La fragile mémoire
du témoin imprécis
a amputé la preuve.
Telle la vague du désir
à l'assaut créateur
le mouvement du coeur
bat l'âme navigante.
Déferle et hurle
océan rugissant
sur mes mains
largement ouvertes.
Sur mes doigts
telle ta chevelure
flue le bonheur retrouvé.
Personne ne saura jamais.
mercredi 29 juillet 2009
lundi 27 juillet 2009
Passé
Souviens-toi du passé
Ivoire jauni
Marbre lisse et froid
Oubli du temps pressé
Noeuds de la mémoire
Emmêlés à jamais.
Ivoire jauni
Marbre lisse et froid
Oubli du temps pressé
Noeuds de la mémoire
Emmêlés à jamais.
samedi 25 juillet 2009
Regard
Dans le miroir ancien
au tain tout piqueté
dont la vitre embuée
par les ans reflétait
les chiures de mouches,
je me suis regardé.
Regardé est bien fort
mais plutôt deviné,
car mon regard en fait
ne percevait qu'une ombre,
des contours indécis,
des estompes de traits,
une image incertaine,
un flou impénétrable.
Je me sentis rassuré !
au tain tout piqueté
dont la vitre embuée
par les ans reflétait
les chiures de mouches,
je me suis regardé.
Regardé est bien fort
mais plutôt deviné,
car mon regard en fait
ne percevait qu'une ombre,
des contours indécis,
des estompes de traits,
une image incertaine,
un flou impénétrable.
Je me sentis rassuré !
Inspiration
Un tout petit bécot
en me comptant fleurette
là-haut sur le coteau
où niche l'alouette.
Etendu tout du long
parmi les herbes folles
ô mon doux Apollon,
enserre mes épaules.
La chanson du grillon,
cette vieille rengaine
me rappelle Villon
et Flora la romaine.
Donne-moi,s'il-te-plaît,
sans peur et sans histoire,
afin de renforcer
mon discret écritoire
un tout petit bécot
dans le creux de l'oreille,
un petit souffle chaud
m'inspirant à merveille.
Ainsi,à mon retour,
ma plume sur la page,
puisant en ton amour
accroîtra son bagage.
en me comptant fleurette
là-haut sur le coteau
où niche l'alouette.
Etendu tout du long
parmi les herbes folles
ô mon doux Apollon,
enserre mes épaules.
La chanson du grillon,
cette vieille rengaine
me rappelle Villon
et Flora la romaine.
Donne-moi,s'il-te-plaît,
sans peur et sans histoire,
afin de renforcer
mon discret écritoire
un tout petit bécot
dans le creux de l'oreille,
un petit souffle chaud
m'inspirant à merveille.
Ainsi,à mon retour,
ma plume sur la page,
puisant en ton amour
accroîtra son bagage.
jeudi 23 juillet 2009
Petit enfant
à Simon et à Jules nouveaux venus au club
Le bourgeon de ta fleur,
vierge de tout contact,
annonce le printemps
de ta future vie.
Dans tes yeux si rieurs
agrandis de surprise,
s'allument des étoiles
et des soleils radieux.
De tes lèvres gourmandes
à vouloir tout goûter,
s'irradie un sourire
à l'air un peu coquin.
Par tes quenottes fines
tu voudrais tout croquer;
tu sors déjà tes griffes,
tirant ta langue rose.
Mais...
Ton jeune coeur palpite
au bruissement du vent,
à l'appel de ton nom,
au ruisseau vagabond,
au vol des oies sauvages,
bernaches cacardant
faisant taire tes cris,
au poil soyeux du chat,
à l'insecte égaré,
au papier que l'on froisse,
aux sauts sur les genoux,
aux flammes fascinantes,
au bol de lait sucré,
au papillon léger,
au nuage qui vole
à la goutte de pluie,
aux sourcils qui se fronssent
ou aux deux bras tendus,
au nounours retrouvé,
à la vois apaisante
et au regard mouillé.
Alors...
Ton coeur s'assoupit d'aise
au creux moelleux et chaud
du doux sein maternel,
lorsque le vieux monsieur,
de sable bien lesté,
passe le soir venu
à l'heure du coucher.
Rêve,enfant,
rêve longtemps.
Le bourgeon de ta fleur,
vierge de tout contact,
annonce le printemps
de ta future vie.
Dans tes yeux si rieurs
agrandis de surprise,
s'allument des étoiles
et des soleils radieux.
De tes lèvres gourmandes
à vouloir tout goûter,
s'irradie un sourire
à l'air un peu coquin.
Par tes quenottes fines
tu voudrais tout croquer;
tu sors déjà tes griffes,
tirant ta langue rose.
Mais...
Ton jeune coeur palpite
au bruissement du vent,
à l'appel de ton nom,
au ruisseau vagabond,
au vol des oies sauvages,
bernaches cacardant
faisant taire tes cris,
au poil soyeux du chat,
à l'insecte égaré,
au papier que l'on froisse,
aux sauts sur les genoux,
aux flammes fascinantes,
au bol de lait sucré,
au papillon léger,
au nuage qui vole
à la goutte de pluie,
aux sourcils qui se fronssent
ou aux deux bras tendus,
au nounours retrouvé,
à la vois apaisante
et au regard mouillé.
Alors...
Ton coeur s'assoupit d'aise
au creux moelleux et chaud
du doux sein maternel,
lorsque le vieux monsieur,
de sable bien lesté,
passe le soir venu
à l'heure du coucher.
Rêve,enfant,
rêve longtemps.
mercredi 22 juillet 2009
Vieille lune
Dans les bras des brancards
le temps s'est installé
pour tirer le chariot
des étreintes fanées.
Sur mon coeur gémissant
tombe la pluie d'étoiles
que le voleur de lune
par son peigne passé
entre la comète vive
et l'infinie Voie Lactée
a semé dans la nuit
comme une poudre d'or.
Astre froid endormi
j'ai tenté bien des nuits
éclairé par ton clair
de convaincre la rousse
au doux regard de miel
de me suivre au quartier
du croissant où j'allais
en traversant la plaine.
Ton pâle disque d'eau
se noya dans le fleuve
attirant les poissons
et laissant dans le noir
les chariots des deux ourses
qui aidés par Vénus
guidèrent le berger.
le temps s'est installé
pour tirer le chariot
des étreintes fanées.
Sur mon coeur gémissant
tombe la pluie d'étoiles
que le voleur de lune
par son peigne passé
entre la comète vive
et l'infinie Voie Lactée
a semé dans la nuit
comme une poudre d'or.
Astre froid endormi
j'ai tenté bien des nuits
éclairé par ton clair
de convaincre la rousse
au doux regard de miel
de me suivre au quartier
du croissant où j'allais
en traversant la plaine.
Ton pâle disque d'eau
se noya dans le fleuve
attirant les poissons
et laissant dans le noir
les chariots des deux ourses
qui aidés par Vénus
guidèrent le berger.
Petite musique
Petite musique petite musique
de l'air du temps
accroche tes croches
au fil du jour
refais tes gammes
va chantant
l'amour l'amour l'amour.
Tourterelles colombes amies
vos coeurs s'ouvrent à l'aube
des noces de la vie
la braise de vos yeux
fond le givre fin
et recouvre de miel
les tourtereaux transis.
L'eau pure coule
comme volée de cloches
comme fleurs d'oranger
sous la brise levée.
L'amour cette fleur d'or
a troublé vos sommeils
mais cousu des dentelles
à vos robes de noces.
Coeurs meurtris déchirés
aux épines des roses
les soirs de pleine lune
aux bords des lacs gelés.
Chairs blessées et saignées
par le froid du dédain
le silence
la solitude
le sel de la rupture..
Noces de vie et de sang
où coulent dans les veines
amour rage et volupté.
fleurs déchiquetées
jetées aux quatre vents.
Tout brule tout étincelle
cris de joie ou d'angoisse
de désir de haine
ah!! démon.
Tout s'arrête tout s'éteint
tout s'apaise
lambeaux des sentiments
accrochés épinglés
aux portées invisibles.
Petite musique petite musique
de l'air du temps
refais tes gammes
au fil des jours
va chantant
l'amour l'amour l'amour.
de l'air du temps
accroche tes croches
au fil du jour
refais tes gammes
va chantant
l'amour l'amour l'amour.
Tourterelles colombes amies
vos coeurs s'ouvrent à l'aube
des noces de la vie
la braise de vos yeux
fond le givre fin
et recouvre de miel
les tourtereaux transis.
L'eau pure coule
comme volée de cloches
comme fleurs d'oranger
sous la brise levée.
L'amour cette fleur d'or
a troublé vos sommeils
mais cousu des dentelles
à vos robes de noces.
Coeurs meurtris déchirés
aux épines des roses
les soirs de pleine lune
aux bords des lacs gelés.
Chairs blessées et saignées
par le froid du dédain
le silence
la solitude
le sel de la rupture..
Noces de vie et de sang
où coulent dans les veines
amour rage et volupté.
fleurs déchiquetées
jetées aux quatre vents.
Tout brule tout étincelle
cris de joie ou d'angoisse
de désir de haine
ah!! démon.
Tout s'arrête tout s'éteint
tout s'apaise
lambeaux des sentiments
accrochés épinglés
aux portées invisibles.
Petite musique petite musique
de l'air du temps
refais tes gammes
au fil des jours
va chantant
l'amour l'amour l'amour.
lundi 13 juillet 2009
veille du 14 juillet
Menton sur le poing
le regard s'évade au loin
... je ne pense à rien.
Cris,affairements
odeur âcre du sang chaud
on tue le cochon.
Pieds nus foulant la terre
ou écrasant la vendange
racines retrouvées.
Serait-il facile si,un jour,comme ça,
en quittant la grand'ville et arrêtant ses pas,
de poser son fardeau ainsi que sa fatigue
et de scruter le ciel où son destin navigue ?
L'arc pur de ses sourcils s'incurva davantage
comme une aile d'oiseau se ployant sous le vent
et son nez retroussé se plissa en gaufrage
comme rides sur l'eau par jour de mauvais temps.
La vie,comme la rose,
n'est pas sitôt éclose
que rapide et ailée
en des années trop brèves
passe tel un court rêve
pour finir retraitée.
Je suis un vieux ronchon qui assemble des mots
pour en faire sonnet en branches d'églantine,
mais,triste vérité,ce n'est qu'un gros fagot
de vieilleries usées aux erreurs enfantines.
Le va-et-vient intense au centre du jardin
des abeilles chargées en pollen-romarin,
atténue le bourdon des autos côté rue
qui ronflent,hoquètent,toussent,calent et puent.
Enflammée par la pourpre aux reflets d'amarante
une flaque d'azur d'un ciel tout irisé
se joue de l'arc-en-ciel aux teintes fluctuantes
par l'orage éclatant au plein coeur de l'été.
En aurai-je la force, en aurai-je l'envie
d'aller au clair matin gober l'oeuf frais pondu,
de me désaltérer de rosée recueillie
sur les feuilles de choux et potirons ventrus ?
Une sombre pélerine s'envole
coiffée d'un petit béret noir:
l'abbé Pierre monte au ciel
Tu y as rejoins Coluche,l'abbé,c'est bien,
ainsi tes gueux sauront dorénavant
qu'ils y trouveront le gîte et le couvert.
Va,l'abbé,tranquille et rassuré:
Ils ont tous certifié mordicus
que tout ce que tu réclamais
depuis plus d'un demi-siècle
serait réalisé illico.
Sais-tu,l'abbé,que le vieux mécréant que je suis,
espère malgré tout que,lorsqu'il montera là-haut,
il pourra être,comme dans la chanson de Brel,
l'ombre de ton ombre car, il le sait,
ton ombre même est garante d'espoir.
le regard s'évade au loin
... je ne pense à rien.
Cris,affairements
odeur âcre du sang chaud
on tue le cochon.
Pieds nus foulant la terre
ou écrasant la vendange
racines retrouvées.
Serait-il facile si,un jour,comme ça,
en quittant la grand'ville et arrêtant ses pas,
de poser son fardeau ainsi que sa fatigue
et de scruter le ciel où son destin navigue ?
L'arc pur de ses sourcils s'incurva davantage
comme une aile d'oiseau se ployant sous le vent
et son nez retroussé se plissa en gaufrage
comme rides sur l'eau par jour de mauvais temps.
La vie,comme la rose,
n'est pas sitôt éclose
que rapide et ailée
en des années trop brèves
passe tel un court rêve
pour finir retraitée.
Je suis un vieux ronchon qui assemble des mots
pour en faire sonnet en branches d'églantine,
mais,triste vérité,ce n'est qu'un gros fagot
de vieilleries usées aux erreurs enfantines.
Le va-et-vient intense au centre du jardin
des abeilles chargées en pollen-romarin,
atténue le bourdon des autos côté rue
qui ronflent,hoquètent,toussent,calent et puent.
Enflammée par la pourpre aux reflets d'amarante
une flaque d'azur d'un ciel tout irisé
se joue de l'arc-en-ciel aux teintes fluctuantes
par l'orage éclatant au plein coeur de l'été.
En aurai-je la force, en aurai-je l'envie
d'aller au clair matin gober l'oeuf frais pondu,
de me désaltérer de rosée recueillie
sur les feuilles de choux et potirons ventrus ?
Une sombre pélerine s'envole
coiffée d'un petit béret noir:
l'abbé Pierre monte au ciel
Tu y as rejoins Coluche,l'abbé,c'est bien,
ainsi tes gueux sauront dorénavant
qu'ils y trouveront le gîte et le couvert.
Va,l'abbé,tranquille et rassuré:
Ils ont tous certifié mordicus
que tout ce que tu réclamais
depuis plus d'un demi-siècle
serait réalisé illico.
Sais-tu,l'abbé,que le vieux mécréant que je suis,
espère malgré tout que,lorsqu'il montera là-haut,
il pourra être,comme dans la chanson de Brel,
l'ombre de ton ombre car, il le sait,
ton ombre même est garante d'espoir.
samedi 4 juillet 2009
Le pain n'est plus ce qu'il fut
Un vieux quignon de pain tout sec et tout moisi
oublié dans un coin par le balai de brande,
méditait sur la faim connue en des pays
où il serait le roi d’une valeur marchande.
Il repensait aux siens en des temps bien plus durs,
vénérés tous les jours et ce, jusqu’à leurs miettes,
recueillies pieusement , prévoyant le futur
des jours noirs et amers des années de disette.
Mais aujourd’hui, en fait, le pain n’est plus sacré,
on en parle beaucoup en certains Ministères,
surtout lorsque son prix, suite à celui du blé,
pèse dans le panier, dit, de la ménagère.
Combien sont au pain sec comme Jeanne autrefois
le mouillant de leurs pleurs et de l’eau de leur cruche ?
Aussi, en vieux “croûton” devenu bon bourgeois
je laisse les quignons en dehors de la huche.
oublié dans un coin par le balai de brande,
méditait sur la faim connue en des pays
où il serait le roi d’une valeur marchande.
Il repensait aux siens en des temps bien plus durs,
vénérés tous les jours et ce, jusqu’à leurs miettes,
recueillies pieusement , prévoyant le futur
des jours noirs et amers des années de disette.
Mais aujourd’hui, en fait, le pain n’est plus sacré,
on en parle beaucoup en certains Ministères,
surtout lorsque son prix, suite à celui du blé,
pèse dans le panier, dit, de la ménagère.
Combien sont au pain sec comme Jeanne autrefois
le mouillant de leurs pleurs et de l’eau de leur cruche ?
Aussi, en vieux “croûton” devenu bon bourgeois
je laisse les quignons en dehors de la huche.
jeudi 2 juillet 2009
l'Album de photos
Je vais, je viens, je tourne et je vire dans la grande pièce depuis un bon bout de temps, comme un vibrion désespéré ne pouvant fixer une seconde son attention sur une seule pensée, gaie ou chagrine, ou accrocher une idée, même ordinaire. J’ai la tête ailleurs et mon esprit est en panne.Tout me distrait ou m’insupporte: le bourdonnement de la mouche piègée entre vitre et rideau, le léger voile laiteux de la poussière sur le dessus d’un meuble, les craquelures du plafond, le chat qui bâille et étire ses muscles en plantant ses griffes dans le coussin du fauteuil, la froide clarté d’un soleil de février, brillant comme du vif argent et inondant l’espace d’une lumière trop crue, presque gênante car indécente, m’obligeant à baisser les stores d’un tiers. Quel insecte a bien pu me piquer pour que je me trouve dans cet état d’énervement indicible. Pourtant, aucun signe extérieur ne laisse transpirer cet agacement et même mon va-et-vient d’un bout à l’autre de mon espace libre peut s’interpréter par le suivi et le traitement de réflexions me venant à l’esprit. Ce calme apparent affiché n’efface point pourtant la crispation intérieure que je ressens depuis ce matin, lorsque attablé devant la page blanche depuis un long moment, je n’ai pu y griffonner que quelques mots aussitôt rayés.
Ma déambulation s’arrête devant la grande armoire lingère, héritage de ma grand-mère paternelle, dont j’ouvre en grand les deux battants. Mon oeil balaie rapidement les quatre ou cinq étagères sur lesquelles ne se superposent plus draps et linge de maison parfumés par des petits sachets de lavande intercalés entre les piles mais où s’entassent de façon assez ordonnée brochures diverses, fascicules en attente, articles de presse, dictionnaires, chemises techniques et brouillons raturés et inachevés.Mon regard indifférent se promène sans découvrir le titre, la couleur ou l’information qui pourrait déclencher ma curiosité, la boîte à idées, en perçant le brouillard dans lequel mes pensées éphémères s’égarent. Pourtant, mon oeil baladeur s’immobilise soudain sur le dos prune d’ente d’un album de photos égaré sur l’étagère centrale.Etonné de découvrir cet objet à cet endroit alors qu’il devrait être rangé avec ses semblables dans la petite armoire annexe, ma contrariété, à nouveau nourrie, se cristallise sur cet album déplacé, enfle et explose. Me saisissant de ce volumineux classeur, d’un geste brusque et irréfléchi, je l’envoie coiffer le chat lové sur son coussin qui, surpris autant qu’agressé, se dresse en miaulant, crache et grogne, se hérisse de tout ses poils, me jette un regard aux prunelles assassines pour finalement disparaître en un seul bond feutré par la porte entrebaillée. Cela a pour effet immédiat de me détendre. Je m’empare à nouveau de cet album maltraité, le dépose sur la tablette du bureau, m’assoie sur l’ancien tabouret de piano me servant de siège et l’ouvre au hasard. Deux photos par page y sont maintenues par des coins collants. Date et lieu y sont mentionnés au-dessous .Toutes datent de 1957.
Sur la page de gauche, la photo du haut représente un couple paraissant la soixantaine, se tenant debout légèrement à l’ arrière d’un massif floral. On peut apercevoir au second plan la longue façade basse et ocre d’une maison rurale médocaine au pied de laquelle sont alignés comme à la revue, une trentaine de pots de fleurs en pleine floraison. L’homme, coiffé d’un béret recouvrant une chevelure largement grisonnante, en bras de chemisette et chaussé de pantoufles à semelles caoutchoutées, enlace de son bras droit sa compagne. Visiblement, le personnage, sourire aux lèvres, torse bombé et regard droit, pose en une attitude se voulant altière. La femme, aux cheveux ternes mais sans fils blancs, habillée d’une simple robe droite également à manches courtes et aux motifs délavés, semble n’avoir pas eu le temps ou le goût d’ôter son tablier de cuisine pigaillé de quelques taches de graisse. Une paire d’espadrilles la chausse et ses jambes nues laissent apparaître le hâle sain des gens vivant à la campagne.Elle grimace à l’objectif pour se donner une contenance telles les personnes prises au dépourvu devant une situation inhabituelle. C’est un couple normal pour un regard profane mais pour un oeil plus exercé etplus attentif, de petits détails sont décelés: ainsi est détectée la légère crispation de la main droite de l’homme sur la hanche de sa compagne, comme si elle n’avait pas, ou plus, l’habitude de se trouver là et se sentait importune; de même sa main gauche dont les doigts, à part le pouce passé sous la large bretelle brune, sont repliés sur eux-mêmes en un poing à l’attitude agressive démentant le sourire commandé; ou encore, cette jambe gauche tendue dont le pied posé un pas en avant du reste du corps semble vouloir marquer l’autorité du mâle.
La hanche droite de la femme sur laquelle repose la main droite de l’homme paraît légèrement creusée par un mouvement d’effacement laissant deviner qu’elle accepte difficilement le contact de l’intruse; son bras gauche s’élève derrière le dos de son compagnon et deux doigts tendus apparaissent en forme de V au-dessus du béret, non pas en signe de victoire mais sous forme de cornes, pour détruire et ridiculiser tout à la fois la posture conquérante qu’essaie de se donner l’homme à son côté.
La photo du bas de la page représente le même décor sous un angle plus large et légèrement différent. La femme est penchée sur les pots de fleurs en une attitude qui laisse deviner une assez grande souplesse pour son âge, en tout cas une forte habitude de ce mouvement. Il semble qu’elle soit en train de désherber et d’aérer la terre de ses pots car elle tient dans sa main droite une binette naine. Jambes écartées et pieds posés bien à plat au sol elle laisse supposer une forte vitalité et une bonne santé lui permettant de vaquer efficacement aux travaux de jardinage. Elle est coiffée d’un chapeau de paille à larges bords qui ombre ses épaules.
L’homme est assis sur une chaise paillée, jambes croisées et tête nue. Chaussé de lunettes il lit un vieux bouquin fatigué qu’il tient à deux mains et semble absorbé par sa lecture. Il est tout à droite sur le cliché dans l’ombre projetée de la haute haie de clôture qui parsème son corps de petits ronds de lumière dont quelques rayons se sont infiltrés à travers les feuilles.
Cette photo laisse transparaître une atmosphère de paix, une sérénité coutumière en des occupations bien personnelles, une belle journée à la campagne, mais en ayant ces deux clichés superposés on peut se rendre compte que cette entente n’est que passagère et ne doit en définitive représenter qu’une petite facette d’une déjà longue vie commune. Un instantané de la vie quotidienne de chacun d’entre nous en quelque sorte.
Je suppose que le metteur en pages, sans s’en rendre compte, a inversé l’ordre de prise: occupations tranquilles et sérénité de l’ensemble, puis à la demande de l’opérateur, photo de famille avec plan rapproché où attitudes et gestes laissent transpirer une certaine contrarièté, voire animosité.
Ma déambulation s’arrête devant la grande armoire lingère, héritage de ma grand-mère paternelle, dont j’ouvre en grand les deux battants. Mon oeil balaie rapidement les quatre ou cinq étagères sur lesquelles ne se superposent plus draps et linge de maison parfumés par des petits sachets de lavande intercalés entre les piles mais où s’entassent de façon assez ordonnée brochures diverses, fascicules en attente, articles de presse, dictionnaires, chemises techniques et brouillons raturés et inachevés.Mon regard indifférent se promène sans découvrir le titre, la couleur ou l’information qui pourrait déclencher ma curiosité, la boîte à idées, en perçant le brouillard dans lequel mes pensées éphémères s’égarent. Pourtant, mon oeil baladeur s’immobilise soudain sur le dos prune d’ente d’un album de photos égaré sur l’étagère centrale.Etonné de découvrir cet objet à cet endroit alors qu’il devrait être rangé avec ses semblables dans la petite armoire annexe, ma contrariété, à nouveau nourrie, se cristallise sur cet album déplacé, enfle et explose. Me saisissant de ce volumineux classeur, d’un geste brusque et irréfléchi, je l’envoie coiffer le chat lové sur son coussin qui, surpris autant qu’agressé, se dresse en miaulant, crache et grogne, se hérisse de tout ses poils, me jette un regard aux prunelles assassines pour finalement disparaître en un seul bond feutré par la porte entrebaillée. Cela a pour effet immédiat de me détendre. Je m’empare à nouveau de cet album maltraité, le dépose sur la tablette du bureau, m’assoie sur l’ancien tabouret de piano me servant de siège et l’ouvre au hasard. Deux photos par page y sont maintenues par des coins collants. Date et lieu y sont mentionnés au-dessous .Toutes datent de 1957.
Sur la page de gauche, la photo du haut représente un couple paraissant la soixantaine, se tenant debout légèrement à l’ arrière d’un massif floral. On peut apercevoir au second plan la longue façade basse et ocre d’une maison rurale médocaine au pied de laquelle sont alignés comme à la revue, une trentaine de pots de fleurs en pleine floraison. L’homme, coiffé d’un béret recouvrant une chevelure largement grisonnante, en bras de chemisette et chaussé de pantoufles à semelles caoutchoutées, enlace de son bras droit sa compagne. Visiblement, le personnage, sourire aux lèvres, torse bombé et regard droit, pose en une attitude se voulant altière. La femme, aux cheveux ternes mais sans fils blancs, habillée d’une simple robe droite également à manches courtes et aux motifs délavés, semble n’avoir pas eu le temps ou le goût d’ôter son tablier de cuisine pigaillé de quelques taches de graisse. Une paire d’espadrilles la chausse et ses jambes nues laissent apparaître le hâle sain des gens vivant à la campagne.Elle grimace à l’objectif pour se donner une contenance telles les personnes prises au dépourvu devant une situation inhabituelle. C’est un couple normal pour un regard profane mais pour un oeil plus exercé etplus attentif, de petits détails sont décelés: ainsi est détectée la légère crispation de la main droite de l’homme sur la hanche de sa compagne, comme si elle n’avait pas, ou plus, l’habitude de se trouver là et se sentait importune; de même sa main gauche dont les doigts, à part le pouce passé sous la large bretelle brune, sont repliés sur eux-mêmes en un poing à l’attitude agressive démentant le sourire commandé; ou encore, cette jambe gauche tendue dont le pied posé un pas en avant du reste du corps semble vouloir marquer l’autorité du mâle.
La hanche droite de la femme sur laquelle repose la main droite de l’homme paraît légèrement creusée par un mouvement d’effacement laissant deviner qu’elle accepte difficilement le contact de l’intruse; son bras gauche s’élève derrière le dos de son compagnon et deux doigts tendus apparaissent en forme de V au-dessus du béret, non pas en signe de victoire mais sous forme de cornes, pour détruire et ridiculiser tout à la fois la posture conquérante qu’essaie de se donner l’homme à son côté.
La photo du bas de la page représente le même décor sous un angle plus large et légèrement différent. La femme est penchée sur les pots de fleurs en une attitude qui laisse deviner une assez grande souplesse pour son âge, en tout cas une forte habitude de ce mouvement. Il semble qu’elle soit en train de désherber et d’aérer la terre de ses pots car elle tient dans sa main droite une binette naine. Jambes écartées et pieds posés bien à plat au sol elle laisse supposer une forte vitalité et une bonne santé lui permettant de vaquer efficacement aux travaux de jardinage. Elle est coiffée d’un chapeau de paille à larges bords qui ombre ses épaules.
L’homme est assis sur une chaise paillée, jambes croisées et tête nue. Chaussé de lunettes il lit un vieux bouquin fatigué qu’il tient à deux mains et semble absorbé par sa lecture. Il est tout à droite sur le cliché dans l’ombre projetée de la haute haie de clôture qui parsème son corps de petits ronds de lumière dont quelques rayons se sont infiltrés à travers les feuilles.
Cette photo laisse transparaître une atmosphère de paix, une sérénité coutumière en des occupations bien personnelles, une belle journée à la campagne, mais en ayant ces deux clichés superposés on peut se rendre compte que cette entente n’est que passagère et ne doit en définitive représenter qu’une petite facette d’une déjà longue vie commune. Un instantané de la vie quotidienne de chacun d’entre nous en quelque sorte.
Je suppose que le metteur en pages, sans s’en rendre compte, a inversé l’ordre de prise: occupations tranquilles et sérénité de l’ensemble, puis à la demande de l’opérateur, photo de famille avec plan rapproché où attitudes et gestes laissent transpirer une certaine contrarièté, voire animosité.
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