vendredi 3 septembre 2010

A faire parvenir

Bordeaux 23 août 2001 .

Mademoiselle,

Voici déjà deux ans que, pour mon plus grand plaisir, votre père et vous-même emménagiez dans la maison mitoyenne à la mienne. Aussitôt ce ne fut que musique dans l’air. Vous passiez beaucoup de temps devant votre piano ; j’appris plus tard que vous prépariez le concours de fin d’année du Conservatoire, d’où cet entraînement sévère. A l’époque, je confondais classique et moderne, jazz et gammes d’échauffement que vous attaquiez ascendantes et descendantes en des tempi variables afin de délier vos doigts. Du matin au soir, résonnaient en sourdine dans ma demeure les notes envolées de votre clavier. Ma vie tranquille, au bord de l’ennui, en fut toute ragaillardie et bien souvent, lèvres mi-closes, je me surprenais à fredonner un air maintes fois entendu. Je composai un soir de novembre un quatrain que je lus et relus à haute voix à Coquin, mon vieux chat:

Trois notes envolées d’un clavier noir et blanc,
tranpercent la cloison d’une douce harmonie
et par delà le temps, je redeviens enfant
au coeur gros mais bercé d’une paix infinie.

Trés discrète, je ne vous ai aperçue pour la première fois que trois mois aprés votre installation. C’était trés tôt, un tiède matin de juillet; je prenais comme à mon habitude, mon petit déjeuner dehors, à l’heure des Laudes. A cette heure là, les fleurs et les plantes, la terre et la pierre chaudes exhalent délicatement tous leurs parfums. Coquin me tenait compagnie en lapant son habituelle tasse de lait frais, tout en surveillant les sautillements des merles lève-tôt autour des miettes dispersées à leur intention à trois pas de lui. Je le vis soudain redresser la tête et les oreilles puis se tourner vers la haie commune de chèvrefeuille, m’avertissant par cette mimique d’une présence insolite. Je ne fis aucun bruit, arrêtai de grignoter ma biscotte beurrée; pas un muscle de mon corps ne tressaillit, pas un poil de sa moustache ne frémit; deux statues qui attendaient. Le halo blanc-rosé du soleil levant s’élargit, puis monta au dessus des toits voisins, devint de plus en plus éclatant; un arc éblouissant lança coup sur coup plusieurs rayons dorés, ravivant les couleurs des jardins tout couverts de rosée; un rayonnement intense, une auréole d’or s’infiltra par les interstices de la cloison de verdure, irradia l’iris de Coquin en l’enflammant de mille étincelles que ses paupières, rapidement abaissées, éteignirent. Je me levai sans bruit, me dressai et vis le soleil se mirer dans votre rousse chevelure toute flamboyante de mille feux. Esquisse de sourire aux lèvres, regard fixé vers l’horizon, vos gestes lents, d’une solennité toute hiératique, me semblèrent appartenir à une déesse antique, sans doute à la muse Euterpe., car bras levés et mains jointes invocatoires semblaient faire un appel à la Beauté. Lentement vos mains descendirent vers votre chevelure et vos doigts souples, doucement, s’infiltrèrent dans cette lourde toison d’or roux pour la gonfler, l’aérer, en laissant retomber une à une les épaisses mèches de feu. Vêtue d’une courte chemise laissant deviner par transparence vos formes pures, je crus voir et découvrir, irréelle, la jeunesse radieuse parée de la beauté et de la grâce féminines. Mon vieux coeur se mit à battre la chamade et je reculai précipitamment, craignant d’être découvert.

Depuis presque un an, je garde la chambre, mon corps usé s’engourdissant petit à petit. Coquin est à mes côtés, pas plus valide que son maître, perclus lui aussi de rhumatismes. Nous tendons tous deux l’oreille lorsque les premières notes percent la pierre mitoyenne. Je distingue maitenant assez rapidement le concerto en fa mineur de Chopin, de la sonate Pathétique de Beethoven et Mozart ne m’est plus inaccessible; j’écoute avec patience le tatônnement des doigts raides de vos élèves et attends avec ferveur l’instant merveilleux où vos mains légères caressent de leurs fuseaux agiles les touches blanches et noires du clavier. Alors, l’oreille collée à la tapisserie, je reconnais la partition jouée et ferme les yeux afin de revoir l’apparition d’un certain matin de juillet.

Depuis peu, j’entends de temps à autre, un violoncelle gémir langoureusement en réponse aux sonorités cristallines du piano; je vous avoue être un peu jaloux de cette intimité qui brise partiellement la mienne. Mon vieux coeur attendri espère que les cordes n’entraîneront pas les touches dans une fugue, juste au moment où il ressent de plus en plus souvent un émoi juvénile.

Je vous en prie, Mademoiselle, jouez, jouez encore pour moi, en éclairant la fin de ma vie, tout en la prolongeant en m’offrant ce regain de jeunesse.

Un violoncelle y mêle parfois sa voix
et gamme aprés gamme, la tendre mélodie
envahit la chambrette où me gagne l’émoi
d’être encore un enfant au déclin de ma vie.

Votre voisin confus mais reconnaissant.

mardi 31 août 2010

Chant pour vote républicain

2012 en vue

Allons enfants, vive la vie,
le jour de gloire est arrivé,
au royaume de sarkozie
où tout est dit mais rien de fait.

Pourquoi prêter toujours aux riches
en refusant aux démunis,
allons, croyants, rompez la triche
contre une place au Paradis.

Pourquoi faut-il qu’on interpelle
des électeurs désabusés
et leur rancoeur, et leurs querelles
par faits divers interposés,

Expliquez nous pourquoi la haine
suinte ainsi à tout propos
dans des phrases qui nous rappellent
les forts relents de Gestapo.

Rien n’est plus beau que la Patrie
pour nous, parents, au sang usé ;
faites face à la tyrannie
vous , les jeunes, aux sangs mêlés.

Allez enfants à la Mairie ,
allez voter pour Renouveau,
qui marquera dans votre vie
d’un caillou blanc ce jour si beau.

A livre ouvert

Comme existent parfois dans nos rêves anciens

des bouts de vérité et d’images réelles,

y peuvent s’y glisser en tout honneur, tout bien,

quelques vues de l’esprit que l’astucieux décèle

sans en tenir rigueur ou quelque acrimonie

vis-à-vis de celui qui met à nu sa vie.

Reprise

A mourir de rire...

Il se plia, se tordit, mais se redressa

Il s’engoua, s’égosilla, mais avala

Il s’étouffa, s’essouffla, mais respira

Il éclata, se fendit, mais pleura

Il ouvrit grand la bouche et ....trépassa.


Le rire est le propre de l’homme

dimanche 8 août 2010

Allô delà

Un jour, bientôt peut-être... mais aprés tout, pourquoi pas tout de suite ? Ma résolution prise, je m’inscris en priorité sur une des lignes directes et j’attends. Appel, réappel, puis enfin on décroche...

_”Allô , vous m’entendez ? oui ? Trés bien, alors voilà : il y avait ce jour là Paulette et Lucienne à l’arrière, Marcel à mon côté et moi au volant. Paulette était la femme de Marcel et Lucienne mon épouse. Je me prénomme Jeannot. Vous avez deviné sans doute qu’avec de tels prénoms nous n’étions plus des jeunots. Eh bien ! oui, vous avez raison. Nous formions deux couples de septuagénaires profitant à plein temps de leur retraite. Quoi de plus naturel, pas vrai ? Mais il y a une chose que vous ignorez et j’ai l’intention d’éclairer votre lanterne. J’ai toujours détesté les sous-entendus et les contre -vérités.

Ce jour là, donc, nous avions pris l’autoroute pendant une heure trente pour atteindre les contreforts des Pyrénées. Il était encore tôt car nous aimions tous les quatre partir à potron-minet, nos temps de sommeil nous le permettant, s’étant réduits au fil des ans. Nous avions fait une petite pause pour dégourdir les jambes et siroter deux gorgées d’un café brûlant versé d’une bouteille thermos bien précieuse. Nous dirigions nos regards, au travers d’une aube blême rouillée d’ocre rosé, vers l’horizon lointain souligné vaguement par la dentelure des cimes estompées dans les brumes argentées.

La route était sinueuse, montant à l’assaut du col; lacets, épingles à cheveux, se succédaient sans répit pour avaler les forts pourcentages de déclivité; les huit chevaux en ligne de la voiture tiraient bien et répondaient parfaitement à la pression de mon pied droit. J’aimais conduire en montagne; rétrograder, prendre la corde, accélérer à fond pendant toute la courbe et repasser à la vitesse supérieure sitôt aprés pour recommencer la manoeuvre cinquante mètres plus loin et plus haut. Sans la conduite assistée, les muscles des bras durcissent et se font douloureux mais quelle ivresse de voir basculer le paysage et d’entendre crisser les pneus. Je me ré-ga-lais, d’autant plus que le temps passé sur l’autoroute, comme à l’ordinaire, m’avait paru bien long et monotone. Par contre, ça râlait dur et ça maugréait fort autour de moi, mon enthousiasme était mal perçu. Lucienne était bien entendu la plus véhémente, en sa qualité d’épouse, prérogative oblige. Comme à son habitude, elle dénigrait ma conduite soi-disant sportive que je ne pratiquais, selon elle, que pour paraître jeune et épater mon monde. Avait-elle sans doute un peu raison, mais de toute façon, dès qu’elle montait dans la voiture que je conduisais, que ce soit en montagne ou en plaine, à la ville comme à la campagne, sur chemin de terre ou sur autoroute, elle serrait les fesses et se cramponnait même aux feux rouges. Avec n’importe quel fada du volant ou toqué de la vitesse, elle était tout à son aise et parfaitement décontractée. Allez comprendre quelque chose !! Paulette, de son côté, était livide car elle se trouvait assise à droite et surplombait le précipice, alors qu’elle était sujette au vertige, même debout sur une chaise. Le coeur avait dû lui remonter à la gorge car ses yeux affolés cherchaient vainement la manivelle de la glace, afin de l’ouvrir avant le premier hoquet. Marcel, à l’avant, moins balloté que les femmes à l’arrière, avait toutefois l’épaule et le ventre sciés par la ceinture de sécurité à chaque rétrogradation et la nuque écrasée à chaque accélération.En somme, j’étais le seul à boire du petit lait.

A la halte, au sommet du col, pieds bien ancrés sur le plancher des vaches, mes trois compagnons, secoués et tourneboulés, ne me firent pas grâce de leurs griefs et le pique-nique eut franchement un air de soupe à la grimace. J’en tenais compte, lorsqu’en fin d’aprés-midi, jattaquais la descente par l’autre versant. Tout le monde profita de mon allure de sénateur dans les virages négociés à vitesse modérée, et put tout à loisir admirer le paysage. Le calme régnant, le papotage reprit ses droits à l’arrière, tandis que Marcel grillait avec délectation une cibiche à l’avant.

Je roulais toujours aussi modérément pendant la traversée du piémont aux ondulations grisâtres et brunâtres que rosissaient les derniers rayons du peigne doré d’un soleil déclinant. Derrière nous, les cimes embrasaient leurs arêtes en des pourpres flamboyants dont quelques flèches illuminaient encore les violets et les mauves des vallées profondes. Sur l’autoroute, prétextant de la perte de temps subie dans la descente du col, je poussais un peu les cylindres et l’aiguille du compteur resta stationnée sur le cent cinquante. Tout se passait bien. Quittant la rocade, je prenais l’avenue menant au domicile banlieusard de nos amis. Il fallait quelque part franchir un passage à niveau et traverser les voies ferrées de la ligne Paris-Bordeaux. Les bras de la barrière automatique étant levés, je m’engageais. Au beau milieu, pile entre les voies, je sentis dans les mains le volant soudainement libre et, tout aussitôt, le véhicule roulant aux environs de quinze à l’heure, s’arrêta brusquement, coinçant et étouffant le moteur. Tous les regards convergèrent vers moi et m’interrogèrent. J’y répondis en faisant tourner entre mes mains le volant comme une toupie. Ma femme Lucienne m’intima l’ordre, sur un ton n’admettant point de réplique, de cesser au plus tôt cette plaisanterie absurde, tout en me taxant de vouloir une fois de plus, me rendre intéressant. Quant à Marcel, il me demanda d’une voix bourrue de bien vouloir arrêter de jouer au c.. Alors, ne sachant trop moi-même ce qui se passait, je tirais à moi et haussais à hauteur de visage, le volant fou. Nous comprîmes ensemble que la direction n’existait plus et réalisâmes en une fraction de seconde ce qui aurait pu se produire dans l’un des innombrables virages négociés dans la journée ou sur l’autoroute à cent cinquante à l’heure. Nous nous regardions, hébétés, pâles comme des morts. Puis l’un de nous laissa éclater un rire saccadé, nerveux, suivi tout aussitôt des trois autres, libérant le trop plein de peur et d’anxiété rétrospectives. Notre angoisse évacuée, nous continuâmes à nous esclaffer, par réaction, à gorges déployées.

Nous ne nous réjouîmes pas bien longtemps de ce danger évité. Un choc effroyable accompagné d’une détonation énorme, comparable à l’explosion d’une bombe comme nous en avions, Marcel et moi, entendu pendant la seconde guerre mondiale, broya et écrasa véhicule et occupants. Un magma informe fut traîné sur plus de cent mètres. Aucun de nous n’eut le temps de se rendre compte et nous nous présentâmes ensemble devant Saint-Pierre.

Dans la presse du lendemain, on pouvait lire ce genre de titre: effroyable télescopage entre une automobile stoppée au milieu d’un passage à niveau aux barrières abaissées et un train rapide en provenance de Paris. Les quatre passagers ont été tués sur le coup. Tout laisse croire, d’aprés les premières constatations, que cette horrible catastrophe serait survenue à la suite d’un malaise du conducteur.

Eh bien! non! Je m’inscris en faux. Afin d’en savoir davantage, je suis allé consulter le mécanicien et l’aiguilleur de la voie lactée, de quart ce jour là. Ils ont confirmé la rupture subite entre arbre de direction et crémaillère provoquée par une bulle d’air emprisonnée dans la soudure. Voilà la vérité rétablie. A la rigueur, on aurait pu mentionner que nous étions morts de rire. J’espère que vous obtiendrez une rectification de la part des divers services de rédaction et qu’elle sera insérée dans les prochaines éditions. Je vous remercie d’avoir eu la patience de m’écouter jusqu’au bout. Je vous laisse car j’aperçois mes trois partenaires me faire de grands signes pour que je les rejoigne afin de poursuivre la partie de à qui perd-gagne, commencée avant mon coup de fil. Adieu donc, car je ne veux pas avoir l’indélicatesse de vous dire au revoir et à bientôt !

vendredi 23 juillet 2010

Jeunesse toujours

Pourquoi est-ce bon ton dans notre société
de croire mordicus tout bon ou exécrable:
la jeunesse, toujours, férue de liberté
a su forger un sens à son déraisonnable.

Lorsque les plus anciens, leurs lourds sabots aux pieds,
allaient mener bestiaux paître dans les pacages,
filles à la maison, trousseaux se complétaient,
et drôles ingénieux abattaient de l’ouvrage.
Les jeunes gens rêvaient aux contes de leurs vieux,
prés de l’âtre, le soir, conjurant la froidure
d’un dur hiver vêtu d’un manteau blanc poudreux,
lorsque bise siflait là-haut dans les ramures.
Filles à la messe, garçons au cabaret,
guindés le dimanche dans des habits trop raides,
attendaient les flonflons du bal d’apres dîner,
timides ou nerveux, hardis, jolies ou laides.

Puis les guerres sont là, fauchant comme ouragan
les jeunes épis verts qui ne peuvent comprendre
qu’une fleur au fusil puisse rapidement
passer du bleu au rouge et flétrir sans attendre.


Tous s’en sont bien allés mais d’autres sont venus,
amours divers au coeur et musiques en tête,
pensant changer le monde et une fois de plus
croire comme leurs vieux que demain sera fête.
Ils sont mûrs aujourd’hui, ont grandi dans la paix,
pensent encor parfois à ces lointaines guerres
que leurs pères damnés ont porté comme faix
tout vieillis et blanchis, malgré eux forfaitaires.

Les doigts sur le clavier et le portable en main,
surfent sur internet, lancent des S.M.S.
zappant sur la télé en recherchant en vain
l’endroit où se poser sans connaître d’adresse.
Ils sont déniaiser bien plus tôt que parents,
les filles sont hardies, connaissant la pillule
et les garçons osés dans leur comportement
sont toujours comme avant tout aussi ridicules.
Ils pensent tout connaître et bien sûr tout savoir,
tout comme leurs parents en leur tendre jeunesse,
mais malgré leurs progrés, études et avoir,
sont eux aussi roulés avec belle allgresse
par les heurts de la vie sans aucune tendresse.

mercredi 21 juillet 2010

Voies

J’ai dans la tête des routes gravées
en un carnet de bord verrouillé et codé:
des routes blanchies par la poussière des ans,
pavées de cailloux polis et brillants,
érodées par le temps,
enlacées mollement en d’anciennes étreintes,
aux dos ronds de chats assoupis,
jalonnées de nombreux souvenirs.
Des routes toutes fraîches aux contours
et détours imprévus,
vierges dans leurs paysages neufs,
folles dans leurs embrassements,
noyées par l’azur d’un horizon sans fin,
imprévues mais chéries
en leurs destinations secrètes,
fleuries des bourgeons de l’amitié.
Toutes ces routes personnelles, réelles
ou inventées, longues ou fugitives,
royales ou plébéiennes, sont en moi
à l’abri des regards curieux et des convoitises.


Bien entendu, d’autres routes, trés nombreuses,
que je n’ai pas encore empruntées,
que mon imagination ignore pour l’instant,
existent: les routes poudreuses de la foi,
douloureuses aux pieds des pélerins
mais si légères à leur âme,
les roues déflorées, gémissantes
sous les souliers cloutés des aventuriers,
les routes aristocratiques, rectilignes
et sans voies secondaires,
les routes tortueuses des indécis et bavards,
les routes haïssables jalonnées
des hontes de l’exode et de l’exil,
les routes croisées des amants fugitifs,
celles perdues des époux séparés
ou celles coupées par la viduité ou l’orphelinat.

Que de chemins à parcourir encore.
En aurai-je le temps,même par la pensée,
avant de prendre le dernier,
celui qui ne mène nulle part, mais
que tous,un jour ou l’autre,
nous suivrons.