vendredi 3 septembre 2010

A faire parvenir

Bordeaux 23 août 2001 .

Mademoiselle,

Voici déjà deux ans que, pour mon plus grand plaisir, votre père et vous-même emménagiez dans la maison mitoyenne à la mienne. Aussitôt ce ne fut que musique dans l’air. Vous passiez beaucoup de temps devant votre piano ; j’appris plus tard que vous prépariez le concours de fin d’année du Conservatoire, d’où cet entraînement sévère. A l’époque, je confondais classique et moderne, jazz et gammes d’échauffement que vous attaquiez ascendantes et descendantes en des tempi variables afin de délier vos doigts. Du matin au soir, résonnaient en sourdine dans ma demeure les notes envolées de votre clavier. Ma vie tranquille, au bord de l’ennui, en fut toute ragaillardie et bien souvent, lèvres mi-closes, je me surprenais à fredonner un air maintes fois entendu. Je composai un soir de novembre un quatrain que je lus et relus à haute voix à Coquin, mon vieux chat:

Trois notes envolées d’un clavier noir et blanc,
tranpercent la cloison d’une douce harmonie
et par delà le temps, je redeviens enfant
au coeur gros mais bercé d’une paix infinie.

Trés discrète, je ne vous ai aperçue pour la première fois que trois mois aprés votre installation. C’était trés tôt, un tiède matin de juillet; je prenais comme à mon habitude, mon petit déjeuner dehors, à l’heure des Laudes. A cette heure là, les fleurs et les plantes, la terre et la pierre chaudes exhalent délicatement tous leurs parfums. Coquin me tenait compagnie en lapant son habituelle tasse de lait frais, tout en surveillant les sautillements des merles lève-tôt autour des miettes dispersées à leur intention à trois pas de lui. Je le vis soudain redresser la tête et les oreilles puis se tourner vers la haie commune de chèvrefeuille, m’avertissant par cette mimique d’une présence insolite. Je ne fis aucun bruit, arrêtai de grignoter ma biscotte beurrée; pas un muscle de mon corps ne tressaillit, pas un poil de sa moustache ne frémit; deux statues qui attendaient. Le halo blanc-rosé du soleil levant s’élargit, puis monta au dessus des toits voisins, devint de plus en plus éclatant; un arc éblouissant lança coup sur coup plusieurs rayons dorés, ravivant les couleurs des jardins tout couverts de rosée; un rayonnement intense, une auréole d’or s’infiltra par les interstices de la cloison de verdure, irradia l’iris de Coquin en l’enflammant de mille étincelles que ses paupières, rapidement abaissées, éteignirent. Je me levai sans bruit, me dressai et vis le soleil se mirer dans votre rousse chevelure toute flamboyante de mille feux. Esquisse de sourire aux lèvres, regard fixé vers l’horizon, vos gestes lents, d’une solennité toute hiératique, me semblèrent appartenir à une déesse antique, sans doute à la muse Euterpe., car bras levés et mains jointes invocatoires semblaient faire un appel à la Beauté. Lentement vos mains descendirent vers votre chevelure et vos doigts souples, doucement, s’infiltrèrent dans cette lourde toison d’or roux pour la gonfler, l’aérer, en laissant retomber une à une les épaisses mèches de feu. Vêtue d’une courte chemise laissant deviner par transparence vos formes pures, je crus voir et découvrir, irréelle, la jeunesse radieuse parée de la beauté et de la grâce féminines. Mon vieux coeur se mit à battre la chamade et je reculai précipitamment, craignant d’être découvert.

Depuis presque un an, je garde la chambre, mon corps usé s’engourdissant petit à petit. Coquin est à mes côtés, pas plus valide que son maître, perclus lui aussi de rhumatismes. Nous tendons tous deux l’oreille lorsque les premières notes percent la pierre mitoyenne. Je distingue maitenant assez rapidement le concerto en fa mineur de Chopin, de la sonate Pathétique de Beethoven et Mozart ne m’est plus inaccessible; j’écoute avec patience le tatônnement des doigts raides de vos élèves et attends avec ferveur l’instant merveilleux où vos mains légères caressent de leurs fuseaux agiles les touches blanches et noires du clavier. Alors, l’oreille collée à la tapisserie, je reconnais la partition jouée et ferme les yeux afin de revoir l’apparition d’un certain matin de juillet.

Depuis peu, j’entends de temps à autre, un violoncelle gémir langoureusement en réponse aux sonorités cristallines du piano; je vous avoue être un peu jaloux de cette intimité qui brise partiellement la mienne. Mon vieux coeur attendri espère que les cordes n’entraîneront pas les touches dans une fugue, juste au moment où il ressent de plus en plus souvent un émoi juvénile.

Je vous en prie, Mademoiselle, jouez, jouez encore pour moi, en éclairant la fin de ma vie, tout en la prolongeant en m’offrant ce regain de jeunesse.

Un violoncelle y mêle parfois sa voix
et gamme aprés gamme, la tendre mélodie
envahit la chambrette où me gagne l’émoi
d’être encore un enfant au déclin de ma vie.

Votre voisin confus mais reconnaissant.

mardi 31 août 2010

Chant pour vote républicain

2012 en vue

Allons enfants, vive la vie,
le jour de gloire est arrivé,
au royaume de sarkozie
où tout est dit mais rien de fait.

Pourquoi prêter toujours aux riches
en refusant aux démunis,
allons, croyants, rompez la triche
contre une place au Paradis.

Pourquoi faut-il qu’on interpelle
des électeurs désabusés
et leur rancoeur, et leurs querelles
par faits divers interposés,

Expliquez nous pourquoi la haine
suinte ainsi à tout propos
dans des phrases qui nous rappellent
les forts relents de Gestapo.

Rien n’est plus beau que la Patrie
pour nous, parents, au sang usé ;
faites face à la tyrannie
vous , les jeunes, aux sangs mêlés.

Allez enfants à la Mairie ,
allez voter pour Renouveau,
qui marquera dans votre vie
d’un caillou blanc ce jour si beau.

A livre ouvert

Comme existent parfois dans nos rêves anciens

des bouts de vérité et d’images réelles,

y peuvent s’y glisser en tout honneur, tout bien,

quelques vues de l’esprit que l’astucieux décèle

sans en tenir rigueur ou quelque acrimonie

vis-à-vis de celui qui met à nu sa vie.

Reprise

A mourir de rire...

Il se plia, se tordit, mais se redressa

Il s’engoua, s’égosilla, mais avala

Il s’étouffa, s’essouffla, mais respira

Il éclata, se fendit, mais pleura

Il ouvrit grand la bouche et ....trépassa.


Le rire est le propre de l’homme

dimanche 8 août 2010

Allô delà

Un jour, bientôt peut-être... mais aprés tout, pourquoi pas tout de suite ? Ma résolution prise, je m’inscris en priorité sur une des lignes directes et j’attends. Appel, réappel, puis enfin on décroche...

_”Allô , vous m’entendez ? oui ? Trés bien, alors voilà : il y avait ce jour là Paulette et Lucienne à l’arrière, Marcel à mon côté et moi au volant. Paulette était la femme de Marcel et Lucienne mon épouse. Je me prénomme Jeannot. Vous avez deviné sans doute qu’avec de tels prénoms nous n’étions plus des jeunots. Eh bien ! oui, vous avez raison. Nous formions deux couples de septuagénaires profitant à plein temps de leur retraite. Quoi de plus naturel, pas vrai ? Mais il y a une chose que vous ignorez et j’ai l’intention d’éclairer votre lanterne. J’ai toujours détesté les sous-entendus et les contre -vérités.

Ce jour là, donc, nous avions pris l’autoroute pendant une heure trente pour atteindre les contreforts des Pyrénées. Il était encore tôt car nous aimions tous les quatre partir à potron-minet, nos temps de sommeil nous le permettant, s’étant réduits au fil des ans. Nous avions fait une petite pause pour dégourdir les jambes et siroter deux gorgées d’un café brûlant versé d’une bouteille thermos bien précieuse. Nous dirigions nos regards, au travers d’une aube blême rouillée d’ocre rosé, vers l’horizon lointain souligné vaguement par la dentelure des cimes estompées dans les brumes argentées.

La route était sinueuse, montant à l’assaut du col; lacets, épingles à cheveux, se succédaient sans répit pour avaler les forts pourcentages de déclivité; les huit chevaux en ligne de la voiture tiraient bien et répondaient parfaitement à la pression de mon pied droit. J’aimais conduire en montagne; rétrograder, prendre la corde, accélérer à fond pendant toute la courbe et repasser à la vitesse supérieure sitôt aprés pour recommencer la manoeuvre cinquante mètres plus loin et plus haut. Sans la conduite assistée, les muscles des bras durcissent et se font douloureux mais quelle ivresse de voir basculer le paysage et d’entendre crisser les pneus. Je me ré-ga-lais, d’autant plus que le temps passé sur l’autoroute, comme à l’ordinaire, m’avait paru bien long et monotone. Par contre, ça râlait dur et ça maugréait fort autour de moi, mon enthousiasme était mal perçu. Lucienne était bien entendu la plus véhémente, en sa qualité d’épouse, prérogative oblige. Comme à son habitude, elle dénigrait ma conduite soi-disant sportive que je ne pratiquais, selon elle, que pour paraître jeune et épater mon monde. Avait-elle sans doute un peu raison, mais de toute façon, dès qu’elle montait dans la voiture que je conduisais, que ce soit en montagne ou en plaine, à la ville comme à la campagne, sur chemin de terre ou sur autoroute, elle serrait les fesses et se cramponnait même aux feux rouges. Avec n’importe quel fada du volant ou toqué de la vitesse, elle était tout à son aise et parfaitement décontractée. Allez comprendre quelque chose !! Paulette, de son côté, était livide car elle se trouvait assise à droite et surplombait le précipice, alors qu’elle était sujette au vertige, même debout sur une chaise. Le coeur avait dû lui remonter à la gorge car ses yeux affolés cherchaient vainement la manivelle de la glace, afin de l’ouvrir avant le premier hoquet. Marcel, à l’avant, moins balloté que les femmes à l’arrière, avait toutefois l’épaule et le ventre sciés par la ceinture de sécurité à chaque rétrogradation et la nuque écrasée à chaque accélération.En somme, j’étais le seul à boire du petit lait.

A la halte, au sommet du col, pieds bien ancrés sur le plancher des vaches, mes trois compagnons, secoués et tourneboulés, ne me firent pas grâce de leurs griefs et le pique-nique eut franchement un air de soupe à la grimace. J’en tenais compte, lorsqu’en fin d’aprés-midi, jattaquais la descente par l’autre versant. Tout le monde profita de mon allure de sénateur dans les virages négociés à vitesse modérée, et put tout à loisir admirer le paysage. Le calme régnant, le papotage reprit ses droits à l’arrière, tandis que Marcel grillait avec délectation une cibiche à l’avant.

Je roulais toujours aussi modérément pendant la traversée du piémont aux ondulations grisâtres et brunâtres que rosissaient les derniers rayons du peigne doré d’un soleil déclinant. Derrière nous, les cimes embrasaient leurs arêtes en des pourpres flamboyants dont quelques flèches illuminaient encore les violets et les mauves des vallées profondes. Sur l’autoroute, prétextant de la perte de temps subie dans la descente du col, je poussais un peu les cylindres et l’aiguille du compteur resta stationnée sur le cent cinquante. Tout se passait bien. Quittant la rocade, je prenais l’avenue menant au domicile banlieusard de nos amis. Il fallait quelque part franchir un passage à niveau et traverser les voies ferrées de la ligne Paris-Bordeaux. Les bras de la barrière automatique étant levés, je m’engageais. Au beau milieu, pile entre les voies, je sentis dans les mains le volant soudainement libre et, tout aussitôt, le véhicule roulant aux environs de quinze à l’heure, s’arrêta brusquement, coinçant et étouffant le moteur. Tous les regards convergèrent vers moi et m’interrogèrent. J’y répondis en faisant tourner entre mes mains le volant comme une toupie. Ma femme Lucienne m’intima l’ordre, sur un ton n’admettant point de réplique, de cesser au plus tôt cette plaisanterie absurde, tout en me taxant de vouloir une fois de plus, me rendre intéressant. Quant à Marcel, il me demanda d’une voix bourrue de bien vouloir arrêter de jouer au c.. Alors, ne sachant trop moi-même ce qui se passait, je tirais à moi et haussais à hauteur de visage, le volant fou. Nous comprîmes ensemble que la direction n’existait plus et réalisâmes en une fraction de seconde ce qui aurait pu se produire dans l’un des innombrables virages négociés dans la journée ou sur l’autoroute à cent cinquante à l’heure. Nous nous regardions, hébétés, pâles comme des morts. Puis l’un de nous laissa éclater un rire saccadé, nerveux, suivi tout aussitôt des trois autres, libérant le trop plein de peur et d’anxiété rétrospectives. Notre angoisse évacuée, nous continuâmes à nous esclaffer, par réaction, à gorges déployées.

Nous ne nous réjouîmes pas bien longtemps de ce danger évité. Un choc effroyable accompagné d’une détonation énorme, comparable à l’explosion d’une bombe comme nous en avions, Marcel et moi, entendu pendant la seconde guerre mondiale, broya et écrasa véhicule et occupants. Un magma informe fut traîné sur plus de cent mètres. Aucun de nous n’eut le temps de se rendre compte et nous nous présentâmes ensemble devant Saint-Pierre.

Dans la presse du lendemain, on pouvait lire ce genre de titre: effroyable télescopage entre une automobile stoppée au milieu d’un passage à niveau aux barrières abaissées et un train rapide en provenance de Paris. Les quatre passagers ont été tués sur le coup. Tout laisse croire, d’aprés les premières constatations, que cette horrible catastrophe serait survenue à la suite d’un malaise du conducteur.

Eh bien! non! Je m’inscris en faux. Afin d’en savoir davantage, je suis allé consulter le mécanicien et l’aiguilleur de la voie lactée, de quart ce jour là. Ils ont confirmé la rupture subite entre arbre de direction et crémaillère provoquée par une bulle d’air emprisonnée dans la soudure. Voilà la vérité rétablie. A la rigueur, on aurait pu mentionner que nous étions morts de rire. J’espère que vous obtiendrez une rectification de la part des divers services de rédaction et qu’elle sera insérée dans les prochaines éditions. Je vous remercie d’avoir eu la patience de m’écouter jusqu’au bout. Je vous laisse car j’aperçois mes trois partenaires me faire de grands signes pour que je les rejoigne afin de poursuivre la partie de à qui perd-gagne, commencée avant mon coup de fil. Adieu donc, car je ne veux pas avoir l’indélicatesse de vous dire au revoir et à bientôt !

vendredi 23 juillet 2010

Jeunesse toujours

Pourquoi est-ce bon ton dans notre société
de croire mordicus tout bon ou exécrable:
la jeunesse, toujours, férue de liberté
a su forger un sens à son déraisonnable.

Lorsque les plus anciens, leurs lourds sabots aux pieds,
allaient mener bestiaux paître dans les pacages,
filles à la maison, trousseaux se complétaient,
et drôles ingénieux abattaient de l’ouvrage.
Les jeunes gens rêvaient aux contes de leurs vieux,
prés de l’âtre, le soir, conjurant la froidure
d’un dur hiver vêtu d’un manteau blanc poudreux,
lorsque bise siflait là-haut dans les ramures.
Filles à la messe, garçons au cabaret,
guindés le dimanche dans des habits trop raides,
attendaient les flonflons du bal d’apres dîner,
timides ou nerveux, hardis, jolies ou laides.

Puis les guerres sont là, fauchant comme ouragan
les jeunes épis verts qui ne peuvent comprendre
qu’une fleur au fusil puisse rapidement
passer du bleu au rouge et flétrir sans attendre.


Tous s’en sont bien allés mais d’autres sont venus,
amours divers au coeur et musiques en tête,
pensant changer le monde et une fois de plus
croire comme leurs vieux que demain sera fête.
Ils sont mûrs aujourd’hui, ont grandi dans la paix,
pensent encor parfois à ces lointaines guerres
que leurs pères damnés ont porté comme faix
tout vieillis et blanchis, malgré eux forfaitaires.

Les doigts sur le clavier et le portable en main,
surfent sur internet, lancent des S.M.S.
zappant sur la télé en recherchant en vain
l’endroit où se poser sans connaître d’adresse.
Ils sont déniaiser bien plus tôt que parents,
les filles sont hardies, connaissant la pillule
et les garçons osés dans leur comportement
sont toujours comme avant tout aussi ridicules.
Ils pensent tout connaître et bien sûr tout savoir,
tout comme leurs parents en leur tendre jeunesse,
mais malgré leurs progrés, études et avoir,
sont eux aussi roulés avec belle allgresse
par les heurts de la vie sans aucune tendresse.

mercredi 21 juillet 2010

Voies

J’ai dans la tête des routes gravées
en un carnet de bord verrouillé et codé:
des routes blanchies par la poussière des ans,
pavées de cailloux polis et brillants,
érodées par le temps,
enlacées mollement en d’anciennes étreintes,
aux dos ronds de chats assoupis,
jalonnées de nombreux souvenirs.
Des routes toutes fraîches aux contours
et détours imprévus,
vierges dans leurs paysages neufs,
folles dans leurs embrassements,
noyées par l’azur d’un horizon sans fin,
imprévues mais chéries
en leurs destinations secrètes,
fleuries des bourgeons de l’amitié.
Toutes ces routes personnelles, réelles
ou inventées, longues ou fugitives,
royales ou plébéiennes, sont en moi
à l’abri des regards curieux et des convoitises.


Bien entendu, d’autres routes, trés nombreuses,
que je n’ai pas encore empruntées,
que mon imagination ignore pour l’instant,
existent: les routes poudreuses de la foi,
douloureuses aux pieds des pélerins
mais si légères à leur âme,
les roues déflorées, gémissantes
sous les souliers cloutés des aventuriers,
les routes aristocratiques, rectilignes
et sans voies secondaires,
les routes tortueuses des indécis et bavards,
les routes haïssables jalonnées
des hontes de l’exode et de l’exil,
les routes croisées des amants fugitifs,
celles perdues des époux séparés
ou celles coupées par la viduité ou l’orphelinat.

Que de chemins à parcourir encore.
En aurai-je le temps,même par la pensée,
avant de prendre le dernier,
celui qui ne mène nulle part, mais
que tous,un jour ou l’autre,
nous suivrons.

vendredi 16 juillet 2010

Les hommes

Ils étaient fils du ciel
et du vent
de l’eau du feu
des éléments
la terre était leur mère
la mer les nourrissait
d’espoir et d’aventures
le temps de patience
et de savoir
la nature de ses secrets.


Ils travaillaient dur
toute leur vie durant
mais arrivaient au bout
en ayant su pourquoi
et s’ils étaient parfois
déçus et mécontents
du moins ils se quittaient
pleinement satisfaits.


Ils sont fils de l’argent
et des papiers
du temps trop court
des longs discours
du stress
et de la machine
ne savent plus manger
boivent de la bibine
du vent ils ne connaissent
que bise et courant d’air
de l’amour que le sexe.
Il faut leur pardonner
ils sont conditionnés.


Ignorent le passé
vivent mal le présent
et n’ont point d’avenir
ne savent plus compter
sauf leurs intérêts
vont conquérir la lune
sans prévoir le futur
jouent avec le feu
laissent la terre en friches
mettent l’eau en bouteilles
pour “sources” de profits
ne peuvent plus pleurer
de ne pouvoir en rire
ils font de la prison
sans rime ni raison
ne s’avent plus s’aimer
encor moins s’accepter;


Mais où sont les moissons ?
et demain

de qui seront-ils les fils ?

S.O.S.

Croissez, multipliez,
petits verres au comptoir
soucoupes entassées
sur le zinc froid et nu;
vous êtes regardés,
comptés
par l’oeil noir de la loupe
des gens
bien intentionnés.

Moi, vous aimant bien
depuis trois-quarts de vie
je vous ai tous sifflés
mais le vent dans les voiles
a poussé ma chaloupe
si fort sous les étoiles
qu’elle en a chaviré
en noyant mon chagrin
d’avoir trop attendu
votre présence en vain.

J’ai perdu connaissance
en rêvant à des verres
à moitié vides, à moitié pleins,
à des seins espérés
me laissant en souffrance
sur le bord du chemin.

Si vous passez par là
prenez-moi par la main.

mercredi 7 juillet 2010

Les bruits familiers

Les perçoit-on encor tous ces bruits familiers
qui ont bercé les nuits d’une assidue présence
et peuplé tous les jours de leurs sons réguliers
notre petite enfance et notre adolescence ?

Dans ce monde en folie qu’adultes avons construit,
où tout est si bruyant aussi bien qu’insensible,
plus personne n’écoute et n’entend plus autrui;
un silence parfait, néant irrépressible.

S’il en existe encor, certains ont disparu,
alors fermons les yeux, bouchons-nous les oreilles
et disons-nous qu’un seul suffit d’être entendu
pour nous faire entrevoir les plus belles merveilles.

Oh ! les feuilles rouillées qui par un soir d’automne
chutent, froissent au sol par un floc trés léger
le tapis de leurs soeurs en un souffle épuisé
d’avoir eu à tourner la valse monotone,
chiffonnant l’air tiédi comme ailes d’éventails,
laissant les arbres nus tels des épouvantails.

Lorsque le vent descend en hurlant en sourdine
et se souille de suie dans les conduits étroits,
par une claire nuit où au-dessus des toits
la pleine lune luit, son haleine maline
caresse comme amant les braises assoupies,
par des lutins dansant sur les tapisseries.

En bois ciré ou peint, les pendules étroites
au balancier cuivré, au va-et-vient trés lent,
fatiguées par les ans, baissant la tête aux champs
ou se dressant en ville en conquérantes droites,
égrènent les heures tout en carillonnant
et de jour et de nuit, toute la vie durant.

Tout au long de l’année s’élèvent de la rue
les appels et les cris de modestes marchands
offrant leur éventaire attirant les chalands
par un brin de mystère en leurs mots et tenues;
ferrailleurs, vitriers, vendeuses de sardines,
rémouleurs, peaux d’lapin, ramoneurs, gourgandines.

Le long des avenues qu’ombragent des platanes,
guidés par des jurons, circulent des charrois
martelant le pavé sans aucun désarroi;
ahanant sous l’effort, chevaux aussi bien qu’ânes,
vont tirant de lourds poids; les claquements des fouets
zèbrent l’air tout vibrant pour le faire chanter.

Durant les mois d’été, les causettes feutrées
sur le pas de la porte, en rond sur le trottoir,
sont musiques douces que chante le terroir
aux oreilles tendues, aux jeunes bouches bées
des enfants attentifs, pelotonnés à terre,
buvant tous ces récits plusieurs fois séculaires.

Dans le port échancré en beau croissant de lune,
abritant des bateaux venus du monde entier
qui hissent les couleurs et baissent le hunier,
les pavillons flottent, claquant au mât de hune.
La sirène avertit, rugissant par trois fois,
lorsqu’un départ a lieu dans la purée de pois.


Le vif grésillement de la corne brûlée
par le fer rougeoyant appliqué au sabot
d’où sort l’âcre fumée se formant en halo
autour de la braise et de la bête entravée.
L’enclume martelée carillonne en cadence;
gerbes d’étincelles, étoiles d’espérance.


Et pourtant le berger là-haut sur les alpages,
assoupi et rêvant prés de son feu de bois,
sait où va son troupeau, même s’il ne le voit,
les sonnailles tintant où les bêtes pacagent.
Un sifflement aigu trouble seul son repos,
de marmotte alarmée jouant avec l’écho.

Sur les toits vermoulus, girou-ettes perchées
durant le long hiver, pivotent au doux vent
du printemps revenu; frêles pantins grinçants
par leurs boulons rouillés et jointures grippées;
ces baromètres mûs par des fils invisibles
font connaître aux hommes leurs travaux prévisibles.

mardi 29 juin 2010

Accablement

Ta large capeline estompe tes yeux rieurs
et tes narines nacrées, frémissantes,
mais tes lèvres vermeilles m’envoient
un baiser parfumé en forme de coeur
car ta main tiède et souple
se délie de la mienne,
abandonnant l’étreinte.

Je suis intimidé comme un adolescent.
Mon regard quémendeur
ne peut croiser le tien
qui se noie dans l’ombre.

Que fais-je là ?

Tes pas se font plus distants,
tes talons claquent comme des coups de fouet
sur mon coeur soudainement blessé.
Je suis ta silhouette
en trébuchant
sur ton ombre allongée,
puis sens mon corps trés las,
trés lourd,
qui se plie
et s’affaisse
lentement.

dimanche 27 juin 2010

Chants du soir

C’est la saison d’été, des travaux dans les champs
où la cigale chante et le grillon stridule,
quand la chanson d’amour transportée par le vent
fait naître fols espoirs dans les coeurs incrédules.

Sur la plaine assoupie le soir enfin venu,
s’élèvent de doux chants aux rythmes monontones;
humbles cantilènes, cantabiles émus
d’amoureux éconduits réclamant des aumônes,
à celles qui le jour les prennent dans leurs rêts
de leurs rires mutins, de leur rouerie moqueuse,
sans pour autant offrir un seul de leurs baisers
à ces galants transis dans leur quête amoureuse.

dimanche 20 juin 2010

Message d'anniversaire

Né le jour du printemps parmi les hirondelles
le vingt et un mars en mil neuf cent vingt-six,
j’ai appris à voler, seul, de mes propres ailes
pour arriver à vous depuis ce temps jadis.

Déposé par le ciel dans la bercelonnette
d’un modeste foyer soudainement heureux,
ce jour fut éclairé d’une beauté discrète
filtrant d’un doux soleil poussant de jeunes feux.

L’hiver mourant s’en va, emportant sous l’aisselle
son lourd fardeau de pluie, de froidure et de vent,
laissant une livrée dont tout l’or étincelle
en me vêtant, enfant, jusqu’à la fin des temps.

L’été est bientôt là, tout gonflé des promesses
de ses fleurs, de ses fruits, de ses coteaux vineux,
de ses parfums de rose et multiples ivresses
qui font d’un homme jeune un être tout joyeux.

Les combats, les ennuis et les lourds sacrifices
qui pour chacun de nous font un bien triste lot,
ont été dispersés sans aucun artifice
par mes rimes cousues de guirlandes de mots.

Toutes les aurores font mille fleurs éclore
et ma muse apparaît des joyaux dans les yeux,
jusqu’aux soirs apaisés le poète élabore
et à la nuit venue allume tous ses feux.

Il faut être trouvère et garder à l’automne
les plaisirs de l’amour, les fruits dans les vergers,
les désirs aussi vifs, les teintes que se donne
la nature assoupie , aprés les jours d’été.

Puisse le temps d’hiver revenir sans trompette,
ramenant avec lui de purs et blancs flocons.
Soyons sages, discrets, en vrais amis honnêtes
aimons-nous sans compter, pour recevoir, donnons.

Être bien dans sa peau sans faire de courbettes.
Alea jacta est, passons le Rubicon.

mardi 15 juin 2010

Assistants/Assistés

Il n’y a plus de flammes
dans le regard des autres
il n’y a plus d’allant
dans les pas des copains.
Pour une main tendue
dix qui se referment
pour un cri arraché
vingt sont retenus
quand une porte s’ouvre
combien restent fermées !
Si on embauche un homme
cent sont licenciés
si un foyer accueille
vingt sont à ouvrir.
Plus on veut sauver
le commerce de proximité
plus les grandes surfaces
inondent le marché
plus il y a de vitrines
moins sont les acheteurs
plus s’ouvrent de restos
plus le sandwich se mange
plus longues sont les études
plus l’avenir se bouche
plus le bénévolat s’accroît
plus l’officiel s’efface
quand l’assistanse augmente
plus la liberté diminue.

Qui sont les plus gueulards
les jeunes qui font peur
qui n’ont pas de passé
mais ne voient rien devant ?
Qui sont les plus râleurs
les vieux qui nous irritent
qui ont un long vécu
mais n’ont plus d’avenir ?
Ils roulent tous un peu
les uns par leur jeunesse
les autres sur leur lancée
moteur coupé et au point mort.
Petits boulots indéterminés
sales travaux déterminés
emplois de proximité
chaîne de solidarité
chaîne de ceci ou bien de cela
chaînes sans maillons.

L’eau coule sous les ponts
emportant les plus faibles
et des trottoirs perdus
pour ceux qui n’y croient plus
et des cartons pisseux
pour s’abriter un peu
et des bancs vermoulus
pour le dernier sommeil.

Plus d’assistés que d’assistants.

Quand surviendra l’explosion
IL SERA TROP TARD !!

dimanche 13 juin 2010

Anniversaire

Mon fils a quarante ans, un âge raisonnable
où il espère encor profiter d’un bon vent
pour guider sa barque de façon convenable
en compagnie des siens pour un bon bout de temps.

Au mitan de sa vie par son regard affable,
il juge son passé et conduit le présent
afin que le futur ne soit pas redoutable
pour lui-même et les siens, surtout ses deux enfants.

Il porte sans broncher les tares détestables
léguées à sa naissance en direct d’ascendants,
multipliées par quatre en un faisceau coupable
mais contenant aussi des mérites patents.

Il écarte les sots, écoute en responsable
les sages et anciens, leurs lois et fondements;
il sait qu’il leur en est plus ou moins redevable
quand devant les soucis il fait front crânement.

Il soigne ses amis, leur offrant bonne table,
apprécie le bon vin, goûte le temps présent
sachant pertinemment que la chose agréable
ne peut durer longtemps en ce monde impudent.

Ce fils là, devant moi, cet homme indéchiffrable
que je revois pourtant encor en ce moment
en mignon chérubin, petit ange adorable,
a grandi bien trop vite, à mon corps défendant.

mardi 8 juin 2010

Mauvaise conscience

Par une nuit sans lune
de froidure et de vent
à l’entour de Noêl
j’eus honte de savoir
où me portaient mes pas
dans la maison bien close
au lit douillet profond
où tu dormais déjà
pure sereine et nue.

Tous me tendaient leurs mains
avec des yeux trop grands
et des ventres trop creux.
Tous gémissaient faiblement
comme bise sous la tuile
en martelant leurs ombres frêles
de leurs pieds nus rougis
tout glacés par la neige
autour d’un brasero mourant.


J’eus honte de passer
tout raide d’égoïsme
cuirassé de morale
les lèvres pincées
devant les souffreteux.

J’eus honte de me vautrer
dans la tièdeur des draps
dans l’odeur de ta chair
et du contact des cuisses.

J’eus honte de m’assoupir
aprés t’avoir baisée
dans les plis de ton cou
aprés avoir posé
ma main sur ta hanche.

J’eus honte ....
et puis c’est tout.

On oublie si vite !

samedi 5 juin 2010

Les tableaux de Vincent

J’ai vu la cime des arbres fouettée par le vent
se courber en des attitudes plaintives
comme la silhouette des deux paysannes
ramassant la tourbe en un triste paysage,
lourdes pelotes noires accrochées à la terre.

J’ai vu les objets quotidiens, décor mélancolique;
les pichets de terre brune et les cruches d’étain,
les bouteilles de verre et les bols de faïence.

J’ai vu deux chaises vides posées de travers,
l’une de paille jaune, l’autre rouge et verte
semblant inviter par un geste invisible
Gauguin à s’asseoir pour un dialogue impossible.

J’ai vu des visages fanés, les rides de la fatigue,
les regards éteints, résignés, sans aucune lueur,
sans espoir, se poser sur les pommes de terre fumantes.

J’ai vu bourgeonner dans son beau vase bleu
l’élégant rejet d’amandier puis les vergers en fleurs
de la fête japonaise, s’exaltant à la recherche
de l’éternel dans l’éphémère, ou l’inverse,
impressionisme de la peinture, de la lumière et de l’espace.

J’ai vu la maison jaune toute revêtue de l’or du Sud,
prête à accueillir l’irréalisable phalanstère espéré
où les tournesols jouent le contraste des complémentaires
peints à " l’aurore aux doigts de rose, fille du matin."

J’ai vu le halo des bougies plantées sur le chapeau de paille
dansant en éclairant la toile où viennent se poser les étoiles.

J’ai vu la nuit scintillante exorcisant le vieux mur d’enceinte
du refuge de Saint-Paul où cyprés et clocher se dressent,
paratonnerres énergiques contre les forces cosmiques
des astres de la nuit et où l’on découvre, émerveillés,
la mer calme des oliviers et les douces ondulations
d’un lointain mais nouvel horizon.

J’ai vu dans les blés, les bouquets et les fleurs
des jaunes chaleureux et des jaunes sauvages;
dans les roses, les iris, les vignes et les prés,
des violets ruisselants et des verts attendris;
dans les gerbes couchées et dans les cieux vibrants,
des jaunes soufrés, des turquoises et saphirs scintillants;

J’ai vu enfin le vol lourd des corbeaux
s’inscrire en bousculade sur le feu d’un champ de blé
écrasé par l’encre d’un grand ciel orageux.
Toute la tristesse et la solitude extrème réunies.

vendredi 4 juin 2010

Cadeau hésitant

Si j’avais une rose, ce matin, à t’offrir....

Si j’avais ce matin à t’offrir une rose....

Si j’avais une rose à t’offrir ce matin....

Si ce matin j’avais une rose à t’offrir....

Ce matin, si j’avais à t’offrir une rose....

etc...etc...etc...



Voilà, c’est fait;



Ce matin je t’ai offert un bouquet de roses.

mercredi 2 juin 2010

Aube

Ta chevelure est la couche
d’où la brume se lève

Tes yeux sont les miroirs
où l’aurore se coiffe

Tes narines sont les réceptacles
d’où les parfums s’exhalent

Ta bouche est une coupe
où la rosée se pose

Ta peau est le satin
où le rayon s’enflamme

Ton ventre est le berceau
où va naître le jour

Ta poitrine est le sein
où s’allaite l’espoir

Tes cuisses sont les nymphes
de la terre en éveil

Tes jambes sont les trompettes
de l’amour renaissant

Tes pieds sont les cymbales
de l’hymen annoncé

AUBE TU ES LA VIE

mardi 1 juin 2010

Memento, homo,quia pulvis es et in pulverem reverteris

Pour un amour perdu
dix de retrouvés
mais chacun est exclu
d’arriver le premier

Pour un brin de doigté
combien de maladresses
font qu’un lot de pitié
engendre la détresse.

Pour des larmes séchées
un jour par une joie
combien de cils mouillés
alourdis tant de fois.

Pour gagner le repos
à la fin de sa vie
que d’années sur le dos
d’un labeur sans sursis.

Pour un fauteuil vacant
combien de coups de coude
sont donnés méchamment
par ceux qui s’y accoudent.

Pour ne pas refuser
ce que les uns envient
il ne faut murmurer
ce que les autres crient.

Pour crier au voleur
il faut voler soi-même
et entrer dans le choeur
dans le coeur du système.

Mais ne nous attristons pas
laissons là nos querelles
et prenons nos repas
à la même gamelle
car enfin arrivera
pour chacun d’entre nous
le moment du trépas
où nous irons au trou.

lundi 31 mai 2010

Une halte à Grenade

Nous sommes à Grenade mais sais-tu
que sous son doux et profond ciel pervenche
les maures, depuis si longtemps vaincus,
prennent encore une belle revanche ?
Le Darro roule des paillettes d’or
et le Genil des pierres argentées;
fruits, fleurs et grains sont le réel trésor
qu’ils apportent en leurs eaux enlacées.

Sur l’éperon rocheux dominant le Darro
les rouges tours carrées jalonnent les murailles,
bornent des cellules renfermant des joyaux
tels beaux fruits d’ori-ent vous offrant leur grenaille;
Tous les sens en éveil et le pas mesuré,
nous parcourons les cours et les nombreuses salles,
croisant au passage quelques rires légers,
des effluves de nard, odeurs ori-entales.

Azulejos vernis, pendantifs ciselés,
arcs outrepassés, arabesques trés fluides,
par l’ombre et la lumière jouent à se cacher
dans des senteurs d’ifs chauds et de marbres humides.

Du balcon d’Aïcha nous sommes arrivés
dans la cour des li-ons dont l’ombre indique l’heure,
par des couloirs dallés aux plafonds ouvragés
de beaux marbres turquin que notre main effleure.

Les hauts palmiers de l’Alhambra balancent,
au-dessus des murs de l’Alcazaba,
leurs grosses têtes, toutes en cadence
afin de saluer la vieille tour Vela.


A l’ombre parfumée des jasmins,
viens te reposer un peu, ma fille,
prés de ces touffes de romarin,
de lavande puis de potentille.
Assieds-toi sur cette pierre plate
bien rafraîchie par le vent du soir,
dénoue ta chevelure sans hâte
puis interroge le fin miroir.

Tes mèches folles, épis ambrés,
ondoient à la brise légère
tandis que leurs blonds reflets dorés
sont comme mille lames berbères
moissonnant des roses en bouquets
pour nourrir des rêves éphémères.

L’eau murmure, chuchote et puis pleure
dessous les grands lauriers blancs fleuris;
écoute, observe, il est bientôt l’heure
où la nature vibre et frémit.

Les citernes se dressent encor
dans Albaïcin aux rues pentues
et cachent les somptueux décors
des patios des Carmen entrevues.

Entends-tu, là-bas, vers la plaza Larga
le rythme poignant du Cante Jondo,
voulant faire écho à la plaza Nueva
et à ses airs bruyants de flamenco ?


Les frais jaillissements des fontaines
et le double arc-en-ciel des jets-d’eau
sont comme une poésie sereine
en ce calme et somptueux tableau;

L’eau du bassin se ride, tu as froissé ton miroir
en y jetant cette rose happée par la fée du soir.

Mais sois heureuse car tu as vu
les neiges mauves de Nevada
se marier une fois de plus
au rouge brique de l’Alhambra.

Il nous faut repartir, recoiffe-toi, ma mie;
ton corps grisé par toutes ces sensations
frissonne de bonheur à l’appel de la vie.
Loin, les lueurs clignotantes des lampions
piquètent le Sacromonte, puis irradie
ton regard enivré de mille visions.

vendredi 28 mai 2010

Révolution et anarchie

L'ignorance a créé les dieux
et le système autoritaire,
forçant les hommes à se taire
sous des jougs les asservant mieux.

Leurs droits existent bel et bien
et si la lutte pour la vie
n'est que sevrage et frustrerie,
ils briseront un jour leurs liens.

Ils seront alors affranchis,
s'enrichiront de connaissances
bien dispensées par des Sciences
aux horizons trés élargis.

Le Travail aux fruits savoureux,
la Culture aux fleurs parfumées
seront moissons inespérées
pour soulager les maux des gueux.

Mais il faut être vigilant
car ces innombrables richesses
peuvent engendrer des détresses
si réparties injustement.

Ils sont de moins en moins nombreux,
ont de plus en plus d'opulence,
vivent fort bien dans l'abondance,
confisquant tout aux malchanceux.

L'honnêteté n'est pas leur fort,
cynisme et pure hypocrisie,
cupidité et frénésie
à dépouiller même les morts.

Mais si les loups sont au Pouvoir,
coquins faisant vite fortune,
les petits,nourris d'amertume,
pourraient bien un jour recevoir.


jeudi 20 mai 2010

Petite musique

Petite musique, petite musique
de l'air du temps
accroche tes croches
au fil des jours,
refais tes gammes
va chantant
l'amour,l'amour,l'amour.

Tourterelles,colombes amies
vos coeurs s'ouvrent à l'aube
des noces de la vie,
la braise de vos yeux
fond le givre fin
et recouvre de miel
les tourtereaux transis.

L'eau pure coule
comme volée de cloches,
comme fleurs d'oranger
sous la brise levée.
L'amour,cette fleur d'or
a troublé vos sommeils
mais cousu des dentelles
à vos robes de noces.
Coeurs
meurtris,déchirés,
aux épines des roses
les soirs de pleine lune
aux bords des lacs gelés.
Chairs blessées et saignées
par le froid du dédain,
le silence,
la solitude,
le sel de la rupture.
Noces de vie et de sang
où coulent dans les veines
amour,rage et volupté.
Fleurs déchiquetées
jetées aux quatre vents.

Tout brûle,tout étincelle,
cris de joie ou d'angoisse,
de désir ou de haine,
ah! démon!!
Tout s'arrête,tout s'éteint
tout s'apaise.
Lambeaux des sentiments
accrochés,épinglés
aux portées invisibles.

Petite musique,petite musique
de l'air du temps,
refais tes gammes
au fil des jours,
va chantant,
l'amour,l'amour, l'amour.

samedi 15 mai 2010

Anaïs

A quoi bon,pensa-t-il,et il se remit en marche de son pas souple et ample,malgré sa taille moyenne.Quelques flocons épars tombaient mollement ça et là et fondaient immédiatement au contact du sol boueux où ses semelles usées faisaient entendre un bruit de succion presque inconvenant qui le mettait mal à l’aise.
Il venait de quitter Anaïs brusquement aprés une violente dispute où les noms d’oiseaux avaient volé bien bas.Il ne regrettait rien et éprouvait même secrétement un soulagement.Il voulait déjà,depuis quelques jours,lui dire ses quatre vérités si une occasion se présentait,et en profiter pour rompre définitivement le lien de plus en plus ténu qui l’unissait à elle depuis bientôt un an.
Anaïs,petite rousse aux yeux vert d’eau et à la langue alerte se mouvant entre deux lèvres au sourire angélique,l’avait bel et bien emberlificoté en deux temps trois mouvements lorsqu’il était entré dans le magasin de chaussures où elle était commise. Ayant l’intention d’acheter une paire de souliers bas genre mocassins,de couleur fauve ou brun foncé,dont le prix n’irait pas au delà de cinq cents francs,il en était ressorti avec une paire de chaussures en cuir tressé de teinte noire et au crissement caractéristique du neuf, accompagnée d’accessoires superflus comme chaussettes en fil,tube de crème spéciale et brosse à reluire en soies de porc,pour la somme rondelette de mille cinq cents francs,insoutenable et suicidaire pour son modeste morlingue .Il n’avait vraiment touché la réalité du doigt qu’en entrant dans son minuscule garni de célibataire que lui louait Madame Germaine Darricault,propriétaire de l’immeuble et pimpante quinquagénaire qui lui témoignait sa sympathie par des prévenances et attentions sucrées à lui seul réservées.
Dès le lendemain il retourna au magasin sous prétexte que les souliers le blessaient légèrement et essaya une demi-pointure supérieure,tout en se rinçant l’oeil,comme la veille, en le laissant plonger dans le décolleté béant où se bousculaient en toute liberté deux splendides seins d’allure coquine,puis en le faisant errer plus bas,entre les genoux ronds délicieusement écartés,filer le long des cuisses lisses et blanches pour,enfin,le laisser effleurer délicatement le temple de Vénus en un cillement humide.Trois jours plus tard,il pouvait à loisir caresser,cajoler, bécoter ces charmants appas entr’aperçus,dans la minuscule chambrette que louait Anaïs,au cinquième étage sans ascenseur d’un immeuble situé à dix minutes à pied de son propre garni.La jeune fille était d’un gros appétit amoureux et ne se sentait satisfaite et comblée qu’aprés au moins sa troisième jouissance.A ce régime,pour faire face à la demande,il dut passer la surmultipliée qui,trés rapidement,ne soutint pas le tempo élevé et lui fit plier les genoux et demander grâce.Il coulait à vue d’oeil et son propre désir,pourtant ardent au début,se transforma en pénible et astreignante corvée,aprés quelques semaines de cet exercice physique éprouvant.Il comprit qu’il n’était pas apte à satisfaire les besoins de sa partenaire et essaya en vain d’espacer les rendez-vous,sous divers prétextes,mais Anaïs venait le relancer chez lui et il dut,à plusieurs reprises,essuyer quelques remarques désobligeantes de sa propriétaire,plus ou moins vexée et jalouse.En toute ingénuité,la jeune amoureuse lui avoua qu’elle n’avait pas connu avant lui une aussi agréable frénésie physique et qu’elle comptait bien rattraper le temps perdu.Il n’avait que quelques jours de répit tous les mois mais c’était insuffisant pour recharger les accus,d’autant plus que,prétextant n’être qu’une égoïste ne lui rendant pas le dixième du plaisir qu’il lui procurait,elle s’ingéniait ces jours là à lui faire des tas de cajoleries mignardes suivies de voluptueuses caresses sensuelles.Il ne savait plus à quel saint se vouer et ce corps charmant si attirant qu’il avait tant désiré au début,lui donnait maintenant la nausée.Il sentait croître en lui un rejet,une répugnance se transformant en une véritable aversion vis-à-vis de sa compagne.
Il avançait toujours et pataugeait dans la gadoue,tout absorbé dans ses pensées chagrines et vindicatives.Il n’avait pas de but et allait au hasard.Il sentit brusquement le froid lui mordre les mollets et monter jusqu’à ses genoux.Ses pieds étaient déjà glacés et trempés par la neige fondue.Il entendit à nouveau le bruit de succion encore plus incommodant que ses oreilles ne purent supporter davantage.Il ôta ses souliers sans même les délasser,en un geste rageur,et les pigea sur la fourche d’un arbre.Cela le soulagea un peu car il eut l’impression par ce mouvement effectué,de se débarrasser d’une partie d’Anaîs.Les fines semelles avaient rendu l’âme en douze mois,tout comme sa fiévreuse appétence vers elle s’était transformée peu à peu en un désir délitescent.
Il errait depuis un bon bout de temps le long des rues lorsqu’il s’arrêta soudain,indécis.Il ne s’était pas rendu compte que ses pas l’avaient conduit devant le magasin de chaussures,lieu de départ de son infortune.Bien entendu Anaïs ne s’y trouvait point puisqu’étant de repos et qu’il l’avait quittée deux heures auparavant.Par contre il aperçut Madame Darricault,habillée d’un tailleur trés strict de couleur bordeaux,qui essayait une paire du chaussures de même teinte,aux talons bottier.Machinalement,il entra dans la boutique et s’assit sur la banquette d’essayage en ne cherchant pas à cacher ses pieds recouverts de chaussettes boueuses,traouquées et dégoulinantes.Sa propriétaire le reconnut et devina tout de suite l’errance de sa pensée et le désarroi de son corps.Elle régla son achat et,pendant qu’on le lui empaquetait,elle s’approcha,lui prit les mains glacées dans les siennes,lui plongea son regard plein de tendresse dans les yeux et lui sourit affectueusement.Un certain bien-être coula en lui et il sentit une douce tiédeur envahir ses membres et son coeur.Il voulut expliquer mais elle lui apposa une main gantée sur les lèvres puis lui retira l’une aprés l’autre ses chaussettes,véritables gueilles terreuses.Elle demanda à la commerçante d’en apporter des neuves et lui en fit enfiler une paire qui lui semblèrent bien douillettes;ensuite,aprés un signe de connivence,elle fit présenter des souliers bas,de sport,dans lesquels il se sentit aussitôt à l’aise.Elle régla le tout,prit son paquet et lui tendit la main tout en le faisant sortir devant elle.Ils rentrèrent ainsi chez eux côte-à-côte,sans mot dire,elle trés droite et le regard devant,lui tête penchée et le regard au sol.Elle l’invita à entrer dans le coin salon où trônait,sur un piédestal d’albâtre,une grande poterie vernissée garnie d’un énorme bouquet de fleurs séchées.Elle lui indiqua de la main un fauteuil club en peau de vachette,prés du radiateur,puis s’esquiva.Lorsqu’elle reparut,elle avait troqué ses souliers contre une paire de mules en cuir rouge,à hauts talons compensés et sa veste bordeaux contre une veste d’appartement en brocart noir,orné de fins ramages et aux manches bouffantes.Elle portait un petit plateau laqué noir sur lequel une grande tasse en porcelaine de Chine,au décor rouge,était pleine aux trois-quarts d’un vin chaud parfumé à la cannelle.Il se laissait faire,éprouvant un bien-être grandissant.Sa rage désordonnée était tombée ,son pouls assagi et sa tête éclaircie;il était bien,son corps se détendait,ses muscles se dénouaient et il ne pensait à rien.Une fois encore,il tenta d’expliquer mais elle l’arrêta de nouveau de la main et lui dit qu’elle l’écouterait plus tard lorsqu’il serait tout à fait calme et reposé.Elle l’accompagna jusqu’à sa porte,lui dit quelques mots apaisants puis,spontanément,le baisa au front d’un doux et long baiser maternel.
Il prit une douche trés chaude,laissa couler l’eau longuement,puis se tamponna tout le corps avec une serviette éponge,se frictionna le cuir chevelu,lança le sèche-cheveux trente secondes et termina en s’aspergeant d’eau de toilette à la lavande.Il se sentit renaître,tout neuf,tout vierge;il se coula tiède et nu,entre les draps et,comme au temps où il était en pension au lycée,ferma les yeux sur l’image de BB déshabillée;ses quinze ans lui remontèrent à la gorge en un fougueux hoquet,son sang s’échauffa,les formes incomparables de la star si souvent étudiées s’imposèrent,si présentes qu’il étendit instinctive-ment la main.Aussitôt tout bascula:il se trouva agrippé par des doigts impatients,une bouche avide se colla à la sienne,une cuisse frémissante se coula entre ses cuisses,deux seins lourds mais fermes s’écrasèrent sur sa poitrine et une douce toison caressa son sexe.A son tour il s’amarra au corps nu étendu à côté du sien,le chevaucha en une folle cavalcade,en une étreinte passionnée,comme en un rêve,un rêve ancien enfin réalisé;son imaginaire l’entraînait loin,bien loin en arrière et il n’entendait pas la voix vibrante d’Anaîs,spalmodiant entre deux petits cris jouissifs:mon chéri,mon chéri,tu es revenu!!

Glossaire

Commise = Vendeuse

Morlingue = Porte-monnaie

Couler = Maigrir

Piger = Percher,jucher (par lancement) un objet sur un arbre,un toit,etc...

Traouquées ou trahouquées = Trouées

Gueille = Chiffon,guenille

Le petit chat

Je suis un petit chat qui aime le lait frais,
je joue avec ma queue,je jongle avec la balle,
orne mes moustaches de toiles d'araignées
en passant sous l'armoire ou derrière une malle.

Je fais de l'escalade en grimpant aux rideaux,
mes griffes acérées blessent les pieds de table,
je poursuis les lézards,bondis sur les oiseaux,
la mouche,la fourmi,la guêpe redoutable.

Quand je suis fatigué d'avoir autant joué
je vais dans mon panier,le nez entre les pattes,
rêver au souriceau surpris dans le grenier,
d'avance en déguster la chair fort délicate.

dimanche 9 mai 2010

Vieux randonneur poète

Je connais un barbon
au faîte de sa gloire
qui allant au charbon
n'a pensé qu'à y croire.

D'y croire en adhérant
de son coeur,de son âme,
et chercher,cheminant
une fin à son drame.

Son drame personnel
dont l'issue le rebute,
se sachant bien mortel
dans le cas de culbute.

La culbute ou le plongeon
n'est pas un art de vivre;

poète ou vieux barbon,
faut marcher seul et libre,
randonneur et félibre,
en queue du peloton



Ambiance d'août


Plantes sauvages cueillies sur les chemins de l'errance
en un bouquet d'amour où mon coeur s'offre à toi.
Tout invite à la joie,le ciel inspire au repos,
la terre s'enivre de ses propres senteurs
d'herbe sèche,de fruits mûrs et de menthe foulée.
Ton rire est si léger,ta peau si bellement hâlée;
les rayons de soleil sur tes beaux yeux se posent
et paraissent étonnés de pouvoir s'y mirer,
nous sommes au mois d'août et tout vibre alentour:
l'air de mille poussières irradiées de lumière,
d'insectes évoluant en escadrons serrés,
de grillons stridulant en cadence à l'ombre de leur trou,
de sauterelles se balançant en haut de tiges grillées,
de bêtes à bon Dieu dévorant patiemment des pucerons étourdis.

Allongée parmi les épis barbus et les coquelicots ardents
se voyant à nouveau aux bords des chemins poudreux,
auréolée de ta lourde chevelure dorée,
ta beauté s'épanouit comme grenade éclatée,
comme pruneau bronzé sur la claie réchauffée,
comme brugnon pulpeux que mes mains vont cueillir
pour l'offrir à mes lèvres altérées et follement gourmandes.

jeudi 6 mai 2010

Hospitalité

Si tu viens à pousser ma porte,
sois le bienvenu en ce lieu
car à mes yeux ce qui importe
c'est que l'accueil soit chaleureux.

Assieds-toi à la table d'hôte,
lampe ma soupe et rompt mon pain,
fais attention au coup de glotte,
vide ton verre et bois mon vin.

Essuie ta lame et tes moustaches,
rote un bon coup,ton ventre est plein,
déplie tes jambes comme arches
où viendra se couler le chien.

Prends mon tabac, bourre ta pipe,
lance des ronds vers le plafond,
mais si jamais tu fais la lippe
alors crois moi, je suis bien bon !

jeudi 29 avril 2010

Annette

Elle se prénommait Annette et venait de coiffer Sainte-Catherine.Elle était la fille de Madame Lamassoure,professeur de piano et veuve.J’avais fait sa connaissance au bal du 14 juillet,aprés avoir tourné une valse avec sa mère qui m’avait été présentée par mon oncle Marcel, quinquagénaire trés vert et également veuf,qui lui faisait discrètement un brin de gringue.Au dire de mes amis la connaissant peu ou prou,la jeune fille ne fréquentait pas.Jamais aucun d’eux ne l’avait aperçue avec un garçon de son âge,aussi le fait de la voir dans mes bras une bonne partie de la soirée,les rendit perplexes et quelque peu jaloux.Ils en déduisirent qu’un beau poisson venait de mordre à mon hameçon.
Beau poiscail,assurément,que cette grande fille au corps bien proportionné,à la longue chevelure couleur de miel ancien sentant la cannelle,lui battant le bas du dos,au regard angélique tenu presque toujours baissé mais dur à soutenir lorsqu’il se posait sur vous et que passaient dans le vert-jade de ses pupilles des étincelles dorées ou des lueurs d’acier d’aprés-midi orageuse d’un caniculaire mois d’août.Je m’étais rendu compte et avais apprécié la souplesse de son corps,la fermeté de sa hanche déliée,la chaleur de sa cuisse nerveuse en la tenant enlacée.Un plaisir évident et une joie visible se dégageaient de tout son être.
Elle était première secrétaire à la Sous-Préfecture, place obtenue d’une part grâce à ses diplômes et d’autre part à la mémoire de son père,lieutenant de gardes maboules, décédé à la suite de blessures reçues au cours d’une dure et âpre manifestation du Front Populaire.Elle ne sortait que rarement et toujours chaperonnée par sa mère avec qui elle vivait dans un appartement douillet du centre ville dont la pièce principale était le salon de musique où trônait un magnifique pleyel.Ses collègues de travail relataient sa gentillesse permanente,même dans ses directives et ses ordres,sa modestie dans son maintien,sa fermeté et son impartialité dans ses propos,son caractère égal,son dévouement à la moindre cause lui paraissant humaine,mais regrettaient tout de même,surtout les hommes,un sérieux de l’ensemble trop poussé pour son âge et sa situation.
Je m’inscrivis aux cours de Madame Lamassoure dans le seul but de pouvoir renouer contact avec sa fille,à raison de deux leçons par semaine entre dix-neuf et vingt heures.Etant le dernier élève de la journée,le professeur se détendait quelques minutes et nous terminions la leçon par un bavardage léger en attendant que mademoiselle Annette vienne annoncer,passé vingt heures,que le manger était prêt et la table prête.Je prenais congé de la mère tandis que l’occasion impatiemment attendue me permettait d’avoir le tête-à-tête espéré avec la fille me raccompagnant à la porte.Je profitais de ces deux à trois minutes pour lui glisser une ou deux galanteries bien préparées à l’avance.Je m’aperçus trés vite qu’elle-même devait contenir une égale impatience vis-à-vis de ce court moment d’intimité,par une certaine fébrilité apparente à venir faire son annonce rituelle de plus en plus tôt,rendant de plus en plus brefs les bavardages entre sa mère et moi,si bien qu’un soir le professeur maternel lui fit remarquer qu’elle allait finir par me donner l’impression désagréable que l’on voulait se débarrasser de moi.Pour effacer ce possible mauvais effet,je fus invité à prendre un verre de porto.Je profitais de ce délicieux moment pour annoncer que sept à huit camarades et moi-même faisions,le prochain dimanche,une sortie pique-nique organisée par mon oncle Marcel qui se chargeait du transport de la troupe en charrette jusqu’à un cingle de la Dordogne où un gravier peu connu,s’étalait sur une cinquantaine de mètres.J’invitais ces dames à y participer. Madame Lamassoure déclina l’offre en prétextant que cela pourrait faire jaser et que parmi toute cette jeunesse elle craindrait de ne point se trouver à l’aise.Elle donna toutefois l’autorisation à sa fille qui acquiesa de la tête tout en la remerciant regard baissé.
Le dimanche enfin là,nous partîmes à onze dans le char à bancs de l’oncle,tiré par la vieille jument Rosette,et nous arrivâmes à destination lorsque le cagna commençait à devenir désagréable.Nous nous dévêtîmes aussitôt,garçons d’un côté et filles de l’autre, pendant que l’oncle dételait la jument afin qu’elle puisse aller en toute liberté,puis il déchargea les paniers de provisions ainsi que les couvertures écossaises,sans oublier la marijane de pinpin,produit de sa fabrication.
Nous prenions bien du plaisir dans une eau claire et fraîche,en nous ébattant comme canards dans une mare,avec force cris et battements de bras parmi des jasques étincelantes.L’un de nous proposa de rejoindre la rive opposée tout en s’élançant en un crawl saccadé et bruyant.Annette le suivit derechef en une brasse papillon coulée et efficace Jamais je ne me serais douté et je n’étais apparemment pas le seul,à voir les airs ébahis autour de moi,qu’elle était une aussi bonne nageuse,surtout dans une discipline si peu pratiquée par la gent féminine.Aux trois-quarts de la distance à parcourir,nous atteignîmes les uns aprés les autres,le fort courant venant buter et éroder la rive concave se présentant en un à-pic d’environ un mètre cinquante.De violents ragouils se déplaçaient constamment et des siphons se formaient ici ou là,disparaissant pour reparaître un peu plus loin.Certains nageurs,trés en forme physiquement,réussirent à passer et se hissèrent tant bien que mal sur le rebord herbu,haletants et épuisés aprés ce gros effort.
Je décidai,connaissant mes limites,de me laisser dériver par le courant tout en nageant vers la rive,afin de l’atteindre en douceur,sans précipitation.Je vis de loin les camarades déjà sur le terre-plein aider au fur et à mesure les arrivants à les rejoindre.Je pris finalement pied à deux cents mètres environ de là,fis quelques pas et m’étendis en plein soleil sur l’épais tapis vert d’où se dégagea aussitôt une exquise odeur de menthe foulée.Je fermai les yeux mais les rouvris soudain en percevant à mon côté un souffle saccadé.Je basculai sur le ventre et m’accoudai.Annette était étendue,bras et jambes en croix,la poitrine haletante,toute luisante et ruisselante,yeux fermés et bouche ouverte.Je me penchai et posai mes lèvres sur les siennes.Elle prit feu :s’agrippant à ma nuque des deux mains,elle colla sa bouche à la mienne,enroula ses jambes à mes jambes,frotta tout son corps au mien qui s’enflamma à son tour.Nous portions des maillots de bain d’une seule pièce avec bretelles hautes et jambes basses,ne laissant paraître que peu de chair.Elle gémissait faiblement comme un petit chiot qui choumique aprés sa mère.Ma main pétrissait son sein rond et ferme.
D’un seul bond nous nous dressâmes,alertés par les appels tout proches des camarades nous recherchant,puis ,nous écartant l’un de l’autre,nous nous allongeâmes à nouveau,bien séparés,regards vides et souffles courts.Nos visages cramoisis donnèrent le change et confortèrent les déductions de nos camarades qui se précipitèrent à notre aide,nous interrogèrent et ne se rassurèrent que lorsqu’ils nous virent debout et souriants.
-Eh bien ! dites donc,vous avez dû cravacher pour arriver jusqu’ici,nous avons appelé mais vous n’entendiez pas,vous étiez trop loin.Aurez-vous la force et le courage de refaire la traversée en sens inverse ?
_Certainement,d’ici le courant est bien moins fort.
Nous nous remîmes tous à l’eau et le groupe resta compact jusqu’à l’autre rive.Nous revinrent à pied vers l’oncle qui,tout seul,avait préparé une consistante craquade.

Glossaire

Faire du gringue = Courtiser

Poiscail = Poisson

Garde maboule = Garde mobile

Le manger = Le repas

Table prête = Table servie

Cingle = Méandre

Gravier = Banc de galets

Cagna = Grosse chaleur

Marijane = Dame-Jeanne,contenance de 2 à 3 litres,souvent clissée

Pinpin = Petit vin obtenu avec le même principe que la piquette mais sans fermentation
Jasques = Grosses éclaboussures

Ragouils = Tourbillons

Choumiquer = Geindre,gémir

Craquade = Gros casse-croûte,véritable en-cas

vendredi 16 avril 2010

Jeunes voisins

Garance et Antonin,Antonin et Garance
sont apparus un jour,com'ça,sans se presser,
en plein hiver frileux,brisant l'impati-ence
de leurs jeunes parents heureux mais fatigués.

Etonnement pourtant ,car tous deux sans vergogne,
nos petits angelots,d'un accord fraternel
ne voyagèrent point en un sac de cigogne
mais bien comme cadeau en hotte de Noël.

Eh! oui,cela existe encor, l'imprévisible!
Simon, le grand frère, vit en ces chérubins
le bonheur à venir et la joie indicible
d'en avoir deux d'un coup,Garance et Antonin.

mercredi 7 avril 2010

A mourir de rire

Il se plia, se tordit mais se redressa.

Il s’engoua, s’égosilla mais avala.

Il s’étouffa, s’essouffla mais respira.

Il éclata, se fendit mais pleura.

Il ouvrit grand la bouche, et trépassa.


Le rire est le propre de l’homme...