Elle se prénommait Annette et venait de coiffer Sainte-Catherine.Elle était la fille de Madame Lamassoure,professeur de piano et veuve.J’avais fait sa connaissance au bal du 14 juillet,aprés avoir tourné une valse avec sa mère qui m’avait été présentée par mon oncle Marcel, quinquagénaire trés vert et également veuf,qui lui faisait discrètement un brin de gringue.Au dire de mes amis la connaissant peu ou prou,la jeune fille ne fréquentait pas.Jamais aucun d’eux ne l’avait aperçue avec un garçon de son âge,aussi le fait de la voir dans mes bras une bonne partie de la soirée,les rendit perplexes et quelque peu jaloux.Ils en déduisirent qu’un beau poisson venait de mordre à mon hameçon.
Beau poiscail,assurément,que cette grande fille au corps bien proportionné,à la longue chevelure couleur de miel ancien sentant la cannelle,lui battant le bas du dos,au regard angélique tenu presque toujours baissé mais dur à soutenir lorsqu’il se posait sur vous et que passaient dans le vert-jade de ses pupilles des étincelles dorées ou des lueurs d’acier d’aprés-midi orageuse d’un caniculaire mois d’août.Je m’étais rendu compte et avais apprécié la souplesse de son corps,la fermeté de sa hanche déliée,la chaleur de sa cuisse nerveuse en la tenant enlacée.Un plaisir évident et une joie visible se dégageaient de tout son être.
Le dimanche enfin là,nous partîmes à onze dans le char à bancs de l’oncle,tiré par la vieille jument Rosette,et nous arrivâmes à destination lorsque le cagna commençait à devenir désagréable.Nous nous dévêtîmes aussitôt,garçons d’un côté et filles de l’autre, pendant que l’oncle dételait la jument afin qu’elle puisse aller en toute liberté,puis il déchargea les paniers de provisions ainsi que les couvertures écossaises,sans oublier la marijane de pinpin,produit de sa fabrication.
Nous prenions bien du plaisir dans une eau claire et fraîche,en nous ébattant comme canards dans une mare,avec force cris et battements de bras parmi des jasques étincelantes.L’un de nous proposa de rejoindre la rive opposée tout en s’élançant en un crawl saccadé et bruyant.Annette le suivit derechef en une brasse papillon coulée et efficace Jamais je ne me serais douté et je n’étais apparemment pas le seul,à voir les airs ébahis autour de moi,qu’elle était une aussi bonne nageuse,surtout dans une discipline si peu pratiquée par la gent féminine.Aux trois-quarts de la distance à parcourir,nous atteignîmes les uns aprés les autres,le fort courant venant buter et éroder la rive concave se présentant en un à-pic d’environ un mètre cinquante.De violents ragouils se déplaçaient constamment et des siphons se formaient ici ou là,disparaissant pour reparaître un peu plus loin.Certains nageurs,trés en forme physiquement,réussirent à passer et se hissèrent tant bien que mal sur le rebord herbu,haletants et épuisés aprés ce gros effort.
Je décidai,connaissant mes limites,de me laisser dériver par le courant tout en nageant vers la rive,afin de l’atteindre en douceur,sans précipitation.Je vis de loin les camarades déjà sur le terre-plein aider au fur et à mesure les arrivants à les rejoindre.Je pris finalement pied à deux cents mètres environ de là,fis quelques pas et m’étendis en plein soleil sur l’épais tapis vert d’où se dégagea aussitôt une exquise odeur de menthe foulée.Je fermai les yeux mais les rouvris soudain en percevant à mon côté un souffle saccadé.Je basculai sur le ventre et m’accoudai.Annette était étendue,bras et jambes en croix,la poitrine haletante,toute luisante et ruisselante,yeux fermés et bouche ouverte.Je me penchai et posai mes lèvres sur les siennes.Elle prit feu :s’agrippant à ma nuque des deux mains,elle colla sa bouche à la mienne,enroula ses jambes à mes jambes,frotta tout son corps au mien qui s’enflamma à son tour.Nous portions des maillots de bain d’une seule pièce avec bretelles hautes et jambes basses,ne laissant paraître que peu de chair.Elle gémissait faiblement comme un petit chiot qui choumique aprés sa mère.Ma main pétrissait son sein rond et ferme.
D’un seul bond nous nous dressâmes,alertés par les appels tout proches des camarades nous recherchant,puis ,nous écartant l’un de l’autre,nous nous allongeâmes à nouveau,bien séparés,regards vides et souffles courts.Nos visages cramoisis donnèrent le change et confortèrent les déductions de nos camarades qui se précipitèrent à notre aide,nous interrogèrent et ne se rassurèrent que lorsqu’ils nous virent debout et souriants.
-Eh bien ! dites donc,vous avez dû cravacher pour arriver jusqu’ici,nous avons appelé mais vous n’entendiez pas,vous étiez trop loin.Aurez-vous la force et le courage de refaire la traversée en sens inverse ?
_Certainement,d’ici le courant est bien moins fort.
Nous nous remîmes tous à l’eau et le groupe resta compact jusqu’à l’autre rive.Nous revinrent à pied vers l’oncle qui,tout seul,avait préparé une consistante craquade.
Beau poiscail,assurément,que cette grande fille au corps bien proportionné,à la longue chevelure couleur de miel ancien sentant la cannelle,lui battant le bas du dos,au regard angélique tenu presque toujours baissé mais dur à soutenir lorsqu’il se posait sur vous et que passaient dans le vert-jade de ses pupilles des étincelles dorées ou des lueurs d’acier d’aprés-midi orageuse d’un caniculaire mois d’août.Je m’étais rendu compte et avais apprécié la souplesse de son corps,la fermeté de sa hanche déliée,la chaleur de sa cuisse nerveuse en la tenant enlacée.Un plaisir évident et une joie visible se dégageaient de tout son être.
Elle était première secrétaire à la Sous-Préfecture, place obtenue d’une part grâce à ses diplômes et d’autre part à la mémoire de son père,lieutenant de gardes maboules, décédé à la suite de blessures reçues au cours d’une dure et âpre manifestation du Front Populaire.Elle ne sortait que rarement et toujours chaperonnée par sa mère avec qui elle vivait dans un appartement douillet du centre ville dont la pièce principale était le salon de musique où trônait un magnifique pleyel.Ses collègues de travail relataient sa gentillesse permanente,même dans ses directives et ses ordres,sa modestie dans son maintien,sa fermeté et son impartialité dans ses propos,son caractère égal,son dévouement à la moindre cause lui paraissant humaine,mais regrettaient tout de même,surtout les hommes,un sérieux de l’ensemble trop poussé pour son âge et sa situation.
Je m’inscrivis aux cours de Madame Lamassoure dans le seul but de pouvoir renouer contact avec sa fille,à raison de deux leçons par semaine entre dix-neuf et vingt heures.Etant le dernier élève de la journée,le professeur se détendait quelques minutes et nous terminions la leçon par un bavardage léger en attendant que mademoiselle Annette vienne annoncer,passé vingt heures,que le manger était prêt et la table prête.Je prenais congé de la mère tandis que l’occasion impatiemment attendue me permettait d’avoir le tête-à-tête espéré avec la fille me raccompagnant à la porte.Je profitais de ces deux à trois minutes pour lui glisser une ou deux galanteries bien préparées à l’avance.Je m’aperçus trés vite qu’elle-même devait contenir une égale impatience vis-à-vis de ce court moment d’intimité,par une certaine fébrilité apparente à venir faire son annonce rituelle de plus en plus tôt,rendant de plus en plus brefs les bavardages entre sa mère et moi,si bien qu’un soir le professeur maternel lui fit remarquer qu’elle allait finir par me donner l’impression désagréable que l’on voulait se débarrasser de moi.Pour effacer ce possible mauvais effet,je fus invité à prendre un verre de porto.Je profitais de ce délicieux moment pour annoncer que sept à huit camarades et moi-même faisions,le prochain dimanche,une sortie pique-nique organisée par mon oncle Marcel qui se chargeait du transport de la troupe en charrette jusqu’à un cingle de la Dordogne où un gravier peu connu,s’étalait sur une cinquantaine de mètres.J’invitais ces dames à y participer. Madame Lamassoure déclina l’offre en prétextant que cela pourrait faire jaser et que parmi toute cette jeunesse elle craindrait de ne point se trouver à l’aise.Elle donna toutefois l’autorisation à sa fille qui acquiesa de la tête tout en la remerciant regard baissé.Le dimanche enfin là,nous partîmes à onze dans le char à bancs de l’oncle,tiré par la vieille jument Rosette,et nous arrivâmes à destination lorsque le cagna commençait à devenir désagréable.Nous nous dévêtîmes aussitôt,garçons d’un côté et filles de l’autre, pendant que l’oncle dételait la jument afin qu’elle puisse aller en toute liberté,puis il déchargea les paniers de provisions ainsi que les couvertures écossaises,sans oublier la marijane de pinpin,produit de sa fabrication.
Nous prenions bien du plaisir dans une eau claire et fraîche,en nous ébattant comme canards dans une mare,avec force cris et battements de bras parmi des jasques étincelantes.L’un de nous proposa de rejoindre la rive opposée tout en s’élançant en un crawl saccadé et bruyant.Annette le suivit derechef en une brasse papillon coulée et efficace Jamais je ne me serais douté et je n’étais apparemment pas le seul,à voir les airs ébahis autour de moi,qu’elle était une aussi bonne nageuse,surtout dans une discipline si peu pratiquée par la gent féminine.Aux trois-quarts de la distance à parcourir,nous atteignîmes les uns aprés les autres,le fort courant venant buter et éroder la rive concave se présentant en un à-pic d’environ un mètre cinquante.De violents ragouils se déplaçaient constamment et des siphons se formaient ici ou là,disparaissant pour reparaître un peu plus loin.Certains nageurs,trés en forme physiquement,réussirent à passer et se hissèrent tant bien que mal sur le rebord herbu,haletants et épuisés aprés ce gros effort.
Je décidai,connaissant mes limites,de me laisser dériver par le courant tout en nageant vers la rive,afin de l’atteindre en douceur,sans précipitation.Je vis de loin les camarades déjà sur le terre-plein aider au fur et à mesure les arrivants à les rejoindre.Je pris finalement pied à deux cents mètres environ de là,fis quelques pas et m’étendis en plein soleil sur l’épais tapis vert d’où se dégagea aussitôt une exquise odeur de menthe foulée.Je fermai les yeux mais les rouvris soudain en percevant à mon côté un souffle saccadé.Je basculai sur le ventre et m’accoudai.Annette était étendue,bras et jambes en croix,la poitrine haletante,toute luisante et ruisselante,yeux fermés et bouche ouverte.Je me penchai et posai mes lèvres sur les siennes.Elle prit feu :s’agrippant à ma nuque des deux mains,elle colla sa bouche à la mienne,enroula ses jambes à mes jambes,frotta tout son corps au mien qui s’enflamma à son tour.Nous portions des maillots de bain d’une seule pièce avec bretelles hautes et jambes basses,ne laissant paraître que peu de chair.Elle gémissait faiblement comme un petit chiot qui choumique aprés sa mère.Ma main pétrissait son sein rond et ferme.
D’un seul bond nous nous dressâmes,alertés par les appels tout proches des camarades nous recherchant,puis ,nous écartant l’un de l’autre,nous nous allongeâmes à nouveau,bien séparés,regards vides et souffles courts.Nos visages cramoisis donnèrent le change et confortèrent les déductions de nos camarades qui se précipitèrent à notre aide,nous interrogèrent et ne se rassurèrent que lorsqu’ils nous virent debout et souriants.
-Eh bien ! dites donc,vous avez dû cravacher pour arriver jusqu’ici,nous avons appelé mais vous n’entendiez pas,vous étiez trop loin.Aurez-vous la force et le courage de refaire la traversée en sens inverse ?
_Certainement,d’ici le courant est bien moins fort.
Nous nous remîmes tous à l’eau et le groupe resta compact jusqu’à l’autre rive.Nous revinrent à pied vers l’oncle qui,tout seul,avait préparé une consistante craquade.
Glossaire
Faire du gringue = Courtiser
Poiscail = Poisson
Garde maboule = Garde mobile
Le manger = Le repas
Table prête = Table servie
Cingle = Méandre
Gravier = Banc de galets
Cagna = Grosse chaleur
Marijane = Dame-Jeanne,contenance de 2 à 3 litres,souvent clissée
Pinpin = Petit vin obtenu avec le même principe que la piquette mais sans fermentation
Jasques = Grosses éclaboussures
Ragouils = Tourbillons
Choumiquer = Geindre,gémir
Craquade = Gros casse-croûte,véritable en-cas