Automne 2008, automne 2009,etc...
Mais qui sont-ils, tous ces jean-foutre,
pour faire fi, pour passer outre ?
Sont-ils des Dieux, des Empereurs,
pour tout oser,non sans erreur ?
Qui sont-ils donc, ces hommes troubles,
manipulant euros et roubles,
livres,dollars, sans foi ni peur
et stock-options, avec ampleur.
Des financiers que l'on découvre
suçant nos biens, buvant nos outres
d'économies et de sueur,
de privations et de labeur.
Les honnêtes hommes ne pouvant tout absoudre,
peut-être un jour viendra où parlera la poudre.
Le monde libéré de l'argent suborneur
vivra des jours heureux tout baignés de bonheur.
samedi 31 octobre 2009
jeudi 29 octobre 2009
La douleur
Douleur aux mille masques, qui es-tu donc ?
Je te crois terrassée
et tu te dresses encore;
de tes griffes acérées
tu déchires ma chair
et la jettes en pâture
aux oiseaux charognards.
Tu plantes ton glaive
en mon coeur tout meurtri
et sur la plaie béante
tu saupoudres du soufre.
Sur mes yeux dilatés
tu déploies un bandeau
rouge et noir
comme à l'arène
la cape et le taureau.
Parfois, à mes prières
tu as l'air d'accéder
en reprenant ton souffle
et retenant le mien;
gentiment tu te loves,
pateline et patiente,
faisant trop bien semblant
de m'avoir oublié.
Puis soudain, un sifflement
aigu et déchirant
de marmotte affolée,
de loco emballée,
perfore mes tympans
et transperce mon crâne,
alors qu'un sourd tam-tam
tambourine mes tempes.
Ma tête éclate,
mon corps se tord
et mon regard hagard
fixe l'éclat d'acier
d'une lame froide
au fil bien aiguisé.
Serit-ce enfin la délivrance ??
Je te crois terrassée
et tu te dresses encore;
de tes griffes acérées
tu déchires ma chair
et la jettes en pâture
aux oiseaux charognards.
Tu plantes ton glaive
en mon coeur tout meurtri
et sur la plaie béante
tu saupoudres du soufre.
Sur mes yeux dilatés
tu déploies un bandeau
rouge et noir
comme à l'arène
la cape et le taureau.
Parfois, à mes prières
tu as l'air d'accéder
en reprenant ton souffle
et retenant le mien;
gentiment tu te loves,
pateline et patiente,
faisant trop bien semblant
de m'avoir oublié.
Puis soudain, un sifflement
aigu et déchirant
de marmotte affolée,
de loco emballée,
perfore mes tympans
et transperce mon crâne,
alors qu'un sourd tam-tam
tambourine mes tempes.
Ma tête éclate,
mon corps se tord
et mon regard hagard
fixe l'éclat d'acier
d'une lame froide
au fil bien aiguisé.
Serit-ce enfin la délivrance ??
mardi 20 octobre 2009
Le vieux compagnon
café bouillu café foutu / squelette rouillu bonhomme perclus
Pauvre vieux corps tremblant, carcasse déglinguée,
je t'ai bien vu vieillir en octante ans et plus;
les muscles avachis et les membres perclus,
te faner, te rider, prendre allure voûtée.
Ton ouïe incertaine et ta peau détendue,
ton coeur cognant trop fort et tes genoux cagneux,
blanchir subitement et perdre tes cheveux
ainsi que quelques dents; ta bouche dépendue.
Tes mains se décharnant et se tachant de roux,
tes pieds devenus plats n'aimant plus que le doux,
ton ventre mou et rond et tes fesses bien plates.
Tant de choses encore et tant de maux perçus
dans le miroir du temps des années disparates,
par mes regards sereins, lucides...mais émus.
je t'ai bien vu vieillir en octante ans et plus;
les muscles avachis et les membres perclus,
te faner, te rider, prendre allure voûtée.
Ton ouïe incertaine et ta peau détendue,
ton coeur cognant trop fort et tes genoux cagneux,
blanchir subitement et perdre tes cheveux
ainsi que quelques dents; ta bouche dépendue.
Tes mains se décharnant et se tachant de roux,
tes pieds devenus plats n'aimant plus que le doux,
ton ventre mou et rond et tes fesses bien plates.
Tant de choses encore et tant de maux perçus
dans le miroir du temps des années disparates,
par mes regards sereins, lucides...mais émus.
mardi 13 octobre 2009
Un matin différent
Caroline perçoit comme en un rêve la voix lointaine de sa mère lui signifiant que l’heure de se lever a sonné. Elle cherche instinctivement, d’une main tâtonnante, Urson, son gros paresseux en peluche; l’ayant enfin trouvé à moitié enfoui sous l’oreiller, elle appuie sa joue au contact soyeux et rassurant de son compagnon nocturne devenu son favori depuis déjà trois ans. Elle ne s’occupe de lui que le soir venu, à l’heure mélancolique précédent le coucher, à l’instant où le jour va s’éteindre sous un léger voile de tristesse, lorsque chaque petite fille se remet à rêver aprés avoir dévoilé ses secrets à son muet confident. Jamais dans le courant de la journée elle ne fait attention à lui, même si ses occupations scolaires et les petits travaux effectués pour sa maman lui laissent encore largement le temps de lire, d’écouter de la musique à l’aide de son baladeur, d’entreprendre de longues causeries avec les poupées folkloriques de sa collection ou de rendre visite à une de ses amies.
_Urson est mon bonnet de nuit et lui seul peut deviner mes plus secrètes pensées lorsqu’il me regarde dormir, répète-t-elle à qui veut l’entendre. Il veille sur mon sommeil, attentif et rassurant, ajoute-t-elle toute rougissante.
Caroline est une fillette de treize ans, réservée mais mutine, pondérée mais joueuse, appliquée mais aussi rêveuse. Elle a sa propre chambre alors que les jumeaux, ses frères cadets, partagent la même, ce qui n’est d’ailleurs pas pour leur déplaire car cela leur permet de chahuter plus commodément ou d’essuyer d’un front commun les remontrances parentales. Elle a eu carte blanche pour aménager à sa convenance les meubles en bois peint qu’elle a choisi elle-même en tenant compte des remarques et conseils de ses parents, ainsi que pour le rangement et la disposition de ses jouets, livres, cassettes, vêtements et chaussures; enfin, la décoration est assurée par des posters aux tons pastel et par trois ou quatre portraits de ses chanteurs favoris. Caroline est minutieuse et n’aime pas s’encombrer de bibelots inutiles mais prend grand plaisir à ranger et répertorier soigneusement dans de petites vitrines sa collection de coquillages. L’ensemble donne à sa chambre une atmosphère à la fois d’intimité et d’évasion, de concret et de rêve, reflétant parfaitement son tempérament dynamique et romantique qui dans ce cadre trouve une détente physique et morale nécessaire à son équilibre. Elle est dans sa chambre chez elle et s’y sent bien. Les rares amies invitées à partager cette intimité, l’envient de posséder un tel petit royaume. Ses frères, volontaires et quelque peu brutaux comme peuvent l’être des garçons de dix ans n’y pénètrent qu’avec son autorisation et en sa présence, ne s’y déplacent que sur la pointe des pieds comme s’ils craignaient de réveiller le bon génie, gardien du sanctuaire.
L’appel maternel se renouvelle tandis que la porte s’entrouve et que la lumière inonde la pièce.
_Caro, lève-toi, c’est l’heure. La gamine coule un regard en biais vers son réveille-matin qui indique sept heures quinze et enfouit d’un léger mouvement rageur son minois chiffonné entre les pattes d’Urson; ce n’est pourtant point dans ses habitudes car elle se lève d’ordinaire d’elle-même ou au premier appel maternel, d’un pied sûr et l’oeil vif, les cheveux emmêlés mais les idées claires et n’aime point flemmarder à l’entame d’une nouvelle journée.Mais ce matin Caro a un prétexte: elle ressent à hauteur de l’épigastre une légère angoisse, comme une petite bête craintive et affolée qui se serait lovée et pelotonnée; elle se sent toute languissante dans ses pensées et dans la tiédeur des draps; elle essaie en vain de se souvenir de ce mauvais rêve qui n’a pas eu toutefois l’horreur d’un cauchemar; elle revoie simplement des images trés floues mais fortes et bizarres qui l’ont réveillée au milieu de la nuit, toute frémissante et moite. Elle est incapable de rassembler et encore moins de déchiffrer quoi que se soit et n’est reliée à ce pénible et brumeux souvenir que par cette vague constriction au creux de l’estomac.
Soudain, elle se dresse vivement sur son séant tel un ressort qui se détend, en poussant un petit cri aigu de souris prise au piège; la main froide de sa mère s’est posée bien à plat sur son ventre nu que la nuisette retroussée ne protègeait plus; cette habitude un peu sadique mais oh combien efficace est employée avec les garçons, longs à émerger de leur profond sommeil et qui, rituellement, profitent de ce tohu-bohu pour pousser des cris d’orfraie et entamer une bataille de polochons de lit à lit.
Caro se lève, introduit ses pieds dans des mules roses à gros pompon blanc et se dirige vers la cuisine où l’attend le petit déjeuner servi sur une table en bois de pin des landes: croissants à la croûte fine et vernissée, toasts beurrés et saupoudrés d’un voile de poudre de chocolat, lait cru et miel de montagne pour le sucrer. Les mercredis et dimanches cet ordinaire est amélioré par une pyramide de crêpes légères pliées en éventail dont les bords laissent poindre de fines gouttes brillantes de sucre fondu. La fillette apprécie fort ce moment où le palais puis l’estomac satisfaits lui permettent de prendre la journée par le bon bout. Par contre, les jumeaux, pour lesquels le matin tout est corvée, ébouriffés et les yeux encore rouge de sommeil, ne restent que peu de temps à table et préfèrent emporter ces bonnes choses pour les déguster dans le car de ramassage.
Caroline s’enferme dans la salle d’eau, ôte sa nuisette en levant haut les bras comme si elle s’étirait mais en réalité pour chercher du regard dans la grande glace bisautée sa naissante poitrine: deux oranges bien rondes aux mignons tétons, boutons de rose prêts à éclore. Elle brosse soigneusement la double rangée de perles nacrées, blanches et régulières ornant sa bouche d’un éclat éburnéen, mordille ses lèvres au dessin joyeux d’un arc relevé aux commissures, pour les rosir, puis les fronce en une moue en forme de baiser; elle s’arme ensuite d’un démêloir en bois puis d’une brosse à long manche afin de débroussailler le maquis de son abondante chevelure noire, ondée et soyeuse, qu’elle démêle patiemment, tête rejetée en arrière puis penchée en avant; chevelure luxuriante aux vagues souples et amples dont sa mère admirative lui confectionne une superbe tresse épaisse et compacte qui lui bat le dos quand elle court et à laquelle se suspendent parfois de méchantes filles jalouses. Poursuivant son inspection, elle remarque la fausse maigreur de ses bras, les filets bleutés des veines aux poignets, les timides salières révélant les périodes de croissance, s’extasie aux fuseaux de ses jambes, aux cuisses fermes et lisses, aux genoux déliés, aux mollets bien dessinés et aux fines chevilles. Sa peau de passerose au grain ténu, fin tissu lanigère de brune, est ombrée aux aisselles et au pubis d’un reflet noir intense; tournée à demi, elle admire la cambrure flexible de sa chute de reins et gonfle les joues à la vue de ses fesses un peu hautes mais bien rondes. Faisant à nouveau face au miroir, elle se dévisage minutieusement et sans complaisance, poussée comme tous les matins par un brin de coquetterie, en détaillant sa frimousse de petite jeune fille nouvellement nubile: l’arc fin, élégant et noir des sourcils, comme tracé au fusain, fuit loin vers les tempes, lui donnant un faux air de peinture égyptienne; bien à l’abri dans de larges orbites et à l’ombre de longs cils recourbés, l’éclat dansant des yeux aigue-marine où roule emprisonnée une brisure de rayon de soleil, charme et enveloppe ou fusille et foudroie; le menton énergique au contour un peu dur est adouci par une fossette de nourrisson riante dans la peau brune; les pommettes coquines saillent légèrement, les oreilles fines et transparentes, enroulées en ourlets délicats sont deux coquilles diaphanes caressées par quelques cheveux follets, telles plumules duveteuses; le nez qu’elle accuse d’aquilin et ne regarde jamais de profil, est mince à arête vive il est vrai, mais se termine par des narines roses aux ailes palpitantes au moindre émoi. L’inspection se poursuit, plus précise et son oeil sagace et fureteur a vite fait de repérer l’imper- ceptible comédon ou point noir, le bouton naissant d’acné ou la rougeur suspecte.
Cette revue terminée, elle encapuchonne sa tête et sa lourde chevelure dans un bonnet de bain plastique à bord froncé genre charlotte et abandonne son jeune corps gracile à la pluie chaude et bienfaisante de la douche. Savonnée méticuleusement, rincée abondamment, essuyée vigoureusement, séchée enfin, elle enfile un tee-shirt nike, des jeans bleu pâle fendus aux genoux et prévient sa mère qu’elle en a terminé . Installée derrière sa fille sur un tabouret bas, la maman commence l’interminable confection de cette énorme tresse dont elle sait trés bien que d’ici peu de temps il faudra certainement couper, car la jeune adolescente grandissant désirera sans nul doute être dans le vent en délaissant une parure, à ses yeux, pour petites filles.
Les jumeaux pénètrent dans la salle de bain avec une effronterie et une impudeur garçonnières, nus, pénis à l’air et en l’air, entrent ensemble dans la cabine de douche en se bousculant et en poussant de petits cris étranglés tout en jetant vers la grande soeur des regards coquins. Celle-ci, désabusée , hausse les épaules mais grimace à ce moment-là car elle ressent un timide coup de patte de la maligne petite bête oubliée. Sur les avisés conseils maternels, Caroline se prémunit contre ce qui semble être les prémices de la seconde manifestation de sa récente puberté.
Il est l’heure de partir. Habillée, chaussée, l’adolescente embrasse sa mère sur le seuil de la porte et s’en va, penchée légèrement sur la droite par le poids du cartable mal équilibré, fine silhouette faussement frêle, vers l’arrêt du car de ramassage qu’elle prend tous les jours de scolarité, ses frères jumeaux prenant, eux, le bus à son second passage.
_Urson est mon bonnet de nuit et lui seul peut deviner mes plus secrètes pensées lorsqu’il me regarde dormir, répète-t-elle à qui veut l’entendre. Il veille sur mon sommeil, attentif et rassurant, ajoute-t-elle toute rougissante.
Caroline est une fillette de treize ans, réservée mais mutine, pondérée mais joueuse, appliquée mais aussi rêveuse. Elle a sa propre chambre alors que les jumeaux, ses frères cadets, partagent la même, ce qui n’est d’ailleurs pas pour leur déplaire car cela leur permet de chahuter plus commodément ou d’essuyer d’un front commun les remontrances parentales. Elle a eu carte blanche pour aménager à sa convenance les meubles en bois peint qu’elle a choisi elle-même en tenant compte des remarques et conseils de ses parents, ainsi que pour le rangement et la disposition de ses jouets, livres, cassettes, vêtements et chaussures; enfin, la décoration est assurée par des posters aux tons pastel et par trois ou quatre portraits de ses chanteurs favoris. Caroline est minutieuse et n’aime pas s’encombrer de bibelots inutiles mais prend grand plaisir à ranger et répertorier soigneusement dans de petites vitrines sa collection de coquillages. L’ensemble donne à sa chambre une atmosphère à la fois d’intimité et d’évasion, de concret et de rêve, reflétant parfaitement son tempérament dynamique et romantique qui dans ce cadre trouve une détente physique et morale nécessaire à son équilibre. Elle est dans sa chambre chez elle et s’y sent bien. Les rares amies invitées à partager cette intimité, l’envient de posséder un tel petit royaume. Ses frères, volontaires et quelque peu brutaux comme peuvent l’être des garçons de dix ans n’y pénètrent qu’avec son autorisation et en sa présence, ne s’y déplacent que sur la pointe des pieds comme s’ils craignaient de réveiller le bon génie, gardien du sanctuaire.
L’appel maternel se renouvelle tandis que la porte s’entrouve et que la lumière inonde la pièce.
_Caro, lève-toi, c’est l’heure. La gamine coule un regard en biais vers son réveille-matin qui indique sept heures quinze et enfouit d’un léger mouvement rageur son minois chiffonné entre les pattes d’Urson; ce n’est pourtant point dans ses habitudes car elle se lève d’ordinaire d’elle-même ou au premier appel maternel, d’un pied sûr et l’oeil vif, les cheveux emmêlés mais les idées claires et n’aime point flemmarder à l’entame d’une nouvelle journée.Mais ce matin Caro a un prétexte: elle ressent à hauteur de l’épigastre une légère angoisse, comme une petite bête craintive et affolée qui se serait lovée et pelotonnée; elle se sent toute languissante dans ses pensées et dans la tiédeur des draps; elle essaie en vain de se souvenir de ce mauvais rêve qui n’a pas eu toutefois l’horreur d’un cauchemar; elle revoie simplement des images trés floues mais fortes et bizarres qui l’ont réveillée au milieu de la nuit, toute frémissante et moite. Elle est incapable de rassembler et encore moins de déchiffrer quoi que se soit et n’est reliée à ce pénible et brumeux souvenir que par cette vague constriction au creux de l’estomac.
Soudain, elle se dresse vivement sur son séant tel un ressort qui se détend, en poussant un petit cri aigu de souris prise au piège; la main froide de sa mère s’est posée bien à plat sur son ventre nu que la nuisette retroussée ne protègeait plus; cette habitude un peu sadique mais oh combien efficace est employée avec les garçons, longs à émerger de leur profond sommeil et qui, rituellement, profitent de ce tohu-bohu pour pousser des cris d’orfraie et entamer une bataille de polochons de lit à lit.
Caro se lève, introduit ses pieds dans des mules roses à gros pompon blanc et se dirige vers la cuisine où l’attend le petit déjeuner servi sur une table en bois de pin des landes: croissants à la croûte fine et vernissée, toasts beurrés et saupoudrés d’un voile de poudre de chocolat, lait cru et miel de montagne pour le sucrer. Les mercredis et dimanches cet ordinaire est amélioré par une pyramide de crêpes légères pliées en éventail dont les bords laissent poindre de fines gouttes brillantes de sucre fondu. La fillette apprécie fort ce moment où le palais puis l’estomac satisfaits lui permettent de prendre la journée par le bon bout. Par contre, les jumeaux, pour lesquels le matin tout est corvée, ébouriffés et les yeux encore rouge de sommeil, ne restent que peu de temps à table et préfèrent emporter ces bonnes choses pour les déguster dans le car de ramassage.
Caroline s’enferme dans la salle d’eau, ôte sa nuisette en levant haut les bras comme si elle s’étirait mais en réalité pour chercher du regard dans la grande glace bisautée sa naissante poitrine: deux oranges bien rondes aux mignons tétons, boutons de rose prêts à éclore. Elle brosse soigneusement la double rangée de perles nacrées, blanches et régulières ornant sa bouche d’un éclat éburnéen, mordille ses lèvres au dessin joyeux d’un arc relevé aux commissures, pour les rosir, puis les fronce en une moue en forme de baiser; elle s’arme ensuite d’un démêloir en bois puis d’une brosse à long manche afin de débroussailler le maquis de son abondante chevelure noire, ondée et soyeuse, qu’elle démêle patiemment, tête rejetée en arrière puis penchée en avant; chevelure luxuriante aux vagues souples et amples dont sa mère admirative lui confectionne une superbe tresse épaisse et compacte qui lui bat le dos quand elle court et à laquelle se suspendent parfois de méchantes filles jalouses. Poursuivant son inspection, elle remarque la fausse maigreur de ses bras, les filets bleutés des veines aux poignets, les timides salières révélant les périodes de croissance, s’extasie aux fuseaux de ses jambes, aux cuisses fermes et lisses, aux genoux déliés, aux mollets bien dessinés et aux fines chevilles. Sa peau de passerose au grain ténu, fin tissu lanigère de brune, est ombrée aux aisselles et au pubis d’un reflet noir intense; tournée à demi, elle admire la cambrure flexible de sa chute de reins et gonfle les joues à la vue de ses fesses un peu hautes mais bien rondes. Faisant à nouveau face au miroir, elle se dévisage minutieusement et sans complaisance, poussée comme tous les matins par un brin de coquetterie, en détaillant sa frimousse de petite jeune fille nouvellement nubile: l’arc fin, élégant et noir des sourcils, comme tracé au fusain, fuit loin vers les tempes, lui donnant un faux air de peinture égyptienne; bien à l’abri dans de larges orbites et à l’ombre de longs cils recourbés, l’éclat dansant des yeux aigue-marine où roule emprisonnée une brisure de rayon de soleil, charme et enveloppe ou fusille et foudroie; le menton énergique au contour un peu dur est adouci par une fossette de nourrisson riante dans la peau brune; les pommettes coquines saillent légèrement, les oreilles fines et transparentes, enroulées en ourlets délicats sont deux coquilles diaphanes caressées par quelques cheveux follets, telles plumules duveteuses; le nez qu’elle accuse d’aquilin et ne regarde jamais de profil, est mince à arête vive il est vrai, mais se termine par des narines roses aux ailes palpitantes au moindre émoi. L’inspection se poursuit, plus précise et son oeil sagace et fureteur a vite fait de repérer l’imper- ceptible comédon ou point noir, le bouton naissant d’acné ou la rougeur suspecte.
Cette revue terminée, elle encapuchonne sa tête et sa lourde chevelure dans un bonnet de bain plastique à bord froncé genre charlotte et abandonne son jeune corps gracile à la pluie chaude et bienfaisante de la douche. Savonnée méticuleusement, rincée abondamment, essuyée vigoureusement, séchée enfin, elle enfile un tee-shirt nike, des jeans bleu pâle fendus aux genoux et prévient sa mère qu’elle en a terminé . Installée derrière sa fille sur un tabouret bas, la maman commence l’interminable confection de cette énorme tresse dont elle sait trés bien que d’ici peu de temps il faudra certainement couper, car la jeune adolescente grandissant désirera sans nul doute être dans le vent en délaissant une parure, à ses yeux, pour petites filles.
Les jumeaux pénètrent dans la salle de bain avec une effronterie et une impudeur garçonnières, nus, pénis à l’air et en l’air, entrent ensemble dans la cabine de douche en se bousculant et en poussant de petits cris étranglés tout en jetant vers la grande soeur des regards coquins. Celle-ci, désabusée , hausse les épaules mais grimace à ce moment-là car elle ressent un timide coup de patte de la maligne petite bête oubliée. Sur les avisés conseils maternels, Caroline se prémunit contre ce qui semble être les prémices de la seconde manifestation de sa récente puberté.
Il est l’heure de partir. Habillée, chaussée, l’adolescente embrasse sa mère sur le seuil de la porte et s’en va, penchée légèrement sur la droite par le poids du cartable mal équilibré, fine silhouette faussement frêle, vers l’arrêt du car de ramassage qu’elle prend tous les jours de scolarité, ses frères jumeaux prenant, eux, le bus à son second passage.
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