mardi 24 mars 2009

Ruisseau

L’eau jaillit,clapote,puis ruisselle et s’enroule
entre les galets ronds polis avec le temps;
durant la saison sèche elle rit et s’écoule,
musarde, s’amuse, toutes gouttes au vent.



Les oiseaux viennent boire en toute confi-ance,
les enfants en sueur y font tremper leurs pieds;
la truite dans son trou suit avec méfi-ance
la mouche au bout du fil qu’on lui fait miroiter.

lundi 16 mars 2009

Où l'on parle d'eaux

Pieds nus ou bien bottés, flexueux comme houle
tous les bassiers cueillaient, s’ébaudissant, heureux,
berniques et vignots et pousse-pieds en foule
sur rochers, en vasard ou terrain sablonneux.


Sur l’arène attiédie de l’estran découvert,
l’empreinte de nos pas entre laisses, marquée,
par la brise de mer et le flux, de concert,
devient trace éphémère en la nuit enlunée.


Sur mouillère poreuse ou sur terrain palustre
bordés de hautes haies piquetées de têtards,
les rigoles drainent depuis déjà des lustres
les eaux vers les fossés où barbotent canards.


Des ponceaux de vieux troncs grossiers et souvent frustes
enjambent sauts-de-loup, faisant le grand écart
vers les palus côtiers où le vignoble frustre
bernacles et halbrans de festins campagnards.


Parmi les joncs à mèche et berces ondulantes,
des chablis tout chancis jonchent le sol humeux,
ou, encroués entre eux dans la brouée tombante
dégouttellent sans fin sous un ciel bas, bruineux.


Des canalicules ensouillés dans la vase
lient de maigres flaches bordées de hauts typhas
dont les massettes drues, à la peluche rase,
couvrent de leur ombre de frêles queues-de-rat.

lundi 9 mars 2009

le vieux canal

Sur les bords du canal où flanaît un poète
en pensant à Riquet malgré les ans passés,
une image vieillie,quelque peu désuète
se grava en ses yeux et son coeur attristés.

Envahi par la ronce et les branches brisées,
le chemin de halage est toujours là, présent,
mais les sabots ferrés et le crottin fumant
ne peuvent s’entrevoir que paupières baissées.

Les platanes anciens au-dessus des eaux glauques,
élèvent au plus haut leurs chefs peu couronnés
et leurs branches cassées aux allures de loques,
pendent comme bras morts le long des troncs pelés.

Les vantaux sont coincés aux portes des écluses
et la rouille et le temps poursuivent leur travail;
les chalands fatigués sont rentrés au bercail,
seules,dans le ciel lourd,tournoient sans fin les buses.

jeudi 5 mars 2009

Point d'eau

Au pas lent des chameaux, quand naissent les étoiles



au-dessus du désert assoiffé de ruisseaux,



les hommes bleus font halte et remontent leurs toiles,



se reposant enfin tout autour du point d’eau.

lundi 2 mars 2009

Rivage

Passons un doux moment appuyés l’un à l’autre tout en joignant nos mains, à regarder au loin la crête des rouleaux qui viennent s’étaler sur la sauvage grève en des chuintements au travers des galets.
Les mouettes rieuses planent en de larges circonvolutions, tout en épiant de leurs petits yeux ronds et perçants, le banc argenté des sardines fuyantes tandis que les noirs cormorans, aprés leurs plongées éprouvantes, déploient comme des voiles sur les rochers brûlants, leurs ailes ruisselantes et leurs plumes meurtries.
Le déclin du soleil déchaîne dans l’azur l’ocre et le pourpre, ourlant de festons d’or les nuées immobiles, et saupoudre d’étoiles scintillantes et dansantes les eaux devenues sages en leur doux clapotis.
L’air, maintenant léger, transporte des odeurs d’iode et de sel, et le jusant a découvert sable et galets, rochers et coquillages.
Les crêtes se sont effilochées sur de modestes vagues. L’astre de feu tombe à la mer, tout rougeoit, tout s’empourpre en une dernière lueur d’or et de sang.
Le jour tire sa révérence dans un silence de cathédrale, avant que le crépuscule n’entoure de son ombre, nos ombres confondues.