J’éponge ma vie au jour le jour aprés avoir cherché en vain le principal que je savais être dans l’amande et non dans l’écorce.J’ai bien essayé de me sortir du puits mais c’était tiré par les cheveux et mes efforts furent inutiles.Aussi,ai-je bien souvent songé à me tourner le dos.Si,faisant face à mon miroir,je n’apercevais qu’un masque incapable de répondre à mes questions,ou n’entrevoyais qu’un pâle reflet,mon trouble et mon incertitude grandissaient.
J’allais ainsi,pensant qu’il y aurait toujours des riches et des pauvres,des décorés et des tondus,mais espérant qu’un jour sans doute,les rôles seraient inversés.Mes pieds,bien ancrés dans leurs souliers de poussière,le nez levé et retroussé pour sentir d’où venait le vent et jouir ensuite de ce qu’il apportait,combien de fois ai-je pris ma vie à bras le corps,tout en donnant un chèque en blanc à la Mort.L’ennui,cette araignée silencieuse qui tisse sans fin sa toile,a piégé les mots que je n’ai pas su attendre,entendre et reconnaître.Seuls,certains,bien rares,ont su me piquer et me brûler.Mes textes sont restés longtemps,trop longtemps sur le feu et n’ont pu que s’envoler en fumée et devenir de pauvres et tristes cendres grises et froides.
Je n’ai pas osé prendre du recul,par lassitude ou paresse sans doute,afin de scruter mon sommeil devenu insomnie et d’analyser mes rêves d’enfant transmués en cauchemars d’adulte.Pauvre idiot,qui,par intermittence se reculait et se déplaçait pour se regarder écrire.Narcisse qui croyait apercevoir la Vérité dans le miroir aux alouettes de l’Art,c’est-à-dire ses propres traits.Pourtant,si j’avais un tant soit peu observé,je me serais rendu compte que mon regard ne décelait aucun autre regard,mais seulement un vide immense et insondable.
Ma vie,ma vérité,sont changeantes et sont comme les femmes qui ne se mettent plus nues elles-mêmes mais que l’on déshabille lentement.
Pour autant,tout peut encore changer,car il est beaucoup plus glorieux de construire que de détruire,et si l’on ne boit pas de vin,on ne peut en manquer.Aussi,mon naturel revenant au galop,je ne veux pas feindre sur mon visage des sentiments que mon coeur ne partage pas.N’est-il point vrai que si certains rient,d’autres pleurent,mais que tous disparaîtront ? Pourquoi vouloir se distinguer et espérer en tirer vanité,en mettant en scène et en les glorifiant ses propres défauts ?Le bonheur existe,et si petite que soit sa trace,on n’a pas le droit de l’ignorer,de ne pas la suivre et la partager.Fermez les yeux pour la tenir au chaud et regardez autour de vous;ne sont-ils pas nombreux ceux qui bossent et ceux qui y croient ? Les autres,ceux qui rament comme des forcenés,les largués,il faut que par toutes nos facultés,toutes nos envies,toutes nos énergies et par tous les moyens que nous pouvons,que nous devons inventer,les aider à se raccrocher au petit bout de fil ténu qui traîne encore ici ou là.
J’ai un nouveau voisin qui transforme et rénove l’intérieur de sa maison,nouvellement acquise;il entrecoupe ses coups de masse ou de burin par des coups de cymbales,alors que sa compagne joue une fugue au piano.Ils paraissent heureux,car de temps à autre ils font une pause pour se bécoter tendrement.Hier,ou avant-hier,est-ce que le temps compte,des musiciens jouaient aux carrefours et sur les places publiques,des bandas parcouraient bruyamment les rues en faisant éclater leurs cuivres;la “truite”, de Schubert,était reprise en choeur par des groupes de jeunes poursuivant leurs études et qui abordaient les passants tout surpris,en leur offrant diverses friandises et en leur récitant des quatrains légers.Des chiens tiraient sur les laisses pour entraîner leurs maîtres vers les sanisettes canines,laissant ainsi la possibilité aux amateurs de belle architecture,de pouvoir enfin lever les yeux vers les balcons,balustrades,corniches et frontons fraîchement ravalés.Toilettage des immeubles,réfection des artères bordées d’une double rangée d’arbres à fleurs,curetage du fleuve et de ses berges,enfin débarrassés de tous les immondices et carcasses rouillées.Tout est net,propre,sent bon,et l’angélique de l’estuaire peut prospérer dans les marais et tout au long des rives alors qu’on la disait en voie de disparition.Les enfants occupent royalement les larges trottoirs transformés en aires de jeux et font naviguer sur les eaux pures et limpides des caniveaux,de frêles embarcations de papier.Les roucoulements des pigeons amoureux,se rengorgeant devant les orifices de leurs colombiers spécialement édifiés à leur intention,concurrencent les roucoulades plus langoureuses des tourterelles sédentaires.Ces plaintes, douces et monotones,accompagnent les pas légers des piétons qui musardent et fredonnent,ayant le temps pour eux et même l’éternité.Aujourd’hui encore,un des rares automobilistes circulant en centre ville,roulant à faible allure de conserve avec un cycliste,tout en échangeant des propos amènes, s’arrêta et d’un large sourire accompagné d’un grand geste affable,me fit signe de traverser.Plus loin,un couvreur à l’ouvrage a garni son échelle et son échafaudage,de guirlandes de lierre et de chèvrefeuille toutes piquetées de boutons de roses,invitant ainsi les passants à franchir un véritable arc de triomphe fleuri.Les garçonnets aident les personnes âgées à porter leurs cabas et les fillettes font franchir les carrefours aux cannes blanches.
En fin de matinée,je décide de prendre le tramway silencieux et non polluant,peint d’un ton pastel différent pour chaque ligne,ce qui me fait songer aux collections rose,verte,pourpre et or de mon enfance,afin de me déposer dans la proche banlieue,où de modestes bâtiments de deux étages seulement sont noyés dans la verdure,les fleurs et les jets-d’eau.De petits squares,ou simplement des jardins puérils tout trempés de rosé,où des arbres,des kiosques,des chaises à la Peynet,et des massifs frais et tendres comme des aquarelles,vous accueillent pour un instant de repos ou une minute de méditation.Hâvres de paix piquetant la ville et ses environs,où il fait bon respirer un air pur et embaumé.En observant mieux,on peut se rendre compte que chaque immeuble tourne sur lui-même à la façon des tournesols,de façon à exposer en permanence la partie la plus habitée aux rayons du soleil, en suivant sa course.
Où suis-je,qui suis-je ? Je me sens tout à coup honteux de ne pas avoir à m’inquiéter du lendemain et pense que rien n’est plus faux qu’un rire qui se force.Le bonheur coule entre mes doigts écartés de mes mains percées.Je tombe mon habit de lumière et revêts les hardes de la mendicité;je vous en conjure,chèvres barbues,ne sautez pas de désapprobation,vous allez exciter les boucs inquiets.Je prends ma tête entre les mains;j’ai tout faux;je n’y connais rien et “il n’y a pas de liberté pour l’ignorant *.Je suis ligoté au totem de la bêtise.
.....ils trouvèrent l’homme désarmé,sans garantie ni occupation,corrompu par la masse,perdu parmi les siens,”sachant que sa vie ne serait pas vraie si elle n’était pas ajustée à l’imminence de la Mort ** Connaissant que ce qui est rare est précieux,du fond de son être,par atavisme peut-être,par amour sûrement,l’homme sentit monter à ses lèvres un refrain que,tout jeune,il entendait fredonner à son père lorsque ce dernier avait des ennuis.Son coeur se pinça au souvenir de ses parents et il se mit à chanter:
“J’emmerde les gendarmes,là-haut, là-haut,
j’emmerde les gendarmes et.................
Rien n’est jamais perdu d’avance,et comme le dit le proverbe espagnol:
“No hay mal que por bien no venga” ***
* Condorcet ** Malraux *** Tout est bien qui finit bien
J’allais ainsi,pensant qu’il y aurait toujours des riches et des pauvres,des décorés et des tondus,mais espérant qu’un jour sans doute,les rôles seraient inversés.Mes pieds,bien ancrés dans leurs souliers de poussière,le nez levé et retroussé pour sentir d’où venait le vent et jouir ensuite de ce qu’il apportait,combien de fois ai-je pris ma vie à bras le corps,tout en donnant un chèque en blanc à la Mort.L’ennui,cette araignée silencieuse qui tisse sans fin sa toile,a piégé les mots que je n’ai pas su attendre,entendre et reconnaître.Seuls,certains,bien rares,ont su me piquer et me brûler.Mes textes sont restés longtemps,trop longtemps sur le feu et n’ont pu que s’envoler en fumée et devenir de pauvres et tristes cendres grises et froides.
Je n’ai pas osé prendre du recul,par lassitude ou paresse sans doute,afin de scruter mon sommeil devenu insomnie et d’analyser mes rêves d’enfant transmués en cauchemars d’adulte.Pauvre idiot,qui,par intermittence se reculait et se déplaçait pour se regarder écrire.Narcisse qui croyait apercevoir la Vérité dans le miroir aux alouettes de l’Art,c’est-à-dire ses propres traits.Pourtant,si j’avais un tant soit peu observé,je me serais rendu compte que mon regard ne décelait aucun autre regard,mais seulement un vide immense et insondable.
Ma vie,ma vérité,sont changeantes et sont comme les femmes qui ne se mettent plus nues elles-mêmes mais que l’on déshabille lentement.
Pour autant,tout peut encore changer,car il est beaucoup plus glorieux de construire que de détruire,et si l’on ne boit pas de vin,on ne peut en manquer.Aussi,mon naturel revenant au galop,je ne veux pas feindre sur mon visage des sentiments que mon coeur ne partage pas.N’est-il point vrai que si certains rient,d’autres pleurent,mais que tous disparaîtront ? Pourquoi vouloir se distinguer et espérer en tirer vanité,en mettant en scène et en les glorifiant ses propres défauts ?Le bonheur existe,et si petite que soit sa trace,on n’a pas le droit de l’ignorer,de ne pas la suivre et la partager.Fermez les yeux pour la tenir au chaud et regardez autour de vous;ne sont-ils pas nombreux ceux qui bossent et ceux qui y croient ? Les autres,ceux qui rament comme des forcenés,les largués,il faut que par toutes nos facultés,toutes nos envies,toutes nos énergies et par tous les moyens que nous pouvons,que nous devons inventer,les aider à se raccrocher au petit bout de fil ténu qui traîne encore ici ou là.
J’ai un nouveau voisin qui transforme et rénove l’intérieur de sa maison,nouvellement acquise;il entrecoupe ses coups de masse ou de burin par des coups de cymbales,alors que sa compagne joue une fugue au piano.Ils paraissent heureux,car de temps à autre ils font une pause pour se bécoter tendrement.Hier,ou avant-hier,est-ce que le temps compte,des musiciens jouaient aux carrefours et sur les places publiques,des bandas parcouraient bruyamment les rues en faisant éclater leurs cuivres;la “truite”, de Schubert,était reprise en choeur par des groupes de jeunes poursuivant leurs études et qui abordaient les passants tout surpris,en leur offrant diverses friandises et en leur récitant des quatrains légers.Des chiens tiraient sur les laisses pour entraîner leurs maîtres vers les sanisettes canines,laissant ainsi la possibilité aux amateurs de belle architecture,de pouvoir enfin lever les yeux vers les balcons,balustrades,corniches et frontons fraîchement ravalés.Toilettage des immeubles,réfection des artères bordées d’une double rangée d’arbres à fleurs,curetage du fleuve et de ses berges,enfin débarrassés de tous les immondices et carcasses rouillées.Tout est net,propre,sent bon,et l’angélique de l’estuaire peut prospérer dans les marais et tout au long des rives alors qu’on la disait en voie de disparition.Les enfants occupent royalement les larges trottoirs transformés en aires de jeux et font naviguer sur les eaux pures et limpides des caniveaux,de frêles embarcations de papier.Les roucoulements des pigeons amoureux,se rengorgeant devant les orifices de leurs colombiers spécialement édifiés à leur intention,concurrencent les roucoulades plus langoureuses des tourterelles sédentaires.Ces plaintes, douces et monotones,accompagnent les pas légers des piétons qui musardent et fredonnent,ayant le temps pour eux et même l’éternité.Aujourd’hui encore,un des rares automobilistes circulant en centre ville,roulant à faible allure de conserve avec un cycliste,tout en échangeant des propos amènes, s’arrêta et d’un large sourire accompagné d’un grand geste affable,me fit signe de traverser.Plus loin,un couvreur à l’ouvrage a garni son échelle et son échafaudage,de guirlandes de lierre et de chèvrefeuille toutes piquetées de boutons de roses,invitant ainsi les passants à franchir un véritable arc de triomphe fleuri.Les garçonnets aident les personnes âgées à porter leurs cabas et les fillettes font franchir les carrefours aux cannes blanches.
En fin de matinée,je décide de prendre le tramway silencieux et non polluant,peint d’un ton pastel différent pour chaque ligne,ce qui me fait songer aux collections rose,verte,pourpre et or de mon enfance,afin de me déposer dans la proche banlieue,où de modestes bâtiments de deux étages seulement sont noyés dans la verdure,les fleurs et les jets-d’eau.De petits squares,ou simplement des jardins puérils tout trempés de rosé,où des arbres,des kiosques,des chaises à la Peynet,et des massifs frais et tendres comme des aquarelles,vous accueillent pour un instant de repos ou une minute de méditation.Hâvres de paix piquetant la ville et ses environs,où il fait bon respirer un air pur et embaumé.En observant mieux,on peut se rendre compte que chaque immeuble tourne sur lui-même à la façon des tournesols,de façon à exposer en permanence la partie la plus habitée aux rayons du soleil, en suivant sa course.
Où suis-je,qui suis-je ? Je me sens tout à coup honteux de ne pas avoir à m’inquiéter du lendemain et pense que rien n’est plus faux qu’un rire qui se force.Le bonheur coule entre mes doigts écartés de mes mains percées.Je tombe mon habit de lumière et revêts les hardes de la mendicité;je vous en conjure,chèvres barbues,ne sautez pas de désapprobation,vous allez exciter les boucs inquiets.Je prends ma tête entre les mains;j’ai tout faux;je n’y connais rien et “il n’y a pas de liberté pour l’ignorant *.Je suis ligoté au totem de la bêtise.
.....ils trouvèrent l’homme désarmé,sans garantie ni occupation,corrompu par la masse,perdu parmi les siens,”sachant que sa vie ne serait pas vraie si elle n’était pas ajustée à l’imminence de la Mort ** Connaissant que ce qui est rare est précieux,du fond de son être,par atavisme peut-être,par amour sûrement,l’homme sentit monter à ses lèvres un refrain que,tout jeune,il entendait fredonner à son père lorsque ce dernier avait des ennuis.Son coeur se pinça au souvenir de ses parents et il se mit à chanter:
“J’emmerde les gendarmes,là-haut, là-haut,
j’emmerde les gendarmes et.................
Rien n’est jamais perdu d’avance,et comme le dit le proverbe espagnol:
“No hay mal que por bien no venga” ***
* Condorcet ** Malraux *** Tout est bien qui finit bien
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire