mercredi 25 février 2009

Bords d'eaux

C’est un matin trés doux, tiède et calme comme je les aime depuis toujours. Le soleil tout palôt filtre au travers des palmes, annonçant, timide, la naissance du jour.
Tout prés, caressantes et mourantes sur la grève, les vagues s’étalent en des clapotis réguliers, poursuivant sans relâche le perpétuel rêve de mourir chaque fois pour renaître à jamais.
Plus lointains mais puissants, frangés de blanche écume, tels de minces et onduleux serpents que la mer souveraine en continu,exhume, les rouleaux aux fronts hauts et fuyants, grondent sous des halos de brume, leurs queues se redressant dans des embruns qu’allume la pourpre du jeune astre naissant s’élevant au-dessus de la crête des dunes.
Au repos, quelques mouettes rieuses et criardes, ballotées comme bouchons de pêcheurs, surveillent les ébats de leurs consoeurs pillardes harcelant sans arrêt les cormorans plongeurs.
Sur l’estran découvert sinuent les canalicules dégorgeant les trop-pleins des baïnes traîtresses, tandis que des talires, crustacés minuscules, sautent comme des puces en bordure des laisses.
Durant tout le jusant et jusqu’à marée basse, les pies de mer bavardes traquent mollusques et crustacés, que de leur bec rouge et dur elles fracassent pour en gober la chair savoureuse et salée.
A l’horizon bleuté se devinent, tremblantes, les silhouettes de chalutiers rentrant au port ami, aprés la longue nuit de pêche éprouvante à jeter, tirer, ramener le filet sans répit.
Pieds nus dans l’eau tiédie j’avance en sautillant comme héron solitaire chassant dans le marais, m’arrêtant pour goûter la caresse du fluide refluant et sentir mes orteils s’enliser dans le sable creusé.
Le vent iodé du large souffle sur mon visage son haleine gonflée des parfums recueillis à des milles marins sur de lointains rivages où rêvent comme moi des poètes amis.

mardi 24 février 2009

Quand Bordeaux s'éveillait

Tout'engourdie encor de son sommeil trop court,
la ville s'éveille bercée par son grand fleuve,
cet éternel amant lui fournissant la preuve
de sa vitalité,de son constant amour.

Semant le branle-bas à tous ses carrefours,
la vie circule et bat dans toutes ses artères
puisant un sang nouveau que l'air frais accélère,
la ville ainsi s'anime à la pointe du jour.

Partant à leur travail l'esprit ensommeillé,
ouvriers et dockers,dont beaucoup sont externes,
empruntent le vieux pont qui éteint ses lanternes
car le ciel rosissant éclaire son pavé.

Les roulis des tonneaux,les cris des charretiers,
les grincements des grues,claquements des voilures,
se mêlent sur les quais au foin et aux injures
des dockers,des grutiers,des pointeaux et douaniers.

Puis les fers des sabots frappent le pavement
d'où fusent des sons clairs escortés d'étincelles,
les mulets et chevaux sous les efforts chancellent
amenant au marché d'énormes chargements.

Cireurs de bottines et crieurs de journaux,
tous de jeunes enfants aux mines chiffonnées,
rameutent les clients toute la matinée
par des criailleries de bandes d'étourneaux.

La flèche Saint-Michel s'illumine à son tour,
baignée dans la douceur de sa pierre dorée,
tandis qu'à Mériadeck bruissant de logorrhée,
s'installent gueil'ferraille et brocante alentour.

Rigoles nettoyées,on balaie les trottoirs,
on dépend les panneaux,on ouvre les boutiques
où vendeuses,commis,attendent les pratiques
en devisant gaiement derrière les comptoirs.

Enfin les quat'saisons,en guise de chapeaux,
du marché des Capus, emportent sur leurs têtes
légumes et poissons,volailles,oeufs,mauviettes,
vers les Cours et Boul'vards, quand s'éveille Bordeaux.

lundi 23 février 2009

Destins

Je suis né dans un port et depuis mon enfance
j'ai vu passer par là des pays bien divers... Jean de la Ville de Mirmont

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
ni mousse ou matelot,encor moins capitaine.
Je n'ai jamais rêvé à des mers incertaines
pourtant chantées souvent en de vibrants refrains.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais déjà tout enfant,vêtu de bleu marine,
col carré,pompon rouge et chaussé de bottines,
je gambadais gaîment sur les quais girondins.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais attentif au vent apportant les complaites
des loups de mer hantés par les folles étreintes
des îliennes perdues en océans lointains.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais frissonne toujours aux appels des sirènes
des cargos aux longs cours bien lestés des ébènes
dans leurs cales chargées en des ports africains.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais sens les délices des odeurs exhalées
par les bois des îles,les épices mêlées
aux agrumes mûris,aux barriques de vin.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais pleure amèrement tous les mâts de misaine
de ces terre-neuvas lancés par leurs marraines
qui n'ont jamais revu le doux ciel aquitain.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais j'ai bien cru un jour,sur le vieux Désirade,
embarquer comme cook.Je suis resté en rade
car mon coeur amoureux s'est mû en souverain.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais comment le serais-je en ce port de la lune
où plus un seul bateau ne vient chercher fortune
en s'amarrant à quai sous un triste crachin.

Seules,bien alignées,les bittes inutiles
renvoient au flux d'antan,aux mouvements fébriles
des dockers et grutiers,des trieurs et douaniers,
des porteurs et chargeurs,chevaux et charretiers.

Je suis né dans un port et ne suis pas marin
mais je vais voir le jour s'écouler le grand fleuve
roulant ses jaunes eaux en révélant la preuve,
que l'un mort,l'autre vit.A chacun son destin.