de moi et profitons ensemble
de la douceur du soir.Vois,l'automne est là;
jaunes et rouges habillent le feuillage,
les pommes oubliées se rident
comme petites vieilles,les abeilles
attardées ronflent sur les lauriers.
Regarde le ciel pur mouillé aprés
l'ondée tandis que les noirs moutons
s'effilochent à l'horizon.
Reste à mon côté,appuyée à l'épaule
où ton joli minois est venu se nicher,
serein et transparent,d'une quiétude
folle. Ton corps est au repos,
ton âme va en paix.
de la douceur du soir.Vois,l'automne est là;
jaunes et rouges habillent le feuillage,
les pommes oubliées se rident
comme petites vieilles,les abeilles
attardées ronflent sur les lauriers.
Regarde le ciel pur mouillé aprés
l'ondée tandis que les noirs moutons
s'effilochent à l'horizon.
Reste à mon côté,appuyée à l'épaule
où ton joli minois est venu se nicher,
serein et transparent,d'une quiétude
folle. Ton corps est au repos,
ton âme va en paix.
lundi 30 novembre 2009
Heureuse méprise
Nicolas garde son troupeau sur la lande, aux abords de l’étang de Boustous, en cette belle fin d’aprés-midi de septembre. Son chien Tim, bâtard pyrénéen au poil épais et frisé, assis sur son cul, tire la langue et halète avec bruit tout en surveillant les bêtes. Le soleil descend au travers d’une légère brume de chaleur dégagée par l’eau. Tout est calme. Le berger boit à la régalade une bonne giclée de piquette tenue au frais dans une gourde en peau de chèvre, puis offre à son chien dans le creux de la main, une lampée d’eau tièdie versée d’un bidon métallique.
Soudain, les moutons se bousculent et refluent en désordre vers leurs gardiens tandis qu’un vol de colverts s’élève au dessus des jaugues avec un bruit de drapeaux claquants au vent. Le chien aboie bref puis grogne sourdement. Nicolas, grand jeune homme de vingt-deux ans, se dresse d’un seul mouvement et cherche du regard ce qui peut bien effaroucher les animaux. Il aperçoit par côté de la nappe d’eau une forme légère, floue, qui avance dans le halo rougeoyant du couchant.
_ “Hé, là-bas ! restez où vous êtes, sinon vous allez vous enfoncer jusqu’aux genoux dans la vase.”
Laissant son troupeau redevenu calme à la vigilance de Tim, il contourne par la gauche en prenant au large, le bord de l’étang le séparant de l’apparition et se trouve bientôt face à une jeune fille immobile, vêtue d’un tee-shirt blanc orné en pleine poitrine d’une grosse rose rouge, d’un short trés court en toile de jean aux bords effrangés et chaussée d’espadrilles bleu ciel toutes maculées de boue noirâtre. Elle tient dans sa main droite un énorme bouquet de bruyère callune dont le gris pourpré est égayé par le jaune éclatant de quelques iris d’eau tardifs. Ses cheveux longs, d’un blond de paille clair, sont relevés en un chignon dégageant une nuque fine et haute. De ses yeux verts, plissés, elle regarde venir à elle ce grand garçon.
_ “Bonjour , “dit-elle
_ “Bonjour,” répond Nicolas, la gorge légèrement nouée devant cette belle fille aguichante en son accoutrement de touriste égarée.A coup sûr, pense-t-il, elle n’est pas de la région car les mouniques par ici sont plutôt brunes aux yeux noirs.
_” Qui es-tu, d’où viens-tu ? “ demande-t-il
_ “Je suis Caroline et viens du camping de Pompanne où j’ai laissé ma famille au moment de la sieste en partant à vélo par la piste cyclable qui mène à Brousseau. Je me suis arrêtée pour cueillir ce bouquet et me suis trop éloignée pour retrouver mon vélo et la piste. Je marche depuis plus de deux heures sans savoir où je me trouve et suis crevée.”
_”Hé bien ! dis donc, tu as fait un sacré bout de chemin car ton camping est à environ huit kilomètres d’ici; si tu veux je vais rentrer mes bestiaux plus tôt que d’habitude et te ramener en mob jusqu’aux tiens. Demain tu pourras aller chercher ton vélo par la piste.”
_ “D’accord, tu es chouette , et beau garçon en plus “, ajoute-t-elle. Nicolas rougit sous le compliment.Aucune fille de sa connaissance n’attaquerait un garçon de cette façon là, même l’Adine pourtant délurée qui n’a pas froid aux yeux.
Ils rejoignent le troupeau bien groupé sous l’oeil attentif de Tim qui s’approche et flaire l’inconnue. Un quart d’heure plus tard ils arrivent à la bergerie où Nicolas, aidé du chien qui mordille quelques pattes traînardes, y parque les moutons, verse plusieurs seaux d’eau dans une grande auge en ciment et éparpille deux poignées de gros sel sur quatre pierres plates. Il ressort, referme la porte et tire un dernier seau du puits, ôte sa chemisette, s’asperge le torse, les bras et la tête puis s’ébroue, tout rafraîchi. Il va se saisir d’une serviette éponge dans la cabane peu éloignée de la bergerie et s’essuie tout en revenant vers le pas de la porte d’où il aperçoit Caroline, poitrine nue, s’asperger comme il vient de le faire. Bien entendu, des poupes à l’air, il en a vu d’autres car elles sont nombreuses sur les plages toutes proches.Même des nus intégraux dans les coins un peu sauvages sont monnaie courante; mais là, comme ça, en tête-à-tête, sans se connaître !
_”Eh, Apollon ! passe-moi ta serviette, s’il-te-plaît.” Elle s’essuie à son tour longuement, par petites touches, comme chatte à la toilette, caressant au passage ses tétons durs et ronds; elle dénoue enfin son chignon et sa chevelure se déploie en tombant dans son dos telle une cascade dorée. Le pauvre Nicolas prend des couleurs comme fruits bien mûrs, pendant que Caroline entre dans la cabane.
_ “Dis donc, tu couches là dedans ? “ s’exclame-t-elle en apercevant une paillasse sur laquelle est déployé un sac de couchage usagé.
_” Oui, parfois, quand j’ai de quoi manger et que je sens que la nuit sera belle, je ne rentre pas au village. Bon, tant qu’il fait encore bien clair, veux-tu que je te ramène ?”
_” O.K, “ et elle enfourche aussi sec la mobylette que tient Nicolas. Aprés avoir attaché dans son dos et à la ceinture du short son bouquet avec une ligasse, elle plaque ses mains devenues libres à même la peau, sous la chemisette de Nicolas qui tressaille à ce contact et démarre. Le trajet est vite avalé.Arrivés devant le camping, Caroline saute prestement à terre, s’approche de Nicolas et lui donne un baiser léger sur la bouche.
_”Ciao ! et merci, beau gosse. “ En deux bonds de gazelle, elle disparaît. Le garçon, tout jouasse mais ému et brouillé intérieurement, patiente quelques minutes pour que s’apaisent les battemens de son coeur et ralentisse le sang dans ses artères,avant de faire demi-tour.Il décide de rester à la cabane, voulant étre seul afin de pouvoir savourer tout le miel de cette rencontre.Il mange frugalement d’un quignon de pain dur et d’une croûte de fromage, se désaltère d’eau fraîche du puits et s’étend sur l’herbe rase, à quelques mètres de la bergerie pour éviter l’odeur forte du suint; Tim vient le rejoindre et s’allonge à son côté, museau posé entre ses pattes .
_”Tu te rends compte, quelle journée ! C’est tout de même une sacrée nana, drôlement gironde et qui n’a pas froid aux yeux; il faut que je sois un foutu couillon pour ne pas avoir essayer de la draguer, mais que veux-tu, j’ai été surpris.Et sa bouche !, un goût de framboise qu’elle a; je te dis que lorsque j’embrasse la Marianne du Grand Chêne, ça sent l’ail la semaine et le sent-bon de Prisunic le dimanche. Quelle différence !” Nicolas parle tout haut en prenant son can à témoin, témoin attentif qui bat de la queue de temps à autre pour acquiescer. De longues heures passent ainsi, chacun enfermé dans ses propres rêves.
Le lendemain matin, à la pointe du jour, à l’heure bleue où tombent le silence et la rosée, le berger fait le guet devant le camping sans trop savoir pourquoi. Dans sa tête, les mots et les gestes de la veille se bousculent encore et son corps lui rappelle les sensations merveilleuses éprouvées au contact des mains caressantes sur la peau de son ventre et des lèvres sensuelles sur sa bouche. Le temps passe.... Nicolas se raidit tout à coup car son regard vient de se figer sur Caroline sortant du camping son vélo à la main.Il ne se demande pas comment a-t-elle pu le récupérer si vite. Il ne voit que la jeune fille, vêtue d’un tee-shirt groseille et d’un jeans de velours grenat, les cheveux noués en une magnifique queue de cheval. Elle va démarrer lorsqu’il l’apostrophe en s’avançant :
_” Holà ! Caro, où vas-tu si tôt ?”
_” D’abord, je vais où bon me semble,ensuite je ne vois pas en quoi cela puisse t’intéresser,
vous n’êtes pas moisis dans le coin pour draguer de si bonne heure!”
_” Mais, Caro...”
_” Tu te trompes d’adresse, joli coeur et je n’ai pas de temps à perdre. “
Là dessus, elle part d’un coup de pédale rageur. Nicolas reste tout marri et ne sais que penser. Soudain un aboiement lui rappelle Tim et les moutons.Il repart, penaud, en sens inverse et ouvre en grand, sitôt arrivé, la porte de la bergerie qui vomit comme tous les matins son lot de bêlements monocordes, de tambourinages de centaines de pattes nerveuses et de bondissements aussi vigoureux qu’imprévisibles et désordonnés. Les bêtes impatientes savent, d’instinct, que par temps chaud et sec, les meilleurs moments pour brouter sont tôt le matin et tard le soir; cette débandade est accompagnée des jappements secs et répétés de Tim repre- nant son rôle de gardien. Les heures passent lentement et Nicolas à beau retourner dans sa tête tous les détails de ces deux rencontres, il ne peut comprendre les attitudes aussi différentes de Caroline et en est vraiment malheureux. A-t-il fâché la jeune fille en s’affichant si tôt ce matin à son regard ? Il ne voit rien d’autre.
L’aprés-midi est bien avancé lorsqu’il observe Tim, à quelques mètres de lui, qui émet de petits jappements étranglés tout en fouettant de la queue. Il se retourne et voit Caro, semblable à la veille, toute souriante.
_” Bonsoir, beau brun” , et s’approchant, elle lui claque une bise sur chaque joue.
_” Bon...soir”, répond Nicolas abasourdi par cette douche écossaise.
_” Oh là là ! j’ai eu raison, qu’est-ce que tu piques ! Je t’ai apporté une lotion aprés rasage pour te remercier de ton dépannage, j’espère que cela t’inciteras à te peler tous les jours. “
_” Comment es-tu venue ?”
_” Ben, nigaud, par le chemin d’hier au soir; j’ai récupéré mon vélo et me voilà,tu es content ? J’ai amené mon sac de couchage et compte passer la nuit ici et il y aura une autre surprise tout à l’heure. “
Nicolas est bras ballants et bouche bée, tu parles de surprise ! D’abord le fait qu’elle soit là, à portée de main, en chair et en os comme la veille; ensuite, de lui apprendre qu’elle va coucher ici même et enfin, de lui annoncer une autre surprise. Cela fait beaucoup pour un seul homme et son imagination travaille, travaille....
_” Oui, mais je n’ai rien pour manger et...”
_” Ne t’inquiètes pas, j’ai ramené dans mon sac plus qu’il en faut pour deux, tu verras.”
Quelle fille, tout de même, pense le garçon: jolie mais capricieuse, aimable mais inconstante, enjôleuse mais revêche, la nuit et le jour, quoi!
Sur le chemin du retour, Caroline est en tête, suivie du troupeau, Nicolas ferme la marche et Tim virevolte tout autour en faisant resserrer les rangs. Ils canalisent les bêtes par la porte restée béante et, pendant que le berger leur distribue eau et sel, Caro entre dans la cabane. Lorsqu’il ferme le vantail derrière lui, Nicolas voit la jeune fille qui, comme la veille, poitrine à l’air, s’asperge d’eau.Il remarque qu’elle a troqué son short contre le jean grenat du matin et que ses seins sont aussi relevés mais paraissent plus petits.
_” Tu me passes de quoi m’essuyer, berger, s’il-te-plaît ! “Le ton de la voix est légèrement plus sourd. Quelque peu dubitatif, Nicolas ne veut pas penser que Caro puisse encore être en colère, de quoi ? Tout en s’approchant, il remarque les yeux plus gris que verts et songe alors aux contes et légendes racontés par sa mère lorsqu’il était enfant et dans lesquels se mouvaient beaucoup de fées et de génies, bons et mauvais. Ce n’est tout de même pas la Tiaoute-vieille. Revenant à la cabane, son désarroi augmente lorsqu’il aperçoit Caro déballant de son sac à dos un tas de provisions de bouche solides et liquides.Il revient sur le seuil, tout tourneboulé et constate qu’il n’y a personne autour du puits.
_” Bon, tout va être prêt mais je pense qu’avant de passer à table tu vas te raser et te rafraîchir avec ceci,” et elle lui tend le flacon promis.
_”Au fait, poursuit-elle, tu as bien dans ta bicoque trois assiettes et trois verres ?”
_” Oui, dans le placard derrière toi.” Il sort et se dirige vers le puits, se lave le haut du corps, trempe ses pieds dans un seau d’eau pendant qu’il se rase. Séché et pelé, comme dit Caro il asperge sa figure de lotion offerte puis revient, content et rafraîchi.
_” Approche, lui demande la jeune fille,viens te montrer et ferme les yeux.” Il obtempère et penche un peu la tête.
_” Comme il sent bon !” s’exclame-t-elle, et lui passant le dos de la main sur la joue, comme il est doux ! Cela mérite bien un bisou. “Alors, Nicolas reçoit simultanément sur les deux joues un long, trés long baiser appuyé et agréable. Il est aux anges, il tend les mains mais réalise en un éclair l’impossibilité pour Caro d’avoir pu l’embrasser des deux côtés à la fois. Il ouvre les yeux et recule de trois pas. De quel mal est-il atteint ? Tout ce qui lui arrive depuis vingt-quatre heures est extraordinaire et jamais il ne s’est trouvé en une telle situation. Il voit Caro dédoublée, devant lui , qui sourit , pouffe et finalement éclate de rire en s’étranglant et mouillant ses paupières. Il croît rêver, se pince, appelle Tim qui frétille non seulement de la queue mais de tout son corps en lui léchant les mains. Il referme les yeux un instant, les rouvre, fait le geste de la main comme pour effacer quelque chose ou entr’ouvrir un rideau. Deux Caro lui font toujours face, pommettes rosies et regards humides par le fou rire enfin maîtrisé.
_” Oh, oh ! Nicolas, reviens-nous vite. C’est moi, Caro et je te présente ma soeur jumelle Muriel qui a aussi porté son sac de couchage et avec ta permission nous aimerions toutes les deux passer trois jours avec toi, Tim et tes brebis. Un petit retour à la terre si tu veux. “
Caroline alors avance à toucher le garçon encore sous le choc et lui baise la bouche de ses lèvres au goût de framboise, fait un pas de côté pour laisser sa soeur Muriel en faire autant et, frappant dans ses mains, annonce de sa voix claire au trés léger accent gavache.
_” A table ! on mange maintenant.”
Tim, qui n’a pas compris grand chose lui non plus à tout ce tralala et ces embrassades, connaît bien ce que le mot manger veut dire et manifeste son contentement par une série de petits jappements aigus émis en droite ligne par son estomac affamé.
Glossaire
Jaugue = Jonc mais aussi Jonchaie ou Joncheraie.
Callune = Bruyère cendrée
Mounique = Femme ou jeune fille vive, délurée plutôt sympa.
Poupes = Seins
Ligasse = Bout de ficelle, de tissu, etc...
Jouasse = Content, heureux.
Sent-bon = Parfum bon marché.
Can = Chien.
Tomber =En parler “bordeluche” le jour, la nuit, la bruine, le brouillard, la rosée, etc..., tombent
Tiaoute-Vieille = La mauvaise fée, l’inverse de Mélusine.
Gavache = Du nord de l’estuaire soit le charentais.
Soudain, les moutons se bousculent et refluent en désordre vers leurs gardiens tandis qu’un vol de colverts s’élève au dessus des jaugues avec un bruit de drapeaux claquants au vent. Le chien aboie bref puis grogne sourdement. Nicolas, grand jeune homme de vingt-deux ans, se dresse d’un seul mouvement et cherche du regard ce qui peut bien effaroucher les animaux. Il aperçoit par côté de la nappe d’eau une forme légère, floue, qui avance dans le halo rougeoyant du couchant.
_ “Hé, là-bas ! restez où vous êtes, sinon vous allez vous enfoncer jusqu’aux genoux dans la vase.”
Laissant son troupeau redevenu calme à la vigilance de Tim, il contourne par la gauche en prenant au large, le bord de l’étang le séparant de l’apparition et se trouve bientôt face à une jeune fille immobile, vêtue d’un tee-shirt blanc orné en pleine poitrine d’une grosse rose rouge, d’un short trés court en toile de jean aux bords effrangés et chaussée d’espadrilles bleu ciel toutes maculées de boue noirâtre. Elle tient dans sa main droite un énorme bouquet de bruyère callune dont le gris pourpré est égayé par le jaune éclatant de quelques iris d’eau tardifs. Ses cheveux longs, d’un blond de paille clair, sont relevés en un chignon dégageant une nuque fine et haute. De ses yeux verts, plissés, elle regarde venir à elle ce grand garçon.
_ “Bonjour , “dit-elle
_ “Bonjour,” répond Nicolas, la gorge légèrement nouée devant cette belle fille aguichante en son accoutrement de touriste égarée.A coup sûr, pense-t-il, elle n’est pas de la région car les mouniques par ici sont plutôt brunes aux yeux noirs.
_” Qui es-tu, d’où viens-tu ? “ demande-t-il
_ “Je suis Caroline et viens du camping de Pompanne où j’ai laissé ma famille au moment de la sieste en partant à vélo par la piste cyclable qui mène à Brousseau. Je me suis arrêtée pour cueillir ce bouquet et me suis trop éloignée pour retrouver mon vélo et la piste. Je marche depuis plus de deux heures sans savoir où je me trouve et suis crevée.”
_”Hé bien ! dis donc, tu as fait un sacré bout de chemin car ton camping est à environ huit kilomètres d’ici; si tu veux je vais rentrer mes bestiaux plus tôt que d’habitude et te ramener en mob jusqu’aux tiens. Demain tu pourras aller chercher ton vélo par la piste.”
_ “D’accord, tu es chouette , et beau garçon en plus “, ajoute-t-elle. Nicolas rougit sous le compliment.Aucune fille de sa connaissance n’attaquerait un garçon de cette façon là, même l’Adine pourtant délurée qui n’a pas froid aux yeux.
Ils rejoignent le troupeau bien groupé sous l’oeil attentif de Tim qui s’approche et flaire l’inconnue. Un quart d’heure plus tard ils arrivent à la bergerie où Nicolas, aidé du chien qui mordille quelques pattes traînardes, y parque les moutons, verse plusieurs seaux d’eau dans une grande auge en ciment et éparpille deux poignées de gros sel sur quatre pierres plates. Il ressort, referme la porte et tire un dernier seau du puits, ôte sa chemisette, s’asperge le torse, les bras et la tête puis s’ébroue, tout rafraîchi. Il va se saisir d’une serviette éponge dans la cabane peu éloignée de la bergerie et s’essuie tout en revenant vers le pas de la porte d’où il aperçoit Caroline, poitrine nue, s’asperger comme il vient de le faire. Bien entendu, des poupes à l’air, il en a vu d’autres car elles sont nombreuses sur les plages toutes proches.Même des nus intégraux dans les coins un peu sauvages sont monnaie courante; mais là, comme ça, en tête-à-tête, sans se connaître !
_”Eh, Apollon ! passe-moi ta serviette, s’il-te-plaît.” Elle s’essuie à son tour longuement, par petites touches, comme chatte à la toilette, caressant au passage ses tétons durs et ronds; elle dénoue enfin son chignon et sa chevelure se déploie en tombant dans son dos telle une cascade dorée. Le pauvre Nicolas prend des couleurs comme fruits bien mûrs, pendant que Caroline entre dans la cabane.
_ “Dis donc, tu couches là dedans ? “ s’exclame-t-elle en apercevant une paillasse sur laquelle est déployé un sac de couchage usagé.
_” Oui, parfois, quand j’ai de quoi manger et que je sens que la nuit sera belle, je ne rentre pas au village. Bon, tant qu’il fait encore bien clair, veux-tu que je te ramène ?”
_” O.K, “ et elle enfourche aussi sec la mobylette que tient Nicolas. Aprés avoir attaché dans son dos et à la ceinture du short son bouquet avec une ligasse, elle plaque ses mains devenues libres à même la peau, sous la chemisette de Nicolas qui tressaille à ce contact et démarre. Le trajet est vite avalé.Arrivés devant le camping, Caroline saute prestement à terre, s’approche de Nicolas et lui donne un baiser léger sur la bouche.
_”Ciao ! et merci, beau gosse. “ En deux bonds de gazelle, elle disparaît. Le garçon, tout jouasse mais ému et brouillé intérieurement, patiente quelques minutes pour que s’apaisent les battemens de son coeur et ralentisse le sang dans ses artères,avant de faire demi-tour.Il décide de rester à la cabane, voulant étre seul afin de pouvoir savourer tout le miel de cette rencontre.Il mange frugalement d’un quignon de pain dur et d’une croûte de fromage, se désaltère d’eau fraîche du puits et s’étend sur l’herbe rase, à quelques mètres de la bergerie pour éviter l’odeur forte du suint; Tim vient le rejoindre et s’allonge à son côté, museau posé entre ses pattes .
_”Tu te rends compte, quelle journée ! C’est tout de même une sacrée nana, drôlement gironde et qui n’a pas froid aux yeux; il faut que je sois un foutu couillon pour ne pas avoir essayer de la draguer, mais que veux-tu, j’ai été surpris.Et sa bouche !, un goût de framboise qu’elle a; je te dis que lorsque j’embrasse la Marianne du Grand Chêne, ça sent l’ail la semaine et le sent-bon de Prisunic le dimanche. Quelle différence !” Nicolas parle tout haut en prenant son can à témoin, témoin attentif qui bat de la queue de temps à autre pour acquiescer. De longues heures passent ainsi, chacun enfermé dans ses propres rêves.
Le lendemain matin, à la pointe du jour, à l’heure bleue où tombent le silence et la rosée, le berger fait le guet devant le camping sans trop savoir pourquoi. Dans sa tête, les mots et les gestes de la veille se bousculent encore et son corps lui rappelle les sensations merveilleuses éprouvées au contact des mains caressantes sur la peau de son ventre et des lèvres sensuelles sur sa bouche. Le temps passe.... Nicolas se raidit tout à coup car son regard vient de se figer sur Caroline sortant du camping son vélo à la main.Il ne se demande pas comment a-t-elle pu le récupérer si vite. Il ne voit que la jeune fille, vêtue d’un tee-shirt groseille et d’un jeans de velours grenat, les cheveux noués en une magnifique queue de cheval. Elle va démarrer lorsqu’il l’apostrophe en s’avançant :
_” Holà ! Caro, où vas-tu si tôt ?”
_” D’abord, je vais où bon me semble,ensuite je ne vois pas en quoi cela puisse t’intéresser,
vous n’êtes pas moisis dans le coin pour draguer de si bonne heure!”
_” Mais, Caro...”
_” Tu te trompes d’adresse, joli coeur et je n’ai pas de temps à perdre. “
Là dessus, elle part d’un coup de pédale rageur. Nicolas reste tout marri et ne sais que penser. Soudain un aboiement lui rappelle Tim et les moutons.Il repart, penaud, en sens inverse et ouvre en grand, sitôt arrivé, la porte de la bergerie qui vomit comme tous les matins son lot de bêlements monocordes, de tambourinages de centaines de pattes nerveuses et de bondissements aussi vigoureux qu’imprévisibles et désordonnés. Les bêtes impatientes savent, d’instinct, que par temps chaud et sec, les meilleurs moments pour brouter sont tôt le matin et tard le soir; cette débandade est accompagnée des jappements secs et répétés de Tim repre- nant son rôle de gardien. Les heures passent lentement et Nicolas à beau retourner dans sa tête tous les détails de ces deux rencontres, il ne peut comprendre les attitudes aussi différentes de Caroline et en est vraiment malheureux. A-t-il fâché la jeune fille en s’affichant si tôt ce matin à son regard ? Il ne voit rien d’autre.
L’aprés-midi est bien avancé lorsqu’il observe Tim, à quelques mètres de lui, qui émet de petits jappements étranglés tout en fouettant de la queue. Il se retourne et voit Caro, semblable à la veille, toute souriante.
_” Bonsoir, beau brun” , et s’approchant, elle lui claque une bise sur chaque joue.
_” Bon...soir”, répond Nicolas abasourdi par cette douche écossaise.
_” Oh là là ! j’ai eu raison, qu’est-ce que tu piques ! Je t’ai apporté une lotion aprés rasage pour te remercier de ton dépannage, j’espère que cela t’inciteras à te peler tous les jours. “
_” Comment es-tu venue ?”
_” Ben, nigaud, par le chemin d’hier au soir; j’ai récupéré mon vélo et me voilà,tu es content ? J’ai amené mon sac de couchage et compte passer la nuit ici et il y aura une autre surprise tout à l’heure. “
Nicolas est bras ballants et bouche bée, tu parles de surprise ! D’abord le fait qu’elle soit là, à portée de main, en chair et en os comme la veille; ensuite, de lui apprendre qu’elle va coucher ici même et enfin, de lui annoncer une autre surprise. Cela fait beaucoup pour un seul homme et son imagination travaille, travaille....
_” Oui, mais je n’ai rien pour manger et...”
_” Ne t’inquiètes pas, j’ai ramené dans mon sac plus qu’il en faut pour deux, tu verras.”
Quelle fille, tout de même, pense le garçon: jolie mais capricieuse, aimable mais inconstante, enjôleuse mais revêche, la nuit et le jour, quoi!
Sur le chemin du retour, Caroline est en tête, suivie du troupeau, Nicolas ferme la marche et Tim virevolte tout autour en faisant resserrer les rangs. Ils canalisent les bêtes par la porte restée béante et, pendant que le berger leur distribue eau et sel, Caro entre dans la cabane. Lorsqu’il ferme le vantail derrière lui, Nicolas voit la jeune fille qui, comme la veille, poitrine à l’air, s’asperge d’eau.Il remarque qu’elle a troqué son short contre le jean grenat du matin et que ses seins sont aussi relevés mais paraissent plus petits.
_” Tu me passes de quoi m’essuyer, berger, s’il-te-plaît ! “Le ton de la voix est légèrement plus sourd. Quelque peu dubitatif, Nicolas ne veut pas penser que Caro puisse encore être en colère, de quoi ? Tout en s’approchant, il remarque les yeux plus gris que verts et songe alors aux contes et légendes racontés par sa mère lorsqu’il était enfant et dans lesquels se mouvaient beaucoup de fées et de génies, bons et mauvais. Ce n’est tout de même pas la Tiaoute-vieille. Revenant à la cabane, son désarroi augmente lorsqu’il aperçoit Caro déballant de son sac à dos un tas de provisions de bouche solides et liquides.Il revient sur le seuil, tout tourneboulé et constate qu’il n’y a personne autour du puits.
_” Bon, tout va être prêt mais je pense qu’avant de passer à table tu vas te raser et te rafraîchir avec ceci,” et elle lui tend le flacon promis.
_”Au fait, poursuit-elle, tu as bien dans ta bicoque trois assiettes et trois verres ?”
_” Oui, dans le placard derrière toi.” Il sort et se dirige vers le puits, se lave le haut du corps, trempe ses pieds dans un seau d’eau pendant qu’il se rase. Séché et pelé, comme dit Caro il asperge sa figure de lotion offerte puis revient, content et rafraîchi.
_” Approche, lui demande la jeune fille,viens te montrer et ferme les yeux.” Il obtempère et penche un peu la tête.
_” Comme il sent bon !” s’exclame-t-elle, et lui passant le dos de la main sur la joue, comme il est doux ! Cela mérite bien un bisou. “Alors, Nicolas reçoit simultanément sur les deux joues un long, trés long baiser appuyé et agréable. Il est aux anges, il tend les mains mais réalise en un éclair l’impossibilité pour Caro d’avoir pu l’embrasser des deux côtés à la fois. Il ouvre les yeux et recule de trois pas. De quel mal est-il atteint ? Tout ce qui lui arrive depuis vingt-quatre heures est extraordinaire et jamais il ne s’est trouvé en une telle situation. Il voit Caro dédoublée, devant lui , qui sourit , pouffe et finalement éclate de rire en s’étranglant et mouillant ses paupières. Il croît rêver, se pince, appelle Tim qui frétille non seulement de la queue mais de tout son corps en lui léchant les mains. Il referme les yeux un instant, les rouvre, fait le geste de la main comme pour effacer quelque chose ou entr’ouvrir un rideau. Deux Caro lui font toujours face, pommettes rosies et regards humides par le fou rire enfin maîtrisé.
_” Oh, oh ! Nicolas, reviens-nous vite. C’est moi, Caro et je te présente ma soeur jumelle Muriel qui a aussi porté son sac de couchage et avec ta permission nous aimerions toutes les deux passer trois jours avec toi, Tim et tes brebis. Un petit retour à la terre si tu veux. “
Caroline alors avance à toucher le garçon encore sous le choc et lui baise la bouche de ses lèvres au goût de framboise, fait un pas de côté pour laisser sa soeur Muriel en faire autant et, frappant dans ses mains, annonce de sa voix claire au trés léger accent gavache.
_” A table ! on mange maintenant.”
Tim, qui n’a pas compris grand chose lui non plus à tout ce tralala et ces embrassades, connaît bien ce que le mot manger veut dire et manifeste son contentement par une série de petits jappements aigus émis en droite ligne par son estomac affamé.
Glossaire
Jaugue = Jonc mais aussi Jonchaie ou Joncheraie.
Callune = Bruyère cendrée
Mounique = Femme ou jeune fille vive, délurée plutôt sympa.
Poupes = Seins
Ligasse = Bout de ficelle, de tissu, etc...
Jouasse = Content, heureux.
Sent-bon = Parfum bon marché.
Can = Chien.
Tomber =En parler “bordeluche” le jour, la nuit, la bruine, le brouillard, la rosée, etc..., tombent
Tiaoute-Vieille = La mauvaise fée, l’inverse de Mélusine.
Gavache = Du nord de l’estuaire soit le charentais.
samedi 28 novembre 2009
Vengeance froide
Un jour une porte est enfin vengée
de la toujours laisser entrebaillée
par un long sillon large et trés profond
rouge et cruelle balafre à mon front.
de la toujours laisser entrebaillée
par un long sillon large et trés profond
rouge et cruelle balafre à mon front.
En pure perte
Le li-on venu vieux a perdu sa crinière,
son allure engourdie trahit un net déclin;
dans ses yeux larmoyants se lit une prière:
il essaie de rugir,gueule bée,bien en vain.
son allure engourdie trahit un net déclin;
dans ses yeux larmoyants se lit une prière:
il essaie de rugir,gueule bée,bien en vain.
mercredi 25 novembre 2009
ECOUTEZ
Écoutez-le bruisser, caressant la ramure
par un matin d’été en un bourdonnement,
gémir le soir venu en un bien doux murmure
pour accueillir la nuit par un susurrement.
Écoutez-la couler, musser dans les pâtures
en des glouglous joyeux, en chuchotis riants,
bondir sur les rochers en mille éclaboussures,
en vi-o-lents fracas et en vrombissements.
Écoutez-le gronder pendant sa déchirure
puis tonner sèchement en brefs éclatements,
striant le ciel noirci d’éclatantes zébrures
puis s’éloigner au loin en de sourds grognements.
Écoutez-la mugir à plusieurs encablures
toute grosse soudain houspillée par le vent,
ou clapoter gaiement lorsque dans les voilures
souffle une faible brise en légers frôlements.
Écoutez-le chanter, célébrer la nature
de l’aube au crépuscule avec ravissement,
libre de vivre gai sans aucune clôture,
d’être un saltimbanque dans ses envols grisants.
par un matin d’été en un bourdonnement,
gémir le soir venu en un bien doux murmure
pour accueillir la nuit par un susurrement.
Écoutez-la couler, musser dans les pâtures
en des glouglous joyeux, en chuchotis riants,
bondir sur les rochers en mille éclaboussures,
en vi-o-lents fracas et en vrombissements.
Écoutez-le gronder pendant sa déchirure
puis tonner sèchement en brefs éclatements,
striant le ciel noirci d’éclatantes zébrures
puis s’éloigner au loin en de sourds grognements.
Écoutez-la mugir à plusieurs encablures
toute grosse soudain houspillée par le vent,
ou clapoter gaiement lorsque dans les voilures
souffle une faible brise en légers frôlements.
Écoutez-le chanter, célébrer la nature
de l’aube au crépuscule avec ravissement,
libre de vivre gai sans aucune clôture,
d’être un saltimbanque dans ses envols grisants.
mardi 24 novembre 2009
Trois petites larmes
Trois petites larmes
ont perlé à tes yeux
tremblantes
noyant ton gros chagrin d'enfant
Trois petites larmes
ont perlé à tes yeux
sont tombées
purifiant ton doux regard si bleu.
ont perlé à tes yeux
tremblantes
noyant ton gros chagrin d'enfant
Trois petites larmes
ont perlé à tes yeux
sont tombées
purifiant ton doux regard si bleu.
lundi 16 novembre 2009
Mon premier voyage
Juillet 1938
Je suis parti trés tôt en ce matin maussade, sac au dos et bâton à la main, sous une fine bruine voilant les alentours comme un jour de Toussaint. Le poncho bat mes flancs et mes lèvres crachotent des insultes au vent, tandis que mes souliers barbotent en des pas hésitants. Mes premièrs congés payés ! Deux semaines récompensant une année de labeur passée en verrerie dans le bruit infernal et l’accablante chaleur. J’ai seize ans et veux découvrir le monde que je ne connais point si ce n’est quelques arpents chez moi et en Gironde.Apprenti en pension j’ai laissé mes parents dans la vieille maison où j’ai grandi, enfant, à deux cents kilomètres sur le causse infertile, au-delà de vaux et de monts dont les silhouettes en ma mémoire, défilent.Sans en avoir parlé je veux que leur surprise soit aussi forte qu’espéré mon désir d’aller les embrasser puis de revenir comblé de cette folle entreprise.
Un vent fort d’océan, au goût d’algue et de sel, chasse des nuées galopantes tels des moutons peureux mordillés par les chiens, dans un ciel rosissant sous les rayons timides d’un soleil se levant tout brouillé et livide. Mon pas est assuré en traversant Garonne sur le vieux Pont de Pierre au pavé tout mouillé, laissant derrière moi la grande ville atone où grouille pourtant déjà la vie tout au long de ses quais. Par la rive droite je longe la rivière bordée de grêles pontons emmêlés de filets et de jolies campagnes, ces demeures cossues de bourgeois bordelais qui voient aux équinoxes passer le mascaret, cette vague grondante au début des marées.
Le ciel s’est dégagé, un chapeau de gendarme y apparaît, tout bleu.Il ne bruine plus et j’ôte mon poncho. C’est le mois de juillet et je suis heureux. La terre chaude fume en des buées légères s’écharpant mollement. L’île d’Arcins, refuge pour oiseaux migrateurs, est déjà loin derrière et je vais vers Latresne, traversant le palus. Je grimpe à mi-coteau où débute la vigne dont les plants de merlot en bon ordre s’alignent, pour découvrir Bordeaux et son plan curviligne. Je reste stupéfait devant cette étendue que souligne à mes pieds le grand fleuve boueux, barrée à l’horizon par le vert océan de la forêt de pins qui s’offre à ma vue.
Je reprends le chemin étroit, dit de crêtes, qui mène à Camblanes et à son colombier, bâti par le Duc d’Epernon, qui abritait jadis mille paires de pigeons. Une dernière fois je regarde le fleuve tout piqueté de gabarres ventrues qui, nonchalamment, sur le flux descendant se meuvent et semblent passer un à un tous les petits ports en revue. J’allonge le pas sous un soleil tempéré et, de dos de moutons en vallons, je fonce sur Créon. Je me repose un peu sous les couverts à arcades de la place carrée de cette bastide anglaise. Je bois à petites gorgées l’eau fraîche d’une fontaine adossée à l’angle d’une androne.
Je décide de poursuivre jusqu’à La Sauve Majeur pour y passer la nuit. J’y parviens au mitan de l’aprés-midi, quelque peu fatigué et les pieds échauffés par une ardeur trop vive à vouloir avancer. Il faudra que je freine cet entrain si je veux atteindre le but encore lointain. Je dépose mon sac à l’auberge, ôte mes gros souliers et mes chaussettes en sus, sombre dans un demi-sommeil dont je n’émerge qu’au son des cloches annonçant l’angélus. La soirée est douce. Le clocher octogonal qui domine les ruines, éclaboussé encore de rayons fauves, flamboie, roussit et enflamme la vieille abbaye d’où surgissent comme des fleurs d’admirables chapiteaux romans. Combien de pélerins se sont-ils arrêtés au cours des siècles lointains, allant à Compostelle par le si long chemin, pour y faire bénir seul ou en famille, bourdons, panetières et coquilles. Tout respire la paix, tout semble serein, seuls, quelques moineaux piailleurs picorent du crottin.
Debout à l’aube blanche, tout mon corps reposé, je repars et enclanche une allure dosée. Parvenant à Targon sous l’aurore levée et le chant de vieux coqs enroués, aux laudes du réveil où les fenêtres s’ouvrent, embuées de sommeil que les volets découvrent. Les croupes sont boisées et les vallons humides exhalent un brouillard de vapeurs translucides. Tout invite à la joie. Je me mets à chanter et mon ranz se déploie dans un air bien léger. Perché sur sa motte, Montignac aux aguets, curieux me semble-t-il de se voir traverser par un jeune inconnu au paraître étranger, écarte ses rideaux, fait rentrer ses poulets. Qu’importe ! Le soleil suit sa course, irradiant les poussières suspendues dans l’air pur, inondant de lumière les lourds épis barbus, dardant de fins rayons sur les trous d’eau perdus, étonné de pouvoir s’y mirer, auréolé d’azur. Sur le chemin pierreux, exalté par l’air vif, je fais trois pas de danse, tout joyeux, guilleret; sur toutes les hauteurs les moulins bien dréssés me donnent la cadence de leurs ailes éployées. La vigne est là, omniprésente, et semble encore gagner du terrain sur ce terroir propice à tous ces ceps tordus, qui donnent de beaux grains; la grappe est bien fournie et se dore au soleil, espérant pour septembre offrir un jus vermeil.
Arrivé à Coirac je vais droit m’abreuver à la source connue pour ses nombreux bienfaits, car les dons guérisseurs de son précieux breuvage, attirent les malades en longs pélerinages. Je repars rafraîchi sur un herbeux chemin, poursuivi sans raison par de rouvieux mâtins; je lève mon bâton et comme par miracle, cette bande galeuse reflue en débâcle. Puis voilà Castelvieil dont la modeste église, s’orne d’un somptueux portail, large, profond de cinq voussures en plein cintre sur les rouleaux desquelles on peut notamment voir les Vertus terrassant les Vices. Ces femmes, belles et victorieuses, foulent de leurs pieds, serpents et autres bêtes affreuses.Sur un autre rouleau se déploie le Zodiaque, calendrier des travaux tout au long de l’année; personnages, animaux, outils et symboles, s’entrecroisent et se mêlent comme s’ils avaient vie. Debout prés du moulin je parcours du regard ces doux vallonnements et la houle des vignes, qui doivent aux vendanges, retentir de cris et de rires. Au lointain de ce vaste territoire, vers la Benauge, les collines se dressent, coiffées de leurs clochers entourés de cyprés, paysage de Toscane en pays bordelais. Je suis au milieu du vignoble, la vigne est partout, s’étend, coule sur les versants, remonte sur les croupes, toujours exposée au soleil, envahit bosquets et bois petits, landes et pâtis, cultures et prairies, jusqu’aux quatre portes de Sauveterre-de- Guyenne, autre bastide anglaise, jalouse de sa place à couverts. J’ai une adresse où pouvoir dormir, donnée par un copain apprenti.Sa tante avertie, m’accueille à bras ouverts. Quel réconfort !Je remercie. Tout mouillé de sueur je plonge dans l’eau de la baille, barrique coupée en deux par son milieu et, dans la cour à ciel ouvert, je me lave et m’ébroue comme un jeune chien. La tante m’a certainement vu, car toute rouge encore, d’un grand éclat de rire, me présente au mari qui, sans autre façon,muni d’un seau d’eau et d’un savon, va prendre possession de la salle de bain maison.
Me voilà reparti le lendemain matin, mon sac bien garni d’un gros pâté, de trois boudins et par dessus, en travers, une miche de bon pain. J’ai dormi dans un lit moelleux, déjeuné d’un bol de lait crémeux pour faire descendre une soupe épaisse aux haricots acompagnés d’un manchon de gigot. J’ai serré en homme la main rugueuse de l’oncle et fais claquer deux grosses bises sur les joues fraîches de la tante. Maintenant, heureux comme un pinson des vignes, je chante à tue-tête : “Sont les filles de la Rochelle, qu’ont armé un bâtiment, qu’ont armé un bâtiment, pour aller .....” L’orchestre est dans le ciel avec le gazouillis sans fin des hirondelles et les longs cris acérés des martinets, qui déchirent l’azur de toutes leurs ailes en rendant ainsi l’air bien plus léger.
Déjà au loin se dessine, sur son vertigineux éperon rocheux, la bourgade fortifiée, ancien castrum romain, de Castelmoron d’Albret, chef-lieu à la Révolution, d’un canton nain. C’est la plus petite commune de France qui, passée sa porte du moulin, offre avec exubérance, surplombant le caillouteux chemin, ses vieilles maisons aux galeries de bois superposées, bâties sur des remparts aux vestiges écornés. Tout en bas, comme dans un écrin, "le prés aux ânes", dont l’herbe grasse et drue rappelle un tableau angevin, invite à rafraîchir et reposer la vue. Un char à boeufs lourdement chargé me croise en couinant et grinçant de ses épaisses roues, aux bandages de fer, tandis que le fouet sifflant du jeune bouvier zèbre l’air. Les mufles des animaux d’où pendent de longs filets de bave, sont recouverts de protège-mouches, sortes de résilles tricotées en gros fil de coton, accrochés aux cornes et chacun orné de pompons.
Le vignoble s’éclaircit, des bosquets ça et là mitent le paysage vinicole; c’est la fin de l’Entre -Deux-Mers, cet océan de vignes entre Dordogne et Garonne. En traversant l’un de ces petits bois, j’emplis mon chapeau de fraises sauvages au parfum si subtil. L’air est frais. Je fais halte, assis sur un vieux tronc abattu par le vent un jour de grand péril. Sur une épaisse et large tranche de pain prélevée à la miche, je maintiens du pouce un morceau de boudin, tandis que du couteau tenu dans l’autre main, j’y découpe une rondelle à chaque bouchée nouvelle. Au bas de Monségur, l’eau froide d’une fontaine alimentant le lavoir communal, rafraîchit mes bras et mon visage. Deux femmes sont à la peine, donnant de grands coups de battoir sur des draps en toile métisse, épais et lourds, qu’elles vont étendre sur l’herbe du pré, afin qu’ils soient d’une blancheur éclatante et sentent frais la menthe foulée. Je monte à l’assaut de la bastide aux quatre portes dominant le Dropt. Elle eut dès le quatorzième siècle ses consuls et son prévôt. Je déambule à l’ombre des couverts de sa grande place rectangulaire, redescends par une ruelle bordée de maisons séculaires à étages en encorbellement, traverse la rivière aux eaux claires par un vieux pont gothique , brûlé par un soleil flamboyant, et continue ma course chaotique à travers prés, à travers champs. Je retrouve le Dropt lové au pied de Duras, servant de frontière départementale. En levant les yeux, j’aperçois, cent vingt mètres plus haut, le château accroché à un éperon du plateau, dominant la large vallée de la rivière et , dans le lointain immobile, vers le soleil couchant à la déclinante lumière, la vaste et limoneuse vallée de la Garonne, si calme, si fertile, entre Marmande et La Réole.
Je découvre un local en partie désaffecté, ancien soi-disant hangar aux grains où deux à trois châlits s’entassent aux côtés de paillasses bourrées de crin. Muni d’une couverture fournie par le garde-champêtre, vieil homme aimable à qui j’ai promis de la lui ramener le lendemain matin, je me couche à l’heure des poules aprés avoir mangé et soigné mes ampoules; percées d’une aiguille en y laissant un bout de fil, la sérosité s’en écoulera sans péril de voir ces petites plaies ennuyeuses, devenir par la suite douloureuses. Aprés un rapide calcul, si je veux réussir mon entreprise, il faut que par le cumul, en huit jours je concrétise, le parcours que j’ai à faire pour rejoindre père et mère; donc trente kilomètres à parcourir journellement sont nécessaires pour arriver au bout de mon aventureux itinéraire.
Pommade sur les blessures, sans faire de toilette, j’ai remis la couverture sans tambour ni trompette, à l’homme abasourdi de me voir partir ainsi dès potron-minet, sans avoir déjeuné. L’aube dégringole à travers taillis et vignes, les bras des arbres au bord du plateau semblent me faire des signes dans un ciel gris strié de lueurs rosâtres; je vais ainsi dans une atmosphère douçâtre, à courtes enjambées sur une sente mal tracée, rejoindre en contrebas la rivière qui serpente en un long pointillé de lumière, bordée de trembles, de peupliers et de saules, branches entremêlées en une bruissante farandole. Le village est maintenant loin derrière, toujours aussi haut perché sur son éperon , semblant se dresser en un équilibre audacieux, mais pourtant uni étroitement au firmament et accroché à la terre fermement. La chaleur emmagasinée depuis plusieurs jours est déjà là et la nuit ne fait pas baisser la température des thermomètres des alentours. Tout en pensant qu’il me faut avancer si je veux éviter les heures chaudes de l’astre roi à son zénith, j’arrête la marche, pose mon sac à terre, me déshabille et, nu, pique une tête dans la fraîcheur de l’onde, satisfaisant mon irrépressible prurit. Savonné, rincé, séché, mon corps propre et délassé se réjouit encore plus à l’odeur du pâté.
Splendeur ! Le soleil levant lui aussi se dévêt du manteau de la nuit, rougeoie à l’horizon de son sang reposé, traque les ombres qui s’enfuient, se dresse au-dessus du coteau plus encore, s’enflamme enfin en lançant dans le ciel une poussière d’or. Trois heures plus tard je passe Miramont de Guyenne d’un pas bien cadencé, en suivant la Dourdenne, ayant abandonné le Dropt en aval, du côté de Nicaud. Tout un troupeau me regarde passer Deux à trois bêtes se mettent à meugler puis, curieuses, s’approchent toutes de la clôture, naseaux humides, faisant bordure pour saluer mon passage discret, rassuré tout de même par les fils barbelés. Prenant comme un grand mon courage à deux mains, j’arrache une poignée de luzerne dans le champ voisin, la tends avec timidité vers les langues râpeuses, mais quelle dérision, car même une faucheuse à son plein rendement ne pourrait satisfaire ces gentils ruminants. Un nuage de taons enveloppe les bêtes, bourdonne à chaque coup de fouet que lui donnent les queues, se repose aussitôt en ronflant sur les têtes, cerclant d’oeillets sombres tous ces grands et doux yeux.
Je marche et marche encore sans plus trop regarder les collines, les croupes arrondies, la mollasse affouillée que ravinent les nombreux affluents des deux grandes rivières, sculptant depuis des siècles des vallées régulières, dominées parfois de quelques buttes arides couronnées bien souvent de villages bastides. Monbahus enfin au loin, se dessine sur sa butte perché. Le village domine de ses cent trente mètres de petites vallées où la brume de chaleur, d’une épaisseur bleutée, rappelle des feux d’herbes sèches, les soirs de jours d’été. J’y arrête mes pas, tout suant et fourbu mais tellement heureux du chemin parcouru. Je ne regrette pas de voir au loin Cancon, trente-cinq kilomètres, c’est plus que de raison. De petits chemins creux en routes empoussiérées, de sentiers tortueux en ravines encaissées, j’ai marché tout le jour jusqu’à son crépuscule, sous un soleil de plomb, sans être ridicule. Je tends l’oreille au murmure d’une source bien vive qui va me permettre, pour sûr, de faire un semblant de lessive. J’ôte mes vêtements tout mouillés de sueur, enfile ma rechange fleurant la bonne odeur, savonne, rince, étends chemise, short, chaussettes, comme fanions au vent un jour de grande fête. Je m’installe à demeure trouvant le lieu joli. Le murmure du vent, des bruits d’ailes et de feuilles, des soupirs prolongés et de tout petits cris, peuplent les environs que le silence effeuille. Sur ma tête ravie, les étoiles filantes, tracent à l’infini des routes innocentes que mes rêves d’enfant emprunteront un jour, pour aller de l’avant et rencontrer l’amour.
J’ai bien dormi ma foi, mes seize ans y sont pour quelque chose. Je récupère mon linge sec, fait ma toilette de chat à la source et démarre en traversant le cimetière tout en me demandant si tous ces frôlements, ces soupirs, ces murmures entendus, ne venaient pas de là.Quatre à cinq grands arbres effeuillés par le vent, un mur d’enceinte en pierre grise, moussu, en partie éboulé où s’accrochent quelques pieds de joubarbe, des grilles rouillées, des croix penchées, fatiguées sans doute pour l’éternité, me prouvent que ceux d’ici ne sont plus visités. Tant mieux, car ils reposent en paix avec vue imprenable sur un moutonnement verdoyant de coteaux tout bossus où quelques buttes, çà et là, à l’érosion plus lente, se dressent environnées de vignes devenues rares, de champs de blé, de seigle, piquetés du rouge des ponceaux, de carrés de tabac aux larges feuilles odorantes, de bosquets claisemés, de tuiles rouges des hameaux.
Je coupe à Cancon la Nationale 21 qui relie Agen à Limoges. Le paysage reste attrayant car diversifié, mais prairies et pâturages se rapetissent, la vigne s’accroche encore ici ou là, les vergers s’éclaircissent, les bois se peuplent de châtaigniers, des plaques calcaires affleurent mais dans les creux des valllons de multiples cultures, véritables damiers, quadrillent les bas-fonds où les rivières coulent entre des alignements de peupliers, de saules et d’aunes. C’est le nord du Lot-et-Garonne jouxtant le sec Quercy et le Périgord noir. Voici Monflanquin, dressé à cent quatre-vingt mètres sur sa colline, surveillant au nord-est le château de Biron, mais aussi ses voisines Castillonnès, Villeréal, Villefranche, Monpazier, Villeneuve, toutes belles bastides, ses soeurs des environs. Les vieilles maisons aux toits de tuiles rondes s’alignent tout autour de la place, dominant les couverts et leurs belles cornières, s’arc-boutant à la pente avec audace. L’église à la façade fortifiée, permettait en cas d’alerte de s’y réfugier. La Lède, gros affluent du Lot, entaille le plateau et encaisse des gorges profondes, offrant de merveilleux tableaux à mon regard émerveillé qui vagabonde. Mais il faut repartir, arrêter de rêver, l’étape n’est pas terminée.
Il fait chaud, presque lourd, pas de vent et point d’air. Je ne perçois aucune présence. En un mot, ce parcours devient harassant, presque l’enfer dans un étonnant mais trés pesant silence. J’arrive à Monségur avec Fumel en point de mire. Que c’est dur tout à coup, lorsque l’espoir chavire ! A l’auberge on me dit que durant la nuit le temps va basculer et l’orage éclater, car toutes ces fulgurations qui illuminent le ciel sans arrêt, l’annoncent. Je me couche trés tôt avec le moral en berne et dans mon ciboulot roulent des pensées bien ternes. Au milieu de la nuit, j’entends dans mon sommeil, de curieux miaulements me mettant en éveil: c’est le vent traversant la tuilée. Par instant, les grincements des troncs plus ou moins torturés, les gémissements des branches vrillées, les claquements de celles qui, mortes, sont cassées, mais plus lugubrement encore, les sifflements de la houle dans les cimes échevelées, me font frissonner.
Au petit matin, plutôt par habitude que par désir, c’est avec hébétude et de bien gros soupirs que je reprends la route, car au fond de moi-même, je doute. La nuit accouche d’une aurore venteuse, ni brune ni grise mais dense et gorgée d’eau. Le vent fatigué de sa nuitée hargneuse, ne hurle plus mais enlace, pactise, pétrit, se secoue, se relâche et revient , rageur, en sifflant comme dix harpies sur ce jour terne, blafard, qu’il veut mettre en charpie. Il ne pleut pas mais tout semble mouillé. J’emprunte un layon au milieu de bruyères qui égouttent leurs perles sur mes souliers cloutés. Au sortir du bois, mon regard découvre des lambeaux d’écharpes de brume accrochés à chaque épineux, au moindre petit rouvre, s’effilochant au travers des taillis et des haies, caressant dans leur mouvance ouatée le haut des herbes folles, prêtant à ce paysage irréel et fantasmagorique, un pôle où trolls et elfes evanescents, apparaissent magiques et dansent aux bras de farfadets agiles. Mon esprit est parti au royaume des fées. Rêver c’est bien, marcher c’est mieux.
Je traverse Monsampron-Libos, dominé par son église romane et suivant sans biaiser mon ténu fil d’Ariane, arrive droit au Lot en laissant sur la gauche Fumel l’industrieuse, ses odeurs, ses fumées, ses hauts-fourneaux et son minerai. Je passe sur la rive droite à Condat et un kilomètre plus loin, dans le département por- tant le nom de la rivière. Je monte à Cavagnac, perché à deux cent-huit mètres,pour apercevoir les premiers cingles du Lot.Tout est verdoyant et je peux me rendre compte à vue d’oeil, qu’il y a davantage de chemins communaux, de petites voies vicinales reliant les hameaux et les bourgs entre eux, que signalés sur ma carte routière. Je n’ai pas l’intention de zigzaguer en suivant plus ou moins les méandres, mais d’aller au plus court.Que de temps et de persévérance a-t-il fallu à la rivière, toute dorée en ce moment par le soleil revenu et qui fume comme une soupe chaude, pour se frayer un passage au travers des causses quercinois. Le moral est remonté et le coup de bambou effacé. Tout est beau et riant, la riche campagne déploie les alignements impeccables des pieds de tabac et des ceps de vigne plantés au cordeau. Les vergers assez nombreux mais de dimensions modestes où pruniers, cerisiers et pêchers prennent petit à petit la place des châtaigniers et des noyers. Au bord de l’eau, ce ne sont que jardins maraîchers se succédant. Plus en retrait, sur de larges terrasses, champs de maïs pour la volaille, plantes fourragères pour le bétail et prairies s’entremêlent. Toutes les nuances de vert sont représentées.
J’arrive à Puy-Lévêque tout étagé en terrasses au-dessus de l’eau. Ses vieilles maisons de pierre ocre s’illuminent aux rayons obliques du soleil déclinant. Le puissant clocher de l’église fortifiée s’élève haut et fait pendant au donjon, vestige de l’ancien château. A la sortie du bourg, un cycliste courbé sur un tandem me dépasse et s’arrête plus loin, son pneu avant percé. Je l’aide à réparer. C’est un jeune mais plus âgé que moi. Apprenant ma destination, gentiment il m’invite à prendre possession du siège arrière vide. Les cinq kilomètres jusqu’à Prayssac sont vite avalés malgré plusieurs raidillons.Nous voici chez ses parents, maraîchers du cru. Je ne veux pas entrer mais devant ce refus, il s’adresse au papé, lui disant tout de go: “il arrive à pied de Bordeaux”. Alors, le grand-père debout sur le trottoir, sourit des trois dents qui lui restent, me saisit par le bras et d’un simple geste m’invite à m’asseoir. Les parents sont de braves gens qui veulent me gaver car à cet âge, disent-ils, sur les chemins on ne doit pas tous les jours manger à sa faim. La soupe épaisse, fumante, qui fait tenir son homme debout, puis le chabrot en appétence, vous ravigotent un bon coup. Jambon frit, salade aux noix, fromage et fraises du pays, vraiment, il y a de quoi ! Le papé s’impatiente car il veut me conter toute son expérience de patron batelier :
_Tout au long des rivières, principaux affluents de la toute première venant du Val d’Aran, les petits ports fleurissent et au bord de leurs quais tous les bateaux esquissent un grand corps de ballet. Sapines et gabarres emplissent cales et soutes du fer, du bois, du charbon venant des ségalas, outre le blé, la laine et les vins des causses, ou bien déchargent, venant de Bordeaux, épices, sucre, sel, tissus, poissons séchés et vins du bordelais. Intense activité tout au long de l’année pour la batellerie qui trouvait sa main-d’oeuvre dans la paysannerie. A Bordeaux, Bègles ou Bacalan, nos bateaux accostent savamment, serrés les uns contre les autres, attendant patiemment que les grues et dockers vident enfin leurs flancs. On recharge toujours avant d’appareiller à la marée montante, mais avant on fait un tour dans les bistrots du port, sans perdre contenance. Ah ! Bordeaux !!
Le vieil homme rêve à sa jeunesse heureuse. Je couche au grenier sur une paillasse garnie de feuilles de maïs qui crépitent à chaque changement de position.
J’ai mal dormi, ayant trop mangé hier au soir, et le petit verre de marc que le papé a tenu à me faire avaler n’a pas arrangé les choses. Tôt levé, tôt parti, j’ai pris la direction de Luzech où j’ai l’intention de changer de rive. Bâti sur un isthme formé par la presque parfaite boucle d’un méandre et depuis la nuit des temps fréquenté par l’homme, le petit bourg s’abrite à l’ombre de son promontoire central que le Lot a contourné en créant l’un de ses plus beaux cingles. Beaucoup de choses à voir sans doute mais je n’ai plus le temps car il me reste encore à parcourir une soixantaine de kilomètres pour arriver à bon port, soit deux pleines journées pour revoir la maison où je suis né. Je dois même éviter Cahors que je connais d’ailleurs. A mi-journée, je suis aux environs de Villesèque. Le paysage a changé complètement.Les hameaux sont trés disséminés et s’abritent du vent du nord aux pieds des plateaux. Les arbres, plus rabougris que dans la large vallée, s’agrippent de toute la force de leurs racines crochues aux pentes raides, cherchant prise dans la terre rare, d’entre les éboulis. Je casse la croûte au bord d’une friche où quelques vieux ceps tourmentés disparais sent dans de hautes herbes, des chardons velus et des ronces griffues. En contrebas, sur d’assez grands espaces courant à l’infini sur les plateaux calcaires, escarpements et ravins s’entrecroisent et abritent de maigres genêts finissant de fleurir en modestes coulées d’or en fusion. Sur ces terrasses crayeuses rapiécées de toutes parts de petits champs de seigle, se décèle la sécheresse dépouillée de friches stériles aux terres âpres de bruns brûlés. Penser qu’à quelques heures de marche, du pays d’où je viens, c’est le vert paradis, diamant dans son écrin et qu’ici c’est tristesse et désolation, pas tellement loin en fait de ma maison.
Je repars et avance à nouveau face à un méchant vent levé, sec et chaud, desséchant l’atmosphère et les lèvres, soufflant à hauteur d’homme et assoiffant la terre. Du côté des Roques, au nom prédestiné, j’ai perdu mon chemin et ne peux m’orienter car étant dans un creux mon regard cherche en vain une issue en ce lieu. Il faut m’élever. Une paire d’heures plus tard, une route goudronnée s’offre à moi. Je la suis un moment jusqu’à un carrefour :tout droit,Cahors à quatorze kilomètres et Lalbenque à dix-huit sur le côté, avec détour. Je choisis la seconde indication mais partant en droite ligne je sais avec raison que même rectiligne mon élan n’ira point jusque là. Je me repère au soleil déjà bas et par une sorte de piste, ancienne draille sans doute, je reprends, fataliste, ma longue et pénible route. Ce pays est vraiment désertique, je ne vois ni de prés, ni de loin, aucun chien famélique, même pas un chrétien. Des friches qu’entourent de petits murs de pierres entassées prouvent que patiemment des champs furent épierrés. Seule de temps à autre, une gariotte en partie éboulée atteste de l’abri bâti par des bergers. J’en vois une à ma droite qui semble encore entière, j’y entre en me courbant puis obstrue aux trois-quarts l’entrée avec des pierres que j’y trouve dedans. Le crépuscule jette un dernier rayon purpurin, le silence est total et la fatigue assomme d’un sommeil trés soudain l’enfant qui se croyait surhomme.
Je suis tout courbatu et de méchante humeur car j’ai soif et j’ai faim et ne sais où je suis. Je ne distingue qu’une faible lueur par le trou d’aération de mon précaire abri. Je sors dans ce glauque matin où la fraîche tombe sur les épaules, grignote un vieux quignon de pain en rêvant de profiteroles, une des spécialités culinaires de ma mère, sucrées ou salées, au chocolat ou au fromage, qu’elle sert à tous les anniversaires des petits et des grands. Que la vie est dure en ce début de jour, terminerai-je enfin l’interminable parcours ?Ma gourde est vide d’eau, mon ventre crie famine, c’est le bout du rouleau et j’ai bien triste mine.
Passant par Lalbenque, j’y prends mon déjeuner : grand bol de café au lait et nombreuses tartines beurrées, ça va mieux. A ventre rassasié, regard plus assuré. J’entre dans mon pays que l’on appelle causse, mais un causse nourri de bonne terre arable permettant des cultures diverses. Le jour enfin levé dirige bien mes pas. Mes pieds “ sentent “ le sol, mes narines frémissent aux effluves connus qui flottent dans l’air léger. Le soleil éclaire le paysage familier d’une douce lumière. Les premiers pigeonniers, l’orgueil de la région, me semblent encore plus beaux. Les maisons “ à hauteur “ me sont à nouveau familières, bien carrées, bien ancrées, enfin bien accueillantes. Les hautes futaies du bois de Grézal qui m’effrayaient gamin par leurs ombres profondes jamais pénétrées par le soleil, et qui abritent tout un peuple inconnu, pleurent de toutes leurs gouttes sur mes anciennes peurs. Je passe par les mas de Vers, de Rol, de Piccoz, de Vaux, des Rougeon, esseulés mais si beaux parmi les épis vert-gris du seigle, vert-bleu de l’avoine, vert-jaune du blé et vert-doré de l’orge.
A Vaylats, midi passé, je me réconforte d’une épaisse tranche de pain prélevée à une tourte, tartinée d’une bonne couche de pâté de campagne parfumé à la truffe, et d’un verre de vin. Depuis Bach j’aperçois le clocher de Varaire, but de mon périple, lieu de ma maison. Que la campagne est belle, que la vie est joyeuse. Oubliés les peurs et les soucis d’une nuit malheureuse, les sentiers malaisés, les terres assoiffées, les ampoules infectées, le goût de la poussière. J’écoute avec ravissement le murmure du vent caressant la ramure, les chuchotis riants de l’eau dans les pâtures et le chant des oiseaux célébrant la nature.
Que c’est doux, que c’est bon aprés un long voyage
de revoir tout cela, quelque peu oublié,
de recevoir enfin en un vibrant hommage
les bras de ses parents comme un hâvre douillet.
de revoir tout cela, quelque peu oublié,
de recevoir enfin en un vibrant hommage
les bras de ses parents comme un hâvre douillet.
mercredi 4 novembre 2009
Anniversaire Abbé Pierre
Au paradis
Tu y as rejoins Coluche,l'abbé,c'est bien,
ainsi tes gueux sauront dorénavant
qu'ils y trouveront le gîte et le couvert.
Serein ???
Va,l'abbé,tranquille et rassuré;
ils ont tous certifié mordicus
que tout ce que tu réclamais
depuis plus d'un demi siècle
serait réalisé illico.
Certitude
Sais-tu,l'abbé,que le vieux mécréant que je suis
espère malgré tout que,lorsqu'il "montera là-haut",
il pourra être,comme dans la chanson de Brel,
l'ombre de ton ombre,car il le sait;
ton ombre même est garante d'espoir.
Haïku
Une sombre pélerine s'envole
coiffée d'un petit béret noir:
l'abbé Pierre monte au Ciel.
Tu y as rejoins Coluche,l'abbé,c'est bien,
ainsi tes gueux sauront dorénavant
qu'ils y trouveront le gîte et le couvert.
Serein ???
Va,l'abbé,tranquille et rassuré;
ils ont tous certifié mordicus
que tout ce que tu réclamais
depuis plus d'un demi siècle
serait réalisé illico.
Certitude
Sais-tu,l'abbé,que le vieux mécréant que je suis
espère malgré tout que,lorsqu'il "montera là-haut",
il pourra être,comme dans la chanson de Brel,
l'ombre de ton ombre,car il le sait;
ton ombre même est garante d'espoir.
Haïku
Une sombre pélerine s'envole
coiffée d'un petit béret noir:
l'abbé Pierre monte au Ciel.
samedi 31 octobre 2009
Actualité constante
Automne 2008, automne 2009,etc...
Mais qui sont-ils, tous ces jean-foutre,
pour faire fi, pour passer outre ?
Sont-ils des Dieux, des Empereurs,
pour tout oser,non sans erreur ?
Qui sont-ils donc, ces hommes troubles,
manipulant euros et roubles,
livres,dollars, sans foi ni peur
et stock-options, avec ampleur.
Des financiers que l'on découvre
suçant nos biens, buvant nos outres
d'économies et de sueur,
de privations et de labeur.
Les honnêtes hommes ne pouvant tout absoudre,
peut-être un jour viendra où parlera la poudre.
Le monde libéré de l'argent suborneur
vivra des jours heureux tout baignés de bonheur.
Mais qui sont-ils, tous ces jean-foutre,
pour faire fi, pour passer outre ?
Sont-ils des Dieux, des Empereurs,
pour tout oser,non sans erreur ?
Qui sont-ils donc, ces hommes troubles,
manipulant euros et roubles,
livres,dollars, sans foi ni peur
et stock-options, avec ampleur.
Des financiers que l'on découvre
suçant nos biens, buvant nos outres
d'économies et de sueur,
de privations et de labeur.
Les honnêtes hommes ne pouvant tout absoudre,
peut-être un jour viendra où parlera la poudre.
Le monde libéré de l'argent suborneur
vivra des jours heureux tout baignés de bonheur.
jeudi 29 octobre 2009
La douleur
Douleur aux mille masques, qui es-tu donc ?
Je te crois terrassée
et tu te dresses encore;
de tes griffes acérées
tu déchires ma chair
et la jettes en pâture
aux oiseaux charognards.
Tu plantes ton glaive
en mon coeur tout meurtri
et sur la plaie béante
tu saupoudres du soufre.
Sur mes yeux dilatés
tu déploies un bandeau
rouge et noir
comme à l'arène
la cape et le taureau.
Parfois, à mes prières
tu as l'air d'accéder
en reprenant ton souffle
et retenant le mien;
gentiment tu te loves,
pateline et patiente,
faisant trop bien semblant
de m'avoir oublié.
Puis soudain, un sifflement
aigu et déchirant
de marmotte affolée,
de loco emballée,
perfore mes tympans
et transperce mon crâne,
alors qu'un sourd tam-tam
tambourine mes tempes.
Ma tête éclate,
mon corps se tord
et mon regard hagard
fixe l'éclat d'acier
d'une lame froide
au fil bien aiguisé.
Serit-ce enfin la délivrance ??
Je te crois terrassée
et tu te dresses encore;
de tes griffes acérées
tu déchires ma chair
et la jettes en pâture
aux oiseaux charognards.
Tu plantes ton glaive
en mon coeur tout meurtri
et sur la plaie béante
tu saupoudres du soufre.
Sur mes yeux dilatés
tu déploies un bandeau
rouge et noir
comme à l'arène
la cape et le taureau.
Parfois, à mes prières
tu as l'air d'accéder
en reprenant ton souffle
et retenant le mien;
gentiment tu te loves,
pateline et patiente,
faisant trop bien semblant
de m'avoir oublié.
Puis soudain, un sifflement
aigu et déchirant
de marmotte affolée,
de loco emballée,
perfore mes tympans
et transperce mon crâne,
alors qu'un sourd tam-tam
tambourine mes tempes.
Ma tête éclate,
mon corps se tord
et mon regard hagard
fixe l'éclat d'acier
d'une lame froide
au fil bien aiguisé.
Serit-ce enfin la délivrance ??
mardi 20 octobre 2009
Le vieux compagnon
café bouillu café foutu / squelette rouillu bonhomme perclus
Pauvre vieux corps tremblant, carcasse déglinguée,
je t'ai bien vu vieillir en octante ans et plus;
les muscles avachis et les membres perclus,
te faner, te rider, prendre allure voûtée.
Ton ouïe incertaine et ta peau détendue,
ton coeur cognant trop fort et tes genoux cagneux,
blanchir subitement et perdre tes cheveux
ainsi que quelques dents; ta bouche dépendue.
Tes mains se décharnant et se tachant de roux,
tes pieds devenus plats n'aimant plus que le doux,
ton ventre mou et rond et tes fesses bien plates.
Tant de choses encore et tant de maux perçus
dans le miroir du temps des années disparates,
par mes regards sereins, lucides...mais émus.
je t'ai bien vu vieillir en octante ans et plus;
les muscles avachis et les membres perclus,
te faner, te rider, prendre allure voûtée.
Ton ouïe incertaine et ta peau détendue,
ton coeur cognant trop fort et tes genoux cagneux,
blanchir subitement et perdre tes cheveux
ainsi que quelques dents; ta bouche dépendue.
Tes mains se décharnant et se tachant de roux,
tes pieds devenus plats n'aimant plus que le doux,
ton ventre mou et rond et tes fesses bien plates.
Tant de choses encore et tant de maux perçus
dans le miroir du temps des années disparates,
par mes regards sereins, lucides...mais émus.
mardi 13 octobre 2009
Un matin différent
Caroline perçoit comme en un rêve la voix lointaine de sa mère lui signifiant que l’heure de se lever a sonné. Elle cherche instinctivement, d’une main tâtonnante, Urson, son gros paresseux en peluche; l’ayant enfin trouvé à moitié enfoui sous l’oreiller, elle appuie sa joue au contact soyeux et rassurant de son compagnon nocturne devenu son favori depuis déjà trois ans. Elle ne s’occupe de lui que le soir venu, à l’heure mélancolique précédent le coucher, à l’instant où le jour va s’éteindre sous un léger voile de tristesse, lorsque chaque petite fille se remet à rêver aprés avoir dévoilé ses secrets à son muet confident. Jamais dans le courant de la journée elle ne fait attention à lui, même si ses occupations scolaires et les petits travaux effectués pour sa maman lui laissent encore largement le temps de lire, d’écouter de la musique à l’aide de son baladeur, d’entreprendre de longues causeries avec les poupées folkloriques de sa collection ou de rendre visite à une de ses amies.
_Urson est mon bonnet de nuit et lui seul peut deviner mes plus secrètes pensées lorsqu’il me regarde dormir, répète-t-elle à qui veut l’entendre. Il veille sur mon sommeil, attentif et rassurant, ajoute-t-elle toute rougissante.
Caroline est une fillette de treize ans, réservée mais mutine, pondérée mais joueuse, appliquée mais aussi rêveuse. Elle a sa propre chambre alors que les jumeaux, ses frères cadets, partagent la même, ce qui n’est d’ailleurs pas pour leur déplaire car cela leur permet de chahuter plus commodément ou d’essuyer d’un front commun les remontrances parentales. Elle a eu carte blanche pour aménager à sa convenance les meubles en bois peint qu’elle a choisi elle-même en tenant compte des remarques et conseils de ses parents, ainsi que pour le rangement et la disposition de ses jouets, livres, cassettes, vêtements et chaussures; enfin, la décoration est assurée par des posters aux tons pastel et par trois ou quatre portraits de ses chanteurs favoris. Caroline est minutieuse et n’aime pas s’encombrer de bibelots inutiles mais prend grand plaisir à ranger et répertorier soigneusement dans de petites vitrines sa collection de coquillages. L’ensemble donne à sa chambre une atmosphère à la fois d’intimité et d’évasion, de concret et de rêve, reflétant parfaitement son tempérament dynamique et romantique qui dans ce cadre trouve une détente physique et morale nécessaire à son équilibre. Elle est dans sa chambre chez elle et s’y sent bien. Les rares amies invitées à partager cette intimité, l’envient de posséder un tel petit royaume. Ses frères, volontaires et quelque peu brutaux comme peuvent l’être des garçons de dix ans n’y pénètrent qu’avec son autorisation et en sa présence, ne s’y déplacent que sur la pointe des pieds comme s’ils craignaient de réveiller le bon génie, gardien du sanctuaire.
L’appel maternel se renouvelle tandis que la porte s’entrouve et que la lumière inonde la pièce.
_Caro, lève-toi, c’est l’heure. La gamine coule un regard en biais vers son réveille-matin qui indique sept heures quinze et enfouit d’un léger mouvement rageur son minois chiffonné entre les pattes d’Urson; ce n’est pourtant point dans ses habitudes car elle se lève d’ordinaire d’elle-même ou au premier appel maternel, d’un pied sûr et l’oeil vif, les cheveux emmêlés mais les idées claires et n’aime point flemmarder à l’entame d’une nouvelle journée.Mais ce matin Caro a un prétexte: elle ressent à hauteur de l’épigastre une légère angoisse, comme une petite bête craintive et affolée qui se serait lovée et pelotonnée; elle se sent toute languissante dans ses pensées et dans la tiédeur des draps; elle essaie en vain de se souvenir de ce mauvais rêve qui n’a pas eu toutefois l’horreur d’un cauchemar; elle revoie simplement des images trés floues mais fortes et bizarres qui l’ont réveillée au milieu de la nuit, toute frémissante et moite. Elle est incapable de rassembler et encore moins de déchiffrer quoi que se soit et n’est reliée à ce pénible et brumeux souvenir que par cette vague constriction au creux de l’estomac.
Soudain, elle se dresse vivement sur son séant tel un ressort qui se détend, en poussant un petit cri aigu de souris prise au piège; la main froide de sa mère s’est posée bien à plat sur son ventre nu que la nuisette retroussée ne protègeait plus; cette habitude un peu sadique mais oh combien efficace est employée avec les garçons, longs à émerger de leur profond sommeil et qui, rituellement, profitent de ce tohu-bohu pour pousser des cris d’orfraie et entamer une bataille de polochons de lit à lit.
Caro se lève, introduit ses pieds dans des mules roses à gros pompon blanc et se dirige vers la cuisine où l’attend le petit déjeuner servi sur une table en bois de pin des landes: croissants à la croûte fine et vernissée, toasts beurrés et saupoudrés d’un voile de poudre de chocolat, lait cru et miel de montagne pour le sucrer. Les mercredis et dimanches cet ordinaire est amélioré par une pyramide de crêpes légères pliées en éventail dont les bords laissent poindre de fines gouttes brillantes de sucre fondu. La fillette apprécie fort ce moment où le palais puis l’estomac satisfaits lui permettent de prendre la journée par le bon bout. Par contre, les jumeaux, pour lesquels le matin tout est corvée, ébouriffés et les yeux encore rouge de sommeil, ne restent que peu de temps à table et préfèrent emporter ces bonnes choses pour les déguster dans le car de ramassage.
Caroline s’enferme dans la salle d’eau, ôte sa nuisette en levant haut les bras comme si elle s’étirait mais en réalité pour chercher du regard dans la grande glace bisautée sa naissante poitrine: deux oranges bien rondes aux mignons tétons, boutons de rose prêts à éclore. Elle brosse soigneusement la double rangée de perles nacrées, blanches et régulières ornant sa bouche d’un éclat éburnéen, mordille ses lèvres au dessin joyeux d’un arc relevé aux commissures, pour les rosir, puis les fronce en une moue en forme de baiser; elle s’arme ensuite d’un démêloir en bois puis d’une brosse à long manche afin de débroussailler le maquis de son abondante chevelure noire, ondée et soyeuse, qu’elle démêle patiemment, tête rejetée en arrière puis penchée en avant; chevelure luxuriante aux vagues souples et amples dont sa mère admirative lui confectionne une superbe tresse épaisse et compacte qui lui bat le dos quand elle court et à laquelle se suspendent parfois de méchantes filles jalouses. Poursuivant son inspection, elle remarque la fausse maigreur de ses bras, les filets bleutés des veines aux poignets, les timides salières révélant les périodes de croissance, s’extasie aux fuseaux de ses jambes, aux cuisses fermes et lisses, aux genoux déliés, aux mollets bien dessinés et aux fines chevilles. Sa peau de passerose au grain ténu, fin tissu lanigère de brune, est ombrée aux aisselles et au pubis d’un reflet noir intense; tournée à demi, elle admire la cambrure flexible de sa chute de reins et gonfle les joues à la vue de ses fesses un peu hautes mais bien rondes. Faisant à nouveau face au miroir, elle se dévisage minutieusement et sans complaisance, poussée comme tous les matins par un brin de coquetterie, en détaillant sa frimousse de petite jeune fille nouvellement nubile: l’arc fin, élégant et noir des sourcils, comme tracé au fusain, fuit loin vers les tempes, lui donnant un faux air de peinture égyptienne; bien à l’abri dans de larges orbites et à l’ombre de longs cils recourbés, l’éclat dansant des yeux aigue-marine où roule emprisonnée une brisure de rayon de soleil, charme et enveloppe ou fusille et foudroie; le menton énergique au contour un peu dur est adouci par une fossette de nourrisson riante dans la peau brune; les pommettes coquines saillent légèrement, les oreilles fines et transparentes, enroulées en ourlets délicats sont deux coquilles diaphanes caressées par quelques cheveux follets, telles plumules duveteuses; le nez qu’elle accuse d’aquilin et ne regarde jamais de profil, est mince à arête vive il est vrai, mais se termine par des narines roses aux ailes palpitantes au moindre émoi. L’inspection se poursuit, plus précise et son oeil sagace et fureteur a vite fait de repérer l’imper- ceptible comédon ou point noir, le bouton naissant d’acné ou la rougeur suspecte.
Cette revue terminée, elle encapuchonne sa tête et sa lourde chevelure dans un bonnet de bain plastique à bord froncé genre charlotte et abandonne son jeune corps gracile à la pluie chaude et bienfaisante de la douche. Savonnée méticuleusement, rincée abondamment, essuyée vigoureusement, séchée enfin, elle enfile un tee-shirt nike, des jeans bleu pâle fendus aux genoux et prévient sa mère qu’elle en a terminé . Installée derrière sa fille sur un tabouret bas, la maman commence l’interminable confection de cette énorme tresse dont elle sait trés bien que d’ici peu de temps il faudra certainement couper, car la jeune adolescente grandissant désirera sans nul doute être dans le vent en délaissant une parure, à ses yeux, pour petites filles.
Les jumeaux pénètrent dans la salle de bain avec une effronterie et une impudeur garçonnières, nus, pénis à l’air et en l’air, entrent ensemble dans la cabine de douche en se bousculant et en poussant de petits cris étranglés tout en jetant vers la grande soeur des regards coquins. Celle-ci, désabusée , hausse les épaules mais grimace à ce moment-là car elle ressent un timide coup de patte de la maligne petite bête oubliée. Sur les avisés conseils maternels, Caroline se prémunit contre ce qui semble être les prémices de la seconde manifestation de sa récente puberté.
Il est l’heure de partir. Habillée, chaussée, l’adolescente embrasse sa mère sur le seuil de la porte et s’en va, penchée légèrement sur la droite par le poids du cartable mal équilibré, fine silhouette faussement frêle, vers l’arrêt du car de ramassage qu’elle prend tous les jours de scolarité, ses frères jumeaux prenant, eux, le bus à son second passage.
_Urson est mon bonnet de nuit et lui seul peut deviner mes plus secrètes pensées lorsqu’il me regarde dormir, répète-t-elle à qui veut l’entendre. Il veille sur mon sommeil, attentif et rassurant, ajoute-t-elle toute rougissante.
Caroline est une fillette de treize ans, réservée mais mutine, pondérée mais joueuse, appliquée mais aussi rêveuse. Elle a sa propre chambre alors que les jumeaux, ses frères cadets, partagent la même, ce qui n’est d’ailleurs pas pour leur déplaire car cela leur permet de chahuter plus commodément ou d’essuyer d’un front commun les remontrances parentales. Elle a eu carte blanche pour aménager à sa convenance les meubles en bois peint qu’elle a choisi elle-même en tenant compte des remarques et conseils de ses parents, ainsi que pour le rangement et la disposition de ses jouets, livres, cassettes, vêtements et chaussures; enfin, la décoration est assurée par des posters aux tons pastel et par trois ou quatre portraits de ses chanteurs favoris. Caroline est minutieuse et n’aime pas s’encombrer de bibelots inutiles mais prend grand plaisir à ranger et répertorier soigneusement dans de petites vitrines sa collection de coquillages. L’ensemble donne à sa chambre une atmosphère à la fois d’intimité et d’évasion, de concret et de rêve, reflétant parfaitement son tempérament dynamique et romantique qui dans ce cadre trouve une détente physique et morale nécessaire à son équilibre. Elle est dans sa chambre chez elle et s’y sent bien. Les rares amies invitées à partager cette intimité, l’envient de posséder un tel petit royaume. Ses frères, volontaires et quelque peu brutaux comme peuvent l’être des garçons de dix ans n’y pénètrent qu’avec son autorisation et en sa présence, ne s’y déplacent que sur la pointe des pieds comme s’ils craignaient de réveiller le bon génie, gardien du sanctuaire.
L’appel maternel se renouvelle tandis que la porte s’entrouve et que la lumière inonde la pièce.
_Caro, lève-toi, c’est l’heure. La gamine coule un regard en biais vers son réveille-matin qui indique sept heures quinze et enfouit d’un léger mouvement rageur son minois chiffonné entre les pattes d’Urson; ce n’est pourtant point dans ses habitudes car elle se lève d’ordinaire d’elle-même ou au premier appel maternel, d’un pied sûr et l’oeil vif, les cheveux emmêlés mais les idées claires et n’aime point flemmarder à l’entame d’une nouvelle journée.Mais ce matin Caro a un prétexte: elle ressent à hauteur de l’épigastre une légère angoisse, comme une petite bête craintive et affolée qui se serait lovée et pelotonnée; elle se sent toute languissante dans ses pensées et dans la tiédeur des draps; elle essaie en vain de se souvenir de ce mauvais rêve qui n’a pas eu toutefois l’horreur d’un cauchemar; elle revoie simplement des images trés floues mais fortes et bizarres qui l’ont réveillée au milieu de la nuit, toute frémissante et moite. Elle est incapable de rassembler et encore moins de déchiffrer quoi que se soit et n’est reliée à ce pénible et brumeux souvenir que par cette vague constriction au creux de l’estomac.
Soudain, elle se dresse vivement sur son séant tel un ressort qui se détend, en poussant un petit cri aigu de souris prise au piège; la main froide de sa mère s’est posée bien à plat sur son ventre nu que la nuisette retroussée ne protègeait plus; cette habitude un peu sadique mais oh combien efficace est employée avec les garçons, longs à émerger de leur profond sommeil et qui, rituellement, profitent de ce tohu-bohu pour pousser des cris d’orfraie et entamer une bataille de polochons de lit à lit.
Caro se lève, introduit ses pieds dans des mules roses à gros pompon blanc et se dirige vers la cuisine où l’attend le petit déjeuner servi sur une table en bois de pin des landes: croissants à la croûte fine et vernissée, toasts beurrés et saupoudrés d’un voile de poudre de chocolat, lait cru et miel de montagne pour le sucrer. Les mercredis et dimanches cet ordinaire est amélioré par une pyramide de crêpes légères pliées en éventail dont les bords laissent poindre de fines gouttes brillantes de sucre fondu. La fillette apprécie fort ce moment où le palais puis l’estomac satisfaits lui permettent de prendre la journée par le bon bout. Par contre, les jumeaux, pour lesquels le matin tout est corvée, ébouriffés et les yeux encore rouge de sommeil, ne restent que peu de temps à table et préfèrent emporter ces bonnes choses pour les déguster dans le car de ramassage.
Caroline s’enferme dans la salle d’eau, ôte sa nuisette en levant haut les bras comme si elle s’étirait mais en réalité pour chercher du regard dans la grande glace bisautée sa naissante poitrine: deux oranges bien rondes aux mignons tétons, boutons de rose prêts à éclore. Elle brosse soigneusement la double rangée de perles nacrées, blanches et régulières ornant sa bouche d’un éclat éburnéen, mordille ses lèvres au dessin joyeux d’un arc relevé aux commissures, pour les rosir, puis les fronce en une moue en forme de baiser; elle s’arme ensuite d’un démêloir en bois puis d’une brosse à long manche afin de débroussailler le maquis de son abondante chevelure noire, ondée et soyeuse, qu’elle démêle patiemment, tête rejetée en arrière puis penchée en avant; chevelure luxuriante aux vagues souples et amples dont sa mère admirative lui confectionne une superbe tresse épaisse et compacte qui lui bat le dos quand elle court et à laquelle se suspendent parfois de méchantes filles jalouses. Poursuivant son inspection, elle remarque la fausse maigreur de ses bras, les filets bleutés des veines aux poignets, les timides salières révélant les périodes de croissance, s’extasie aux fuseaux de ses jambes, aux cuisses fermes et lisses, aux genoux déliés, aux mollets bien dessinés et aux fines chevilles. Sa peau de passerose au grain ténu, fin tissu lanigère de brune, est ombrée aux aisselles et au pubis d’un reflet noir intense; tournée à demi, elle admire la cambrure flexible de sa chute de reins et gonfle les joues à la vue de ses fesses un peu hautes mais bien rondes. Faisant à nouveau face au miroir, elle se dévisage minutieusement et sans complaisance, poussée comme tous les matins par un brin de coquetterie, en détaillant sa frimousse de petite jeune fille nouvellement nubile: l’arc fin, élégant et noir des sourcils, comme tracé au fusain, fuit loin vers les tempes, lui donnant un faux air de peinture égyptienne; bien à l’abri dans de larges orbites et à l’ombre de longs cils recourbés, l’éclat dansant des yeux aigue-marine où roule emprisonnée une brisure de rayon de soleil, charme et enveloppe ou fusille et foudroie; le menton énergique au contour un peu dur est adouci par une fossette de nourrisson riante dans la peau brune; les pommettes coquines saillent légèrement, les oreilles fines et transparentes, enroulées en ourlets délicats sont deux coquilles diaphanes caressées par quelques cheveux follets, telles plumules duveteuses; le nez qu’elle accuse d’aquilin et ne regarde jamais de profil, est mince à arête vive il est vrai, mais se termine par des narines roses aux ailes palpitantes au moindre émoi. L’inspection se poursuit, plus précise et son oeil sagace et fureteur a vite fait de repérer l’imper- ceptible comédon ou point noir, le bouton naissant d’acné ou la rougeur suspecte.
Cette revue terminée, elle encapuchonne sa tête et sa lourde chevelure dans un bonnet de bain plastique à bord froncé genre charlotte et abandonne son jeune corps gracile à la pluie chaude et bienfaisante de la douche. Savonnée méticuleusement, rincée abondamment, essuyée vigoureusement, séchée enfin, elle enfile un tee-shirt nike, des jeans bleu pâle fendus aux genoux et prévient sa mère qu’elle en a terminé . Installée derrière sa fille sur un tabouret bas, la maman commence l’interminable confection de cette énorme tresse dont elle sait trés bien que d’ici peu de temps il faudra certainement couper, car la jeune adolescente grandissant désirera sans nul doute être dans le vent en délaissant une parure, à ses yeux, pour petites filles.
Les jumeaux pénètrent dans la salle de bain avec une effronterie et une impudeur garçonnières, nus, pénis à l’air et en l’air, entrent ensemble dans la cabine de douche en se bousculant et en poussant de petits cris étranglés tout en jetant vers la grande soeur des regards coquins. Celle-ci, désabusée , hausse les épaules mais grimace à ce moment-là car elle ressent un timide coup de patte de la maligne petite bête oubliée. Sur les avisés conseils maternels, Caroline se prémunit contre ce qui semble être les prémices de la seconde manifestation de sa récente puberté.
Il est l’heure de partir. Habillée, chaussée, l’adolescente embrasse sa mère sur le seuil de la porte et s’en va, penchée légèrement sur la droite par le poids du cartable mal équilibré, fine silhouette faussement frêle, vers l’arrêt du car de ramassage qu’elle prend tous les jours de scolarité, ses frères jumeaux prenant, eux, le bus à son second passage.
mardi 29 septembre 2009
Toulouse antan... et plus tard
Tout jeune et plein d'ardeur je débarque à Toulouse
avec ma blouse grise et ma "mouquire" au nez,
car j'ai quitté Bordeaux qui n'est point trop jalouse
de perdre un de ses fils qui n'est pas "Chartrons" né.
Je suis un garçon libre et bourré de tendresse,
en un grand internat tenu pour parangon
de discipline douce et de férule en laisse
où ne s'activent point les griffes d'un dragon.
Je vais donc nez au vent parmi les briques roses,
sentir la vi-o-lette et les haleines d'ail,
ouïr la langue d'oc truffée de fleurs écloses,
colorée,sensuelle,aux accents de foirail.
Marché à ciel ouvert,Arnaud Bernard s'anime,
invective les Dieux en langue troubadour,
Tournefeuille et Balma déballent et puis griment
les trottoirs et chaussées de printaniers atours.
Aux Allées Jean-Jaurès les baraques foraines
et les autos-tampons attirent mes seize ans;
j'élis tout en riant à la fois plusieurs reines
qui m'embrassent gaiement,pouffent en rougissant.
Je cours à Empalot sur les bords de Garonne,
gravis le Pech David,relais du vent d'autan
qui hurle à Pinsaguel en venant de Carbonne
et par cycle de trois,souffle des jours durant.
Je vais voir les chevaux sauter à la Cépière
et puis les rugbymen plaquer aux Ponts-Jumeaux,
musarder au Grand-Rond,canoter en rivière,
jouir au Capitole des airs du Bel Canto.
Je te quitte en 40, ô Toulouse, ô ma mie,
pour un tout autre amour à nul autre pareil,
puis j'ai roulé ma bosse en effeuillant ma vie
mais regrettant toujours ton accent, ton soleil.
1971
Soixante ans sont passés,ô,amis de Toulouse
transformant votre ville,modelant ses contours,
allant toujours plus loin,gagnant sur la "pelouse"
où j'allais m'allonger, rêvant à notre amour.
Chaque fois que je viens c'est pour moi allégresse
en retrouvant parfums,couleurs,accent,beauté.
Si aujourd'hui vos coeurs sombrent dans la détresse
sachez tous que le mien gémit à leur côté.
21 Septembre 2001
avec ma blouse grise et ma "mouquire" au nez,
car j'ai quitté Bordeaux qui n'est point trop jalouse
de perdre un de ses fils qui n'est pas "Chartrons" né.
Je suis un garçon libre et bourré de tendresse,
en un grand internat tenu pour parangon
de discipline douce et de férule en laisse
où ne s'activent point les griffes d'un dragon.
Je vais donc nez au vent parmi les briques roses,
sentir la vi-o-lette et les haleines d'ail,
ouïr la langue d'oc truffée de fleurs écloses,
colorée,sensuelle,aux accents de foirail.
Marché à ciel ouvert,Arnaud Bernard s'anime,
invective les Dieux en langue troubadour,
Tournefeuille et Balma déballent et puis griment
les trottoirs et chaussées de printaniers atours.
Aux Allées Jean-Jaurès les baraques foraines
et les autos-tampons attirent mes seize ans;
j'élis tout en riant à la fois plusieurs reines
qui m'embrassent gaiement,pouffent en rougissant.
Je cours à Empalot sur les bords de Garonne,
gravis le Pech David,relais du vent d'autan
qui hurle à Pinsaguel en venant de Carbonne
et par cycle de trois,souffle des jours durant.
Je vais voir les chevaux sauter à la Cépière
et puis les rugbymen plaquer aux Ponts-Jumeaux,
musarder au Grand-Rond,canoter en rivière,
jouir au Capitole des airs du Bel Canto.
Je te quitte en 40, ô Toulouse, ô ma mie,
pour un tout autre amour à nul autre pareil,
puis j'ai roulé ma bosse en effeuillant ma vie
mais regrettant toujours ton accent, ton soleil.
1971
Soixante ans sont passés,ô,amis de Toulouse
transformant votre ville,modelant ses contours,
allant toujours plus loin,gagnant sur la "pelouse"
où j'allais m'allonger, rêvant à notre amour.
Chaque fois que je viens c'est pour moi allégresse
en retrouvant parfums,couleurs,accent,beauté.
Si aujourd'hui vos coeurs sombrent dans la détresse
sachez tous que le mien gémit à leur côté.
21 Septembre 2001
vendredi 25 septembre 2009
Les beaux parleurs
Tous ces phraseurs,énergumènes excités,
gesticulent dans le vide
de notre indifférence
mais font semblant,afin d'être écoutés
de nous prendre à témoin,
amusés mais fatigués
que nous sommes.
Tous ces braillements,mots inarticulés,
entrent et violent nos oreilles
sans frapper,
pour s'y entrechoquer
en des échos de vaine rumeur
et de vacarme oublié,
car passe le temps....
reste du vent !!!
gesticulent dans le vide
de notre indifférence
mais font semblant,afin d'être écoutés
de nous prendre à témoin,
amusés mais fatigués
que nous sommes.
Tous ces braillements,mots inarticulés,
entrent et violent nos oreilles
sans frapper,
pour s'y entrechoquer
en des échos de vaine rumeur
et de vacarme oublié,
car passe le temps....
reste du vent !!!
dimanche 20 septembre 2009
Les bons amis
Des Présidents et des ministres,
des grands commis et des préfets,
des sénateurs et tous les cuistres
de l'Assemblée,nos députés.
Des conseillers,élus et maires,
tous les banquiers et assureurs,
des religieux,des militaires
profitent bien de nos bons coeurs.
De gros prêteurs et des notaires,
des Sociétés,des percepteurs,
boursiers,tricheurs,font des "affaires"
en nous tondant mieux que coiffeurs.
Ajoutez-y des Secrétaires,
quelques ripoux,des directeurs,
des promoteurs,propriétaires,
vide-goussets,leurs défenseurs.
Ils vivent tous de leurs rapines,
se comportant comme des loups:
adieu copains,plus de copines,
ne pensent plus qu'à leurs gros sous.
Ils courent sus à la misère
des plus pauvres,des besogneux,
rendant leur vie bien plus précaire,
pressés à mort,jetés au feu..
Prenant du goût aux voleries
lâchent les crans de sûreté
de leurs désirs,de leurs envies
qui se nomment Cupidité.
Tant pis pour eux si dans l'année
ils sont surpris main dans le sac,
il y a feu et donc,fumée,
tous leurs projets sont dans le lac;
mais sont sereins car la Justice
dans ce pays sans foi ni loi
les blanchira au bénéfice
des grands commis et des préfets,
des sénateurs et tous les cuistres
de l'Assemblée,nos députés.
Des conseillers,élus et maires,
tous les banquiers et assureurs,
des religieux,des militaires
profitent bien de nos bons coeurs.
De gros prêteurs et des notaires,
des Sociétés,des percepteurs,
boursiers,tricheurs,font des "affaires"
en nous tondant mieux que coiffeurs.
Ajoutez-y des Secrétaires,
quelques ripoux,des directeurs,
des promoteurs,propriétaires,
vide-goussets,leurs défenseurs.
Ils vivent tous de leurs rapines,
se comportant comme des loups:
adieu copains,plus de copines,
ne pensent plus qu'à leurs gros sous.
Ils courent sus à la misère
des plus pauvres,des besogneux,
rendant leur vie bien plus précaire,
pressés à mort,jetés au feu..
Prenant du goût aux voleries
lâchent les crans de sûreté
de leurs désirs,de leurs envies
qui se nomment Cupidité.
Tant pis pour eux si dans l'année
ils sont surpris main dans le sac,
il y a feu et donc,fumée,
tous leurs projets sont dans le lac;
mais sont sereins car la Justice
dans ce pays sans foi ni loi
les blanchira au bénéfice
de l'inodore argent fait roi.
lundi 14 septembre 2009
Un amour dans la ville
C’était un jour sans soleil plongé dans la grisaille et baigné de froidure où les formes se muent en ombres, en contours indécis s’interpénétrant, se diluant, se dissipant pour reparaître à nouveau l’instant d’aprés. Des nuages bas filaient, échevelés et pressés, poussés par un vent fougueux au goût d’algue et de sel. Une pluie fine bruinait inlassablement en des rideaux constamment renouvelés par des rafales violentes et gémissantes. Tout cela concourait à rendre fantomatiques les flèches de Saint André et de Saint Michel, la colonne des Girondins dont les chevaux ruisselants et dressés à son pied semblaient hennir d’ennui, l’aérien pont d’Aquitaine dont les haubans ressemblaient, le temps de fugitives éclaircies, à une gigantesque toile d’araignée.
Tout dégoulinait : toitures, auvents, gargouilles, balcons et grilles. Les gouttières psalmodiaient leurs chuintements humides et les arbres nus des jardins et des squares, squelettes dépouillés de leurs dernières feuilles, secouaient rageusement, de temps à autre, leurs branches luisantes en de furieux crépitements. De rares parapluies s’ouvraient çà et là, kamikases baleinés, résistaient quelques secondes avant de se retourner en des froissements d’ailes géantes transpercées de leurs propres dards. Les capuches se gonflaient comme des baudruches prêtes à prendre un envol désordonné. Les pigeons mussaient leur tête sous l’aile, croyant la nuit venue. Seuls, les canards du Jardin Public cancanaient d’aise et se dandinaient en une parade chaloupée , ou bien piquaient joyeusement et bruyamment un plongeon dans la Serpentine toute clapotante et ondée.
Les flaques s’élargissaient puis s’étalaient d’un coup en méandres imprévus, ridés par le souffle. Les caniveaux jouaient aux petits torrents, encombrés de tout ce qui traînait sur la chaussée et les trottoirs, en se précipitant pour se déverser dans des bouches d’égout en des bruits de cataractes naines et de borborygmes de géants Ce n’était que la fin de l’aprés-midi mais il semblait déjà que le soir était tombé.
La tristesse d’un jour maussade, la mélancolie de la pluie, la langueur des heures interminables et mouillées, nouaient les gorges, noyaient les coeurs d’une étrange douceur émolliente, embuaient les regards, orchestraient en un monotone fond sonore les plaintes des hautbois et des violoncelles de la nature en pleurs. Les lampadaires, allumés depuis peu, étaient auréolés d’un halo de vapeur légère et tremblotante. Quelques passants courbés, rasant les murs des façades, se hâtaient en désordre sans remarquer la silhouette immobile appuyée à la colonne d’un réverbère.
C’était un tout jeune homme, engoncé dans un imperméable devenu inutile, dont la pointe du nez, les lobes des oreilles et les mèches de cheveux sur la nuque, étaient autant de petites gouttières. Il tenait sa tête nue levée et portait son regard, où se lisait une certaine anxiété, sur une des fenêtres du premier étage d’un immeuble situé de l’autre côté de la chaussée.Cette fenêtre était la seule obscure à ce niveau, toutes les autres étant illuminées par des lustres vénitiens aux cristaux brillant de mille feux. Il connaissait par coeur tous les détails de cette façade bourgeoise devant laquelle, depuis déjà une semaine, il venait stationner, l’oeil aux aguets: une imposante porte cochère à deux battants, ornée d’un massif et brillant heurtoir de cuivre, surmontée d’un mascaron représentant un visage de Bacchus aux traits négroïdes rappelant le passé négrier du grand port, s’ouvrait sur une vaste cour pavée à l’ancienne. A chaque étage, l’alignement des ouvertures à petits carreaux encadrés de châssis blancs, était souligné par de profonds balcons habillés de grilles ventrues en fer forgé et par des frontons triangulaires coiffant chaque fenêtre. Les quatre niveaux se délimitaient par des frises composées de guirlandes de grappes et de feuilles de vigne entremêlées. La toiture à pans moyennement inclinés, était ardoisée et mansardée.
Ce jeune homme était triste et l’on ne pouvait distinguer sur son visage ruisselant si des larmes se mêlaient aux gouttes de pluie.Il était figé en une sorte d’abandon, noyé par un sentiment de profonde affliction né de son attente hypothétique et par les éléments hostiles. Un chien errant s’arrêta un instant à ses pieds, le flaira, s’ébroua et repartit la queue entre les pattes, au moment ou mugissait lugubrement, par trois fois, la sirène d’un paquebot appareillant, fait de plus en plus rare dans le port déserté et ne représentant plus celui chanté par Chapelle et Bachaumont :
Il frissonna et cilla des yeux car il croyait avoir aperçu une légère lueur au travers des vitres éteintes. Il eut tôt fait de comprendre que cela n’était qu’illusion provoquée sans doute par la trop longue fixité de son regard. Il ferma les paupières et prit son mal en patience en espérant que se manifesterait à nouveau, comme par deux fois déjà les jours précédents, ce pourquoi il revenait attendre tous les aprés-midi si patiemment, si fidèlement. La première fois que cela lui était apparu, il lisait Le grand Meaulnes, assis sur un banc de l’avenue, lorsque la nuit l’avait surpris. Voulant poursuivre un peu plus avant sa lecture, il avait attaqué le chapitre douze de la deuxième partie sous un réverbère.
Mon cher françois,
Aujourd’hui, dès mon arrivée à Paris, je suis allé devant la maison indiquée. Je n’ai rien vu. Il n’y avait personne. La maison que disait Frantz est un petit hôtel à un étage. La chambre de Mlle de Galais doit être au premier. Les fenêtres du haut sont les plus cachées des arbres mais en passant sur le trottoir on les voit trés bien. Tous les rideaux sont fermés et il faudrait être fou pour espérer qu’un jour autre, entre ces rideaux tirés, le visage d’Yvonne de Galais puisse apparaître..........; la nuit est venue, les fenêtres sont allumées un peu partout........
A cet endroit de sa lecture il avait, pensif, levé la tête et porté son regard sur une fenêtre du premier étage qui venait de s’éclairer. Il vit apparaître assez distinctement le buste d’une jeune fille blonde dont la douce inclinaison de tête épousait harmonieusement le galbe d’un violon et la grâce du jet laiteux d’un bras à hauteur de l’épaule ronde. Il en fut bouleversé sur le champ. Jamais au monde rien ne lui avait semblé répondre comme en cet instant, aux fanfares des symphonies envahissant ses sens émerveillés. Il avait espéré avec tant de fièvre, avait cru avec tant d’ardeur, durant les dernières années de sa jeune existence, à la beauté nue, vraie, pure, qu’avant même de l’avoir pu trouvée, il l’avait tordue et brûlée aux flammes de son désir. Et là, en une fraction trés brève de temps, tout cela se matérialisait à ses yeux. Toute sa pensée, sa faculté de réflexion, son âme, furent attirées vers cette apparition. La belle instrumentiste, tournée vers la fenêtre, jouait, il en était convaincu, pour lui seul. Il était resté longtemps, trés longtemps, appuyé au réverbère, bercé par la mélodie de son coeur enivré, aprés que la baie se fut à nouveau obscurcie.
La seconde fois, trois jours plus tard, posté au même endroit, perdu dans ses voluptueuses pensées, récitant son poème délicat, poursuivant sa chimère bien-aimée, amoureux fou qu’il était de cette vision et ne rêvant plus que de la revoir, simplement pour la boire de ses yeux, elle se montra encore. La soirée était douce, comme cela arrive fréquemment en automne dans la région et tout était paisible. La fenêtre était grande ouverte et l’on entendait des accords de violon. Ce n’était qu’un bon crincrin appliqué de débutant mais qui résonnait à son oreille conquise comme une interprétation de virtuose. Elle se présenta face à lui et joua de longues minutes. Un torrent de soufre et de lave le submergea comme lors d’une éruption volcanique, un rythme haletant et déchiré, tel celui d’un élément ayant rompu ses digues, le souleva. Sa volonté tendue essaya de résister à cet assaut barbare et sensuel à la fois mais elle fut emportée, vaincue, tournoyante comme paille dans le vent. Il ne fut plus lui-même. Une passion confuse, une tragédie silencieuse et brutale le tarauda, il sentit son coeur saisi d’un énorme et incontrôlable désir, d’une émotion extrème, d’une flamme dévorante que faisaient naître les harmonies déchirantes de l’instrument. Il aima douloureusement pour la première fois de tout son coeur broyé, perdu, de toute son âme brûlante. Il resta pantelant, extasié.
Désespérément, la fenêtre restait dans l’ombre. Un tremblement prolongé lui secoua tout le corps. Une forte migraine lui tenaillait les tempes d’une souffrance lancinante. Son espoir s’éteignait peu à peu comme la flamme d’une bougie arrivée au bout de sa cire. La pluie ne cessait pas et tout n’était qu’éponge gorgée d’eau. Il était mouillé jusqu’aux os et ne sentait plus la chaleur de sa propre chair. Cette attente, mélange d’espoir et de bonheur tout au début et ne demandant qu’à se poursuivre pour se terminer en passion et en adoration, devenait en se prolongeant indéfiniment, une faction cruelle, insupportable, dont l’angoisse exacerbée lui laissait entrevoir le bord de l’abîme dans lequel, il le percevait de plus en plus, il se précipiterait bientôt. Il s’enfonçait dans le néant comme le noyé à bout de souffle qui, rompu par de vains efforts, se laisse engloutir dans le liquide à la fois victorieux et libérateur.
.........Il faudrait être fou pour espérer qu’un autre jour, entre ces rideaux tirés, le visage... bien-aimé puisse paraître à nouveau......
Un instant encore son regard resta fixé sur la fenêtre morte, puis s’éteignit doucement, la flamme de sa prunelle mouchée par les doigts du désespoir.
La baie s’illumina, flamboya de tous ses lustres, cristaux et miroirs. Le plafond à caissons resplendit. Un frais minois souriant vint se coller au vitrage et le regard malicieux sembla chercher au dehors le lampadaire solitaire mais ne distingua que l’écran de pluie dont chaque goutte scintillait. Au bout d’un moment, la jeune fille se retourna et fit cette réflexion:
_Je n’aperçois pas le mendiant sous le réverbère. Je souhaite pour lui qu’il ait pu trouver un abri par ce temps de chien. Il paraissait bien jeune pour tendre la main.
Et la grande et forte cité dont le squelette et la chair furent pensés, construits, pétris tout au long des siècles par l’esprit, les mains et les coeurs de ses habitants, étendit à ce moment là, sur son voile de pluie, un manteau de nuit doublé de la soie de l’oubli, pour dissimuler pudiquement toutes les plaies corporelles et spirituelles contenues en son sein.
Seul, perché tout en haut de sa colonne surplombant le désert de solitude de l’immense place, le Génie de la Liberté sembla guider et accompagner l’envol léger de l’âme d’un jeune homme, poète et amoureux à en mourir.
Tout dégoulinait : toitures, auvents, gargouilles, balcons et grilles. Les gouttières psalmodiaient leurs chuintements humides et les arbres nus des jardins et des squares, squelettes dépouillés de leurs dernières feuilles, secouaient rageusement, de temps à autre, leurs branches luisantes en de furieux crépitements. De rares parapluies s’ouvraient çà et là, kamikases baleinés, résistaient quelques secondes avant de se retourner en des froissements d’ailes géantes transpercées de leurs propres dards. Les capuches se gonflaient comme des baudruches prêtes à prendre un envol désordonné. Les pigeons mussaient leur tête sous l’aile, croyant la nuit venue. Seuls, les canards du Jardin Public cancanaient d’aise et se dandinaient en une parade chaloupée , ou bien piquaient joyeusement et bruyamment un plongeon dans la Serpentine toute clapotante et ondée.
Les flaques s’élargissaient puis s’étalaient d’un coup en méandres imprévus, ridés par le souffle. Les caniveaux jouaient aux petits torrents, encombrés de tout ce qui traînait sur la chaussée et les trottoirs, en se précipitant pour se déverser dans des bouches d’égout en des bruits de cataractes naines et de borborygmes de géants Ce n’était que la fin de l’aprés-midi mais il semblait déjà que le soir était tombé.
La tristesse d’un jour maussade, la mélancolie de la pluie, la langueur des heures interminables et mouillées, nouaient les gorges, noyaient les coeurs d’une étrange douceur émolliente, embuaient les regards, orchestraient en un monotone fond sonore les plaintes des hautbois et des violoncelles de la nature en pleurs. Les lampadaires, allumés depuis peu, étaient auréolés d’un halo de vapeur légère et tremblotante. Quelques passants courbés, rasant les murs des façades, se hâtaient en désordre sans remarquer la silhouette immobile appuyée à la colonne d’un réverbère.
C’était un tout jeune homme, engoncé dans un imperméable devenu inutile, dont la pointe du nez, les lobes des oreilles et les mèches de cheveux sur la nuque, étaient autant de petites gouttières. Il tenait sa tête nue levée et portait son regard, où se lisait une certaine anxiété, sur une des fenêtres du premier étage d’un immeuble situé de l’autre côté de la chaussée.Cette fenêtre était la seule obscure à ce niveau, toutes les autres étant illuminées par des lustres vénitiens aux cristaux brillant de mille feux. Il connaissait par coeur tous les détails de cette façade bourgeoise devant laquelle, depuis déjà une semaine, il venait stationner, l’oeil aux aguets: une imposante porte cochère à deux battants, ornée d’un massif et brillant heurtoir de cuivre, surmontée d’un mascaron représentant un visage de Bacchus aux traits négroïdes rappelant le passé négrier du grand port, s’ouvrait sur une vaste cour pavée à l’ancienne. A chaque étage, l’alignement des ouvertures à petits carreaux encadrés de châssis blancs, était souligné par de profonds balcons habillés de grilles ventrues en fer forgé et par des frontons triangulaires coiffant chaque fenêtre. Les quatre niveaux se délimitaient par des frises composées de guirlandes de grappes et de feuilles de vigne entremêlées. La toiture à pans moyennement inclinés, était ardoisée et mansardée.
Ce jeune homme était triste et l’on ne pouvait distinguer sur son visage ruisselant si des larmes se mêlaient aux gouttes de pluie.Il était figé en une sorte d’abandon, noyé par un sentiment de profonde affliction né de son attente hypothétique et par les éléments hostiles. Un chien errant s’arrêta un instant à ses pieds, le flaira, s’ébroua et repartit la queue entre les pattes, au moment ou mugissait lugubrement, par trois fois, la sirène d’un paquebot appareillant, fait de plus en plus rare dans le port déserté et ne représentant plus celui chanté par Chapelle et Bachaumont :
Et nous vîmes au milieu des eaux
devant nous paraître Bordeaux
dont le port en croissant resserre
plus de barques et de vaisseaux
qu’aucun autre port de la terre.
devant nous paraître Bordeaux
dont le port en croissant resserre
plus de barques et de vaisseaux
qu’aucun autre port de la terre.
Il frissonna et cilla des yeux car il croyait avoir aperçu une légère lueur au travers des vitres éteintes. Il eut tôt fait de comprendre que cela n’était qu’illusion provoquée sans doute par la trop longue fixité de son regard. Il ferma les paupières et prit son mal en patience en espérant que se manifesterait à nouveau, comme par deux fois déjà les jours précédents, ce pourquoi il revenait attendre tous les aprés-midi si patiemment, si fidèlement. La première fois que cela lui était apparu, il lisait Le grand Meaulnes, assis sur un banc de l’avenue, lorsque la nuit l’avait surpris. Voulant poursuivre un peu plus avant sa lecture, il avait attaqué le chapitre douze de la deuxième partie sous un réverbère.
Mon cher françois,
Aujourd’hui, dès mon arrivée à Paris, je suis allé devant la maison indiquée. Je n’ai rien vu. Il n’y avait personne. La maison que disait Frantz est un petit hôtel à un étage. La chambre de Mlle de Galais doit être au premier. Les fenêtres du haut sont les plus cachées des arbres mais en passant sur le trottoir on les voit trés bien. Tous les rideaux sont fermés et il faudrait être fou pour espérer qu’un jour autre, entre ces rideaux tirés, le visage d’Yvonne de Galais puisse apparaître..........; la nuit est venue, les fenêtres sont allumées un peu partout........
A cet endroit de sa lecture il avait, pensif, levé la tête et porté son regard sur une fenêtre du premier étage qui venait de s’éclairer. Il vit apparaître assez distinctement le buste d’une jeune fille blonde dont la douce inclinaison de tête épousait harmonieusement le galbe d’un violon et la grâce du jet laiteux d’un bras à hauteur de l’épaule ronde. Il en fut bouleversé sur le champ. Jamais au monde rien ne lui avait semblé répondre comme en cet instant, aux fanfares des symphonies envahissant ses sens émerveillés. Il avait espéré avec tant de fièvre, avait cru avec tant d’ardeur, durant les dernières années de sa jeune existence, à la beauté nue, vraie, pure, qu’avant même de l’avoir pu trouvée, il l’avait tordue et brûlée aux flammes de son désir. Et là, en une fraction trés brève de temps, tout cela se matérialisait à ses yeux. Toute sa pensée, sa faculté de réflexion, son âme, furent attirées vers cette apparition. La belle instrumentiste, tournée vers la fenêtre, jouait, il en était convaincu, pour lui seul. Il était resté longtemps, trés longtemps, appuyé au réverbère, bercé par la mélodie de son coeur enivré, aprés que la baie se fut à nouveau obscurcie.
La seconde fois, trois jours plus tard, posté au même endroit, perdu dans ses voluptueuses pensées, récitant son poème délicat, poursuivant sa chimère bien-aimée, amoureux fou qu’il était de cette vision et ne rêvant plus que de la revoir, simplement pour la boire de ses yeux, elle se montra encore. La soirée était douce, comme cela arrive fréquemment en automne dans la région et tout était paisible. La fenêtre était grande ouverte et l’on entendait des accords de violon. Ce n’était qu’un bon crincrin appliqué de débutant mais qui résonnait à son oreille conquise comme une interprétation de virtuose. Elle se présenta face à lui et joua de longues minutes. Un torrent de soufre et de lave le submergea comme lors d’une éruption volcanique, un rythme haletant et déchiré, tel celui d’un élément ayant rompu ses digues, le souleva. Sa volonté tendue essaya de résister à cet assaut barbare et sensuel à la fois mais elle fut emportée, vaincue, tournoyante comme paille dans le vent. Il ne fut plus lui-même. Une passion confuse, une tragédie silencieuse et brutale le tarauda, il sentit son coeur saisi d’un énorme et incontrôlable désir, d’une émotion extrème, d’une flamme dévorante que faisaient naître les harmonies déchirantes de l’instrument. Il aima douloureusement pour la première fois de tout son coeur broyé, perdu, de toute son âme brûlante. Il resta pantelant, extasié.
Désespérément, la fenêtre restait dans l’ombre. Un tremblement prolongé lui secoua tout le corps. Une forte migraine lui tenaillait les tempes d’une souffrance lancinante. Son espoir s’éteignait peu à peu comme la flamme d’une bougie arrivée au bout de sa cire. La pluie ne cessait pas et tout n’était qu’éponge gorgée d’eau. Il était mouillé jusqu’aux os et ne sentait plus la chaleur de sa propre chair. Cette attente, mélange d’espoir et de bonheur tout au début et ne demandant qu’à se poursuivre pour se terminer en passion et en adoration, devenait en se prolongeant indéfiniment, une faction cruelle, insupportable, dont l’angoisse exacerbée lui laissait entrevoir le bord de l’abîme dans lequel, il le percevait de plus en plus, il se précipiterait bientôt. Il s’enfonçait dans le néant comme le noyé à bout de souffle qui, rompu par de vains efforts, se laisse engloutir dans le liquide à la fois victorieux et libérateur.
.........Il faudrait être fou pour espérer qu’un autre jour, entre ces rideaux tirés, le visage... bien-aimé puisse paraître à nouveau......
Un instant encore son regard resta fixé sur la fenêtre morte, puis s’éteignit doucement, la flamme de sa prunelle mouchée par les doigts du désespoir.
La baie s’illumina, flamboya de tous ses lustres, cristaux et miroirs. Le plafond à caissons resplendit. Un frais minois souriant vint se coller au vitrage et le regard malicieux sembla chercher au dehors le lampadaire solitaire mais ne distingua que l’écran de pluie dont chaque goutte scintillait. Au bout d’un moment, la jeune fille se retourna et fit cette réflexion:
_Je n’aperçois pas le mendiant sous le réverbère. Je souhaite pour lui qu’il ait pu trouver un abri par ce temps de chien. Il paraissait bien jeune pour tendre la main.
Et la grande et forte cité dont le squelette et la chair furent pensés, construits, pétris tout au long des siècles par l’esprit, les mains et les coeurs de ses habitants, étendit à ce moment là, sur son voile de pluie, un manteau de nuit doublé de la soie de l’oubli, pour dissimuler pudiquement toutes les plaies corporelles et spirituelles contenues en son sein.
Seul, perché tout en haut de sa colonne surplombant le désert de solitude de l’immense place, le Génie de la Liberté sembla guider et accompagner l’envol léger de l’âme d’un jeune homme, poète et amoureux à en mourir.
Inscription à :
Articles (Atom)