Tout jeune et plein d'ardeur je débarque à Toulouse
avec ma blouse grise et ma "mouquire" au nez,
car j'ai quitté Bordeaux qui n'est point trop jalouse
de perdre un de ses fils qui n'est pas "Chartrons" né.
Je suis un garçon libre et bourré de tendresse,
en un grand internat tenu pour parangon
de discipline douce et de férule en laisse
où ne s'activent point les griffes d'un dragon.
Je vais donc nez au vent parmi les briques roses,
sentir la vi-o-lette et les haleines d'ail,
ouïr la langue d'oc truffée de fleurs écloses,
colorée,sensuelle,aux accents de foirail.
Marché à ciel ouvert,Arnaud Bernard s'anime,
invective les Dieux en langue troubadour,
Tournefeuille et Balma déballent et puis griment
les trottoirs et chaussées de printaniers atours.
Aux Allées Jean-Jaurès les baraques foraines
et les autos-tampons attirent mes seize ans;
j'élis tout en riant à la fois plusieurs reines
qui m'embrassent gaiement,pouffent en rougissant.
Je cours à Empalot sur les bords de Garonne,
gravis le Pech David,relais du vent d'autan
qui hurle à Pinsaguel en venant de Carbonne
et par cycle de trois,souffle des jours durant.
Je vais voir les chevaux sauter à la Cépière
et puis les rugbymen plaquer aux Ponts-Jumeaux,
musarder au Grand-Rond,canoter en rivière,
jouir au Capitole des airs du Bel Canto.
Je te quitte en 40, ô Toulouse, ô ma mie,
pour un tout autre amour à nul autre pareil,
puis j'ai roulé ma bosse en effeuillant ma vie
mais regrettant toujours ton accent, ton soleil.
1971
Soixante ans sont passés,ô,amis de Toulouse
transformant votre ville,modelant ses contours,
allant toujours plus loin,gagnant sur la "pelouse"
où j'allais m'allonger, rêvant à notre amour.
Chaque fois que je viens c'est pour moi allégresse
en retrouvant parfums,couleurs,accent,beauté.
Si aujourd'hui vos coeurs sombrent dans la détresse
sachez tous que le mien gémit à leur côté.
21 Septembre 2001
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