mardi 29 septembre 2009

Toulouse antan... et plus tard

Tout jeune et plein d'ardeur je débarque à Toulouse
avec ma blouse grise et ma "mouquire" au nez,
car j'ai quitté Bordeaux qui n'est point trop jalouse
de perdre un de ses fils qui n'est pas "Chartrons" né.

Je suis un garçon libre et bourré de tendresse,
en un grand internat tenu pour parangon
de discipline douce et de férule en laisse
où ne s'activent point les griffes d'un dragon.

Je vais donc nez au vent parmi les briques roses,
sentir la vi-o-lette et les haleines d'ail,
ouïr la langue d'oc truffée de fleurs écloses,
colorée,sensuelle,aux accents de foirail.

Marché à ciel ouvert,Arnaud Bernard s'anime,
invective les Dieux en langue troubadour,
Tournefeuille et Balma déballent et puis griment
les trottoirs et chaussées de printaniers atours.

Aux Allées Jean-Jaurès les baraques foraines
et les autos-tampons attirent mes seize ans;
j'élis tout en riant à la fois plusieurs reines
qui m'embrassent gaiement,pouffent en rougissant.

Je cours à Empalot sur les bords de Garonne,
gravis le Pech David,relais du vent d'autan
qui hurle à Pinsaguel en venant de Carbonne
et par cycle de trois,souffle des jours durant.

Je vais voir les chevaux sauter à la Cépière
et puis les rugbymen plaquer aux Ponts-Jumeaux,
musarder au Grand-Rond,canoter en rivière,
jouir au Capitole des airs du Bel Canto.

Je te quitte en 40, ô Toulouse, ô ma mie,
pour un tout autre amour à nul autre pareil,
puis j'ai roulé ma bosse en effeuillant ma vie
mais regrettant toujours ton accent, ton soleil.
1971


Soixante ans sont passés,ô,amis de Toulouse
transformant votre ville,modelant ses contours,
allant toujours plus loin,gagnant sur la "pelouse"
où j'allais m'allonger, rêvant à notre amour.

Chaque fois que je viens c'est pour moi allégresse
en retrouvant parfums,couleurs,accent,beauté.
Si aujourd'hui vos coeurs sombrent dans la détresse
sachez tous que le mien gémit à leur côté.
21 Septembre 2001

vendredi 25 septembre 2009

Les beaux parleurs

Tous ces phraseurs,énergumènes excités,
gesticulent dans le vide
de notre indifférence
mais font semblant,afin d'être écoutés
de nous prendre à témoin,
amusés mais fatigués
que nous sommes.

Tous ces braillements,mots inarticulés,
entrent et violent nos oreilles
sans frapper,
pour s'y entrechoquer
en des échos de vaine rumeur
et de vacarme oublié,
car passe le temps....

reste du vent !!!

dimanche 20 septembre 2009

Les bons amis

Des Présidents et des ministres,
des grands commis et des préfets,
des sénateurs et tous les cuistres
de l'Assemblée,nos députés.
Des conseillers,élus et maires,
tous les banquiers et assureurs,
des religieux,des militaires
profitent bien de nos bons coeurs.
De gros prêteurs et des notaires,
des Sociétés,des percepteurs,
boursiers,tricheurs,font des "affaires"
en nous tondant mieux que coiffeurs.
Ajoutez-y des Secrétaires,
quelques ripoux,des directeurs,
des promoteurs,propriétaires,
vide-goussets,leurs défenseurs.

Ils vivent tous de leurs rapines,
se comportant comme des loups:
adieu copains,plus de copines,
ne pensent plus qu'à leurs gros sous.
Ils courent sus à la misère
des plus pauvres,des besogneux,
rendant leur vie bien plus précaire,
pressés à mort,jetés au feu..
Prenant du goût aux voleries
lâchent les crans de sûreté
de leurs désirs,de leurs envies
qui se nomment Cupidité.

Tant pis pour eux si dans l'année
ils sont surpris main dans le sac,
il y a feu et donc,fumée,
tous leurs projets sont dans le lac;
mais sont sereins car la Justice
dans ce pays sans foi ni loi
les blanchira au bénéfice
de l'inodore argent fait roi.

lundi 14 septembre 2009

Un amour dans la ville

C’était un jour sans soleil plongé dans la grisaille et baigné de froidure où les formes se muent en ombres, en contours indécis s’interpénétrant, se diluant, se dissipant pour reparaître à nouveau l’instant d’aprés. Des nuages bas filaient, échevelés et pressés, poussés par un vent fougueux au goût d’algue et de sel. Une pluie fine bruinait inlassablement en des rideaux constamment renouvelés par des rafales violentes et gémissantes. Tout cela concourait à rendre fantomatiques les flèches de Saint André et de Saint Michel, la colonne des Girondins dont les chevaux ruisselants et dressés à son pied semblaient hennir d’ennui, l’aérien pont d’Aquitaine dont les haubans ressemblaient, le temps de fugitives éclaircies, à une gigantesque toile d’araignée.
Tout dégoulinait : toitures, auvents, gargouilles, balcons et grilles. Les gouttières psalmodiaient leurs chuintements humides et les arbres nus des jardins et des squares, squelettes dépouillés de leurs dernières feuilles, secouaient rageusement, de temps à autre, leurs branches luisantes en de furieux crépitements. De rares parapluies s’ouvraient çà et là, kamikases baleinés, résistaient quelques secondes avant de se retourner en des froissements d’ailes géantes transpercées de leurs propres dards. Les capuches se gonflaient comme des baudruches prêtes à prendre un envol désordonné. Les pigeons mussaient leur tête sous l’aile, croyant la nuit venue. Seuls, les canards du Jardin Public cancanaient d’aise et se dandinaient en une parade chaloupée , ou bien piquaient joyeusement et bruyamment un plongeon dans la Serpentine toute clapotante et ondée.
Les flaques s’élargissaient puis s’étalaient d’un coup en méandres imprévus, ridés par le souffle. Les caniveaux jouaient aux petits torrents, encombrés de tout ce qui traînait sur la chaussée et les trottoirs, en se précipitant pour se déverser dans des bouches d’égout en des bruits de cataractes naines et de borborygmes de géants Ce n’était que la fin de l’aprés-midi mais il semblait déjà que le soir était tombé.
La tristesse d’un jour maussade, la mélancolie de la pluie, la langueur des heures interminables et mouillées, nouaient les gorges, noyaient les coeurs d’une étrange douceur émolliente, embuaient les regards, orchestraient en un monotone fond sonore les plaintes des hautbois et des violoncelles de la nature en pleurs. Les lampadaires, allumés depuis peu, étaient auréolés d’un halo de vapeur légère et tremblotante. Quelques passants courbés, rasant les murs des façades, se hâtaient en désordre sans remarquer la silhouette immobile appuyée à la colonne d’un réverbère.
C’était un tout jeune homme, engoncé dans un imperméable devenu inutile, dont la pointe du nez, les lobes des oreilles et les mèches de cheveux sur la nuque, étaient autant de petites gouttières. Il tenait sa tête nue levée et portait son regard, où se lisait une certaine anxiété, sur une des fenêtres du premier étage d’un immeuble situé de l’autre côté de la chaussée.Cette fenêtre était la seule obscure à ce niveau, toutes les autres étant illuminées par des lustres vénitiens aux cristaux brillant de mille feux. Il connaissait par coeur tous les détails de cette façade bourgeoise devant laquelle, depuis déjà une semaine, il venait stationner, l’oeil aux aguets: une imposante porte cochère à deux battants, ornée d’un massif et brillant heurtoir de cuivre, surmontée d’un mascaron représentant un visage de Bacchus aux traits négroïdes rappelant le passé négrier du grand port, s’ouvrait sur une vaste cour pavée à l’ancienne. A chaque étage, l’alignement des ouvertures à petits carreaux encadrés de châssis blancs, était souligné par de profonds balcons habillés de grilles ventrues en fer forgé et par des frontons triangulaires coiffant chaque fenêtre. Les quatre niveaux se délimitaient par des frises composées de guirlandes de grappes et de feuilles de vigne entremêlées. La toiture à pans moyennement inclinés, était ardoisée et mansardée.
Ce jeune homme était triste et l’on ne pouvait distinguer sur son visage ruisselant si des larmes se mêlaient aux gouttes de pluie.Il était figé en une sorte d’abandon, noyé par un sentiment de profonde affliction né de son attente hypothétique et par les éléments hostiles. Un chien errant s’arrêta un instant à ses pieds, le flaira, s’ébroua et repartit la queue entre les pattes, au moment ou mugissait lugubrement, par trois fois, la sirène d’un paquebot appareillant, fait de plus en plus rare dans le port déserté et ne représentant plus celui chanté par Chapelle et Bachaumont :

Et nous vîmes au milieu des eaux
devant nous paraître Bordeaux
dont le port en croissant resserre
plus de barques et de vaisseaux
qu’aucun autre port de la terre.

Il frissonna et cilla des yeux car il croyait avoir aperçu une légère lueur au travers des vitres éteintes. Il eut tôt fait de comprendre que cela n’était qu’illusion provoquée sans doute par la trop longue fixité de son regard. Il ferma les paupières et prit son mal en patience en espérant que se manifesterait à nouveau, comme par deux fois déjà les jours précédents, ce pourquoi il revenait attendre tous les aprés-midi si patiemment, si fidèlement. La première fois que cela lui était apparu, il lisait Le grand Meaulnes, assis sur un banc de l’avenue, lorsque la nuit l’avait surpris. Voulant poursuivre un peu plus avant sa lecture, il avait attaqué le chapitre douze de la deuxième partie sous un réverbère.

Mon cher françois,
Aujourd’hui, dès mon arrivée à Paris, je suis allé devant la maison indiquée. Je n’ai rien vu. Il n’y avait personne. La maison que disait Frantz est un petit hôtel à un étage. La chambre de Mlle de Galais doit être au premier. Les fenêtres du haut sont les plus cachées des arbres mais en passant sur le trottoir on les voit trés bien. Tous les rideaux sont fermés et il faudrait être fou pour espérer qu’un jour autre, entre ces rideaux tirés, le visage d’Yvonne de Galais puisse apparaître..........; la nuit est venue, les fenêtres sont allumées un peu partout........

A cet endroit de sa lecture il avait, pensif, levé la tête et porté son regard sur une fenêtre du premier étage qui venait de s’éclairer. Il vit apparaître assez distinctement le buste d’une jeune fille blonde dont la douce inclinaison de tête épousait harmonieusement le galbe d’un violon et la grâce du jet laiteux d’un bras à hauteur de l’épaule ronde. Il en fut bouleversé sur le champ. Jamais au monde rien ne lui avait semblé répondre comme en cet instant, aux fanfares des symphonies envahissant ses sens émerveillés. Il avait espéré avec tant de fièvre, avait cru avec tant d’ardeur, durant les dernières années de sa jeune existence, à la beauté nue, vraie, pure, qu’avant même de l’avoir pu trouvée, il l’avait tordue et brûlée aux flammes de son désir. Et là, en une fraction trés brève de temps, tout cela se matérialisait à ses yeux. Toute sa pensée, sa faculté de réflexion, son âme, furent attirées vers cette apparition. La belle instrumentiste, tournée vers la fenêtre, jouait, il en était convaincu, pour lui seul. Il était resté longtemps, trés longtemps, appuyé au réverbère, bercé par la mélodie de son coeur enivré, aprés que la baie se fut à nouveau obscurcie.
La seconde fois, trois jours plus tard, posté au même endroit, perdu dans ses voluptueuses pensées, récitant son poème délicat, poursuivant sa chimère bien-aimée, amoureux fou qu’il était de cette vision et ne rêvant plus que de la revoir, simplement pour la boire de ses yeux, elle se montra encore. La soirée était douce, comme cela arrive fréquemment en automne dans la région et tout était paisible. La fenêtre était grande ouverte et l’on entendait des accords de violon. Ce n’était qu’un bon crincrin appliqué de débutant mais qui résonnait à son oreille conquise comme une interprétation de virtuose. Elle se présenta face à lui et joua de longues minutes. Un torrent de soufre et de lave le submergea comme lors d’une éruption volcanique, un rythme haletant et déchiré, tel celui d’un élément ayant rompu ses digues, le souleva. Sa volonté tendue essaya de résister à cet assaut barbare et sensuel à la fois mais elle fut emportée, vaincue, tournoyante comme paille dans le vent. Il ne fut plus lui-même. Une passion confuse, une tragédie silencieuse et brutale le tarauda, il sentit son coeur saisi d’un énorme et incontrôlable désir, d’une émotion extrème, d’une flamme dévorante que faisaient naître les harmonies déchirantes de l’instrument. Il aima douloureusement pour la première fois de tout son coeur broyé, perdu, de toute son âme brûlante. Il resta pantelant, extasié.
Désespérément, la fenêtre restait dans l’ombre. Un tremblement prolongé lui secoua tout le corps. Une forte migraine lui tenaillait les tempes d’une souffrance lancinante. Son espoir s’éteignait peu à peu comme la flamme d’une bougie arrivée au bout de sa cire. La pluie ne cessait pas et tout n’était qu’éponge gorgée d’eau. Il était mouillé jusqu’aux os et ne sentait plus la chaleur de sa propre chair. Cette attente, mélange d’espoir et de bonheur tout au début et ne demandant qu’à se poursuivre pour se terminer en passion et en adoration, devenait en se prolongeant indéfiniment, une faction cruelle, insupportable, dont l’angoisse exacerbée lui laissait entrevoir le bord de l’abîme dans lequel, il le percevait de plus en plus, il se précipiterait bientôt. Il s’enfonçait dans le néant comme le noyé à bout de souffle qui, rompu par de vains efforts, se laisse engloutir dans le liquide à la fois victorieux et libérateur.

.........Il faudrait être fou pour espérer qu’un autre jour, entre ces rideaux tirés, le visage... bien-aimé puisse paraître à nouveau......

Un instant encore son regard resta fixé sur la fenêtre morte, puis s’éteignit doucement, la flamme de sa prunelle mouchée par les doigts du désespoir.
La baie s’illumina, flamboya de tous ses lustres, cristaux et miroirs. Le plafond à caissons resplendit. Un frais minois souriant vint se coller au vitrage et le regard malicieux sembla chercher au dehors le lampadaire solitaire mais ne distingua que l’écran de pluie dont chaque goutte scintillait. Au bout d’un moment, la jeune fille se retourna et fit cette réflexion:
_Je n’aperçois pas le mendiant sous le réverbère. Je souhaite pour lui qu’il ait pu trouver un abri par ce temps de chien. Il paraissait bien jeune pour tendre la main.
Et la grande et forte cité dont le squelette et la chair furent pensés, construits, pétris tout au long des siècles par l’esprit, les mains et les coeurs de ses habitants, étendit à ce moment là, sur son voile de pluie, un manteau de nuit doublé de la soie de l’oubli, pour dissimuler pudiquement toutes les plaies corporelles et spirituelles contenues en son sein.
Seul, perché tout en haut de sa colonne surplombant le désert de solitude de l’immense place, le Génie de la Liberté sembla guider et accompagner l’envol léger de l’âme d’un jeune homme, poète et amoureux à en mourir.

dimanche 13 septembre 2009

La poésie et moi

J'ai marché et j'ai couru
toute ma vie durant
aprés la poésie
sans pouvoir l'atteindre.
J'ai pu parfois l'approcher
avec la pointe de ma plume
mais n'ai réussi
qu'à la blesser et l'a meurtrir,
la forcer à distance
sans courage
et sans inspiration.

Pourtant,
la belle allumeuse
sans rancune ni malignité,
tenace et bonne fille,
a réjoui mon coeur
et apaisé mon âme
par sa magnanimité.

lundi 7 septembre 2009

L'album de photos

Je vais, je viens, je tourne et je vire dans la grande pièce depuis un bon bout de temps, comme un vibrion désespéré ne pouvant fixer une seconde son attention sur une seule pensée, gaie ou chagrine, ou accrocher une idée, même ordinaire. J’ai la tête ailleurs et mon esprit est en panne.Tout me distrait ou m’insupporte: le bourdonnement de la mouche piègée entre vitre et rideau, le léger voile laiteux de la poussière sur le des-sus d’un meuble, les craquelures du plafond, le chat qui bâille et étire ses muscles en plantant ses griffes dans le coussin du fauteuil, la froide clarté d’un soleil de février, brillant comme du vif argent et inondant l’espace d’une lumière trop crue, presque gênante car indécente, m’obligeant à baisser les stores d’un tiers. Quel insecte a bien pu me piquer pour que je me trouve dans cet état d’énervement indicible. Pourtant, aucun signe extérieur ne laisse transpirer cet agacement et même mon va-et-vient d’un bout à l’autre de mon espace libre peut s’interpréter par le suivi et le traitement de réflexions me venant à l’esprit. Ce calme apparent affiché n’efface point pourtant la crispation intérieure que je ressens depuis ce matin, lorsque attablé devant la page blanche depuis un long moment, je n’ai pu y griffonner que quelques mots aussitôt rayés.
Ma déambulation s’arrête devant la grande armoire lingère, héritage de ma grand-mère paternelle, dont j’ouvre en grand les deux battants. Mon oeil balaie rapidement les quatre ou cinq étagères sur lesquelles ne se superposent plus draps et linge de maison parfumés par des petits sachets de lavande intercalés entre les piles mais où s’entassent de façon assez ordonnée brochures diverses, fascicules en attente, articles de presse, dictionnaires, chemises techniques et brouillons raturés et inachevés.Mon regard indifférent se promène sans découvrir le titre, la couleur ou l’information qui pourrait déclencher ma curiosité, la boîte à idées, en perçant le brouillard dans lequel mes pensées éphémères s’égarent. Pourtant, mon oeil baladeur s’immobilise soudain sur le dos prune d’ente d’un album de photos égaré sur l’étagère centrale.Etonné de découvrir cet objet à cet endroit alors qu’il devrait être rangé avec ses semblables dans la petite armoire annexe, ma contrariété, à nouveau nourrie, se cristallise sur cet album déplacé, enfle et explose. Me saisissant de ce volumineux classeur, d’un geste brusque et irréfléchi, je l’envoie coiffer le chat lové sur son coussin qui, surpris autant qu’agressé, se dresse en miaulant, crache et grogne, se hérisse de tout ses poils, me jette un regard aux prunelles assassines pour finalement disparaître en un seul bond feutré par la porte entrebaillée. Cela a pour effet immédiat de me détendre. Je m’empare à nouveau de cet album maltraité, le dépose sur la tablette du bureau, m’assoie sur l’ancien tabouret de piano me servant de siège et l’ouvre au hasard. Deux photos par page y sont maintenues par des coins collants. Date et lieu y sont mentionnés au-dessous .Toutes datent de 1953.
Sur la page de gauche, la photo du haut représente un couple paraissant la soi-xantaine, se tenant debout légèrement à l’ arrière d’un massif floral. On peut aperce- voir au second plan la longue façade basse et ocre d’une maison rurale médocaine au pied de laquelle sont alignés comme à la revue, une trentaine de pots de fleurs en pleine floraison. L’homme, coiffé d’un béret recouvrant une chevelure largement grisonnante, en bras de chemisette et chaussé de pantoufles à semelles caoutchoutées, enlace de son bras droit sa compagne. Visiblement, le personnage, sourire aux lèvres, torse bombé et regard droit, pose en une attitude se voulant altière. La femme, aux cheveux ternes mais sans fils blancs, habillée d’une simple robe droite également à manches courtes et aux motifs délavés, semble n’avoir pas eu le temps ou le goût d’ôter son tablier de cuisine pigaillé de quelques taches de graisse. Une paire d’espadrilles la chausse et ses jambes nues laissent apparaître le hâle sain des gens vivant à la campagne.Elle grimace à l’objectif pour se donner une contenance telles les personnes prises au dé-pourvu devant une situation inhabituelle. C’est un couple normal pour un regard profane mais pour un oeil plus exercé etplus attentif, de petits détails sont décelés: ainsi est détectée la légère crispation de la main droite de l’homme sur la hanche de sa compagne, comme si elle n’avait pas, ou plus, l’habitude de se trouver là et se sentait importune; de même sa main gauche dont les doigts, à part le pouce passé sous la large bretelle brune, sont repliés sur eux-mêmes en un poing à l’attitude agressive démentant le sourire commandé; ou encore, cette jambe gauche tendue dont le pied posé un pas en avant du reste du corps semble vouloir marquer l’autorité du mâle.
La hanche droite de la femme sur laquelle repose la main droite de l’homme paraît légèrement creusée par un mouvement d’effacement laissant deviner qu’elle accepte difficilement le contact de l’intruse; son bras gauche s’élève derrière le dos de son compagnon et deux doigts tendus apparaissent en forme de V au-dessus du béret, non pas en signe de victoire mais sous forme de cornes, pour détruire et ridiculiser tout à la fois la posture conquérante qu’essaie de se donner l’homme à son côté.
La photo du bas de la page représente le même décor sous un angle plus large et légèrement différent. La femme est penchée sur les pots de fleurs en une attitude qui laisse deviner une assez grande souplesse pour son âge, en tout cas une forte habitude de ce mouvement. Il semble qu’elle soit en train de désherber et d’aérer la terre de ses pots car elle tient dans sa main droite une binette naine. Jambes écartées et pieds posés bien à plat au sol elle laisse supposer une forte vitalité et une bonne santé lui permet-tant de vaquer efficacement aux travaux de jardinage. Elle est coiffée d’un chapeau de paille à larges bords qui ombre ses épaules.
L’homme est assis sur une chaise paillée, jambes croisées et tête nue. Chaussé de lunettes il lit un vieux bouquin fatigué qu’il tient à deux mains et semble absorbé par sa lecture. Il est tout à droite sur le cliché dans l’ombre projetée de la haute haie de clôture qui parsème son corps de petits ronds de lumière dont quelques rayons se sont infiltrés à travers les feuilles.
Cette photo laisse transparaître une atmosphère de paix, une sérénité coutumière en des occupations bien personnelles, une belle journée à la campagne, mais en ayant ces deux clichés superposés on peut se rendre compte que cette entente n’est que passagère et ne doit en définitive représenter qu’une petite facette d’une déjà longue vie commune. Un instantané de la vie quotidienne de chacun d’entre nous en quelque sorte.
Je suppose que le metteur en pages, sans s’en rendre compte, a inversé l’ordre de prise :occupations tranquilles et sérénité de l’ensemble, puis à la demande de l’opérateur, photo de famille avec plan rapproché où attitudes et gestes laissent transpirer une certaine contrarièté, voire animosité.

samedi 5 septembre 2009

A la manière de.... (à mes amis randonneurs)

Si j'étais troubadour,Guillaume d'Aquitaine
ou bien Marie de France à la Cour d'Aliénor,
mes ancêtres lointains en ce bien doux pays,
guideraient ma plume de leurs mains souveraines
pour écrire des vers construits en lettres d'or
et dépeindre l'amour que j'ai pour vous,amis.
Bels amis si est de nos
ne vos sanz moi,ne moi sanz vos.

Mais le grand Ruteboeuf aurait dit à ma place,
passionné,lyrique mais aussi perspicace:
Que sont mes amis devenus
que j'avais de si prés tenus
et tant aimé
je crois qu'ils sont trop clairsemés
ils ne furent pas bien semés
et se sont tus.

François Villon,âpre et merveilleux poète,
bachelier révolté,malfaiteur,assassin,
aurait tenu ma main,craintive et désuète
pour noircir les pages de sulfureux quatrains.
La pluie nous a mouillés et puis lavés,
le soleil desséchés et puis tanés,
nous ne sommes plus que cendres et poudre
mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Mais si Ronsard me dit d'aller voir si la rose
en ce matin si frais a bien enfin déclose
les plis de sa robe toute pourpre au soleil,
vos teints,assurément ,sont à elle,pareils.
Et quand vous serez vieux,le soir,à la chandelle,
assis auprés du feu bavant et tremblotant
pour chuchoter mes vers en vous émerveillant;
que Francis était bon,que l'époque était belle !

Puis Louise Labbé,la belle cordi-è-re
trempant ma plume sèche au profond de son coeur,
écrira,larmoyante,exhauçant ma pri-è-re,
une élégie morose en sapant mon bonheur:
Vraiment pour vous,amis,j'ai vécu enflammé,
languissant dans le feu je me suis consumé,
grillé,rôti,brûlé à vos plaisanteries,
à vos rires joyeux de camraderie.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
en votre compagnie ne me suis ennuyé
et comme Du Bellay mais sans aucun regret
finirai avec vous le reste de mon âge.

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés
par l'amour dévorant que moi je leur portais.
Passe encore d'aimer,mais rimer à cet âge,
il n'est point aussi sot mais veut paraître sage.
Jean de la Fontaine dans ses fables décrit
beaucoup de nos travers et nous baissons la tête
tout comme le roseau le soir dans la tempête
lorsque tomba le chêne,à terre,sans un cri.

Puis Lamartine vint en son pur romantisme,
accompagnant Vigny puis Alfred de Musset;
ils guidèrent mon goût vers un plus grand lyrisme
dont je vous fais cadeau,ô amis bien-aimés.
O lac, l'année à peine a fini sa carrière
lorsque je viens enfin y reposer mes pas,
je ne me sens plus seul,assis sur cette pierre
puisqu'en levant les yeux je vous vois bien,tous là.

J'aime le son du cor,le soir,au fond des bois
marcher à travers champs une fleur à la bouche,
écouter l'eau chanter,filtrer entre mes doigts,
humer l'odeur du vent,m'asseoir sur une souche.
Poète,prends ton luth et me donne un baiser.
A qui le donnerais-je en gage à le garder,
à l'oiseau étourdi pour le mettre sous l'aile,
à l'une d'entre vous,mais qui est la plus belle ?

Alors Victor Hugo venant à mon secours:
les champs ne sont pas noirs,les cieux ne sont pas mornes,
votre amour infini n'ayant aucune borne,
partagez vos baisers,jetez-les à l'entour.
Ce siècle avait deux ans,l'aigle courbait la tête,
triste était Olympio et rêveur le poète.

Puis passa Baudelaire et ses fleurs du mal,
ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
traversée toutefois d'amours fortes,sauvages
où je me suis vautré tel un pauvre animal.
Mais au-dessus des lacs,des champs et des vallées,
des vignes,des prairies,des nuages,des mers,
au-delà du soleil,au-delà des éthers,
ma vie à vos côtés en fut toute étoilée.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
les spectres ont tout-à l'heure passé.
Verlaine but un peu de son absinthe,
me regarda d'une ironie non feinte:
te souvient-il de ces jours de bonheur
où tu marchais tout en queue de la troupe
en ne voyant que des dos et des croupes
tout enivré d'amitié et d'odeurs ?

Par les soirs bleus d'été j'irai par les sentiers
picoté par les blés,fouler l'herbe menue,
récite alors Rimbaud en regardant mes pieds,
dans le vent,sous la pluie,au soleil tête nue.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
et nos amours.
Sous des jeudis pluvieux,combien de peines
et de détours.
Apollinaire ami,poète trépané,
lorsque viendra le jour,qu'enfin sonnera l'heure
où ce vil rimailleur devra abandonner,
sache que jusque là,fièrement,il demeure.

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
j'ai vu tous les soleils y venir se mirer.
Eh bien! comme Aragon en vos coeurs je veux croire
pouvoir planter mes traits pour ne plus vous quitter.

Voici des fruits,des fleurs,des feuilles et des branches
et puis voici mes vers qui ne sont que pour vous,
laissez-les s'étaler sur bien des pages blanches
sans en être,bien sûr,le moindrement jaloux;
car depuis bien longtemps je rêve à votre hanche,
à vos seins si mignons,à vos cheveux si flous,
à vos yeux veloutés d'un beau reflet pervenche,
à vos lèvres vermeilles,à vos charmants dessous.

Si je me laisse aller,que vont penser les hommes ?
Arrête s'il-te-plaît ce bien trop beau discours;
mais sachez tous,amis,que ce sacré bonhomme
a mis sur le papier tout son coeur, son amour.