J’ai dans la tête des routes gravées
en un carnet de bord verrouillé et codé:
des routes blanchies par la poussière des ans,
pavées de cailloux polis et brillants,
érodées par le temps,
enlacées mollement en d’anciennes étreintes,
aux dos ronds de chats assoupis,
jalonnées de nombreux souvenirs.
Des routes toutes fraîches aux contours
et détours imprévus,
vierges dans leurs paysages neufs,
folles dans leurs embrassements,
noyées par l’azur d’un horizon sans fin,
imprévues mais chéries
en leurs destinations secrètes,
fleuries des bourgeons de l’amitié.
Toutes ces routes personnelles, réelles
ou inventées, longues ou fugitives,
royales ou plébéiennes, sont en moi
à l’abri des regards curieux et des convoitises.
Bien entendu, d’autres routes, trés nombreuses,
que je n’ai pas encore empruntées,
que mon imagination ignore pour l’instant,
existent: les routes poudreuses de la foi,
douloureuses aux pieds des pélerins
mais si légères à leur âme,
les roues déflorées, gémissantes
sous les souliers cloutés des aventuriers,
les routes aristocratiques, rectilignes
et sans voies secondaires,
les routes tortueuses des indécis et bavards,
les routes haïssables jalonnées
des hontes de l’exode et de l’exil,
les routes croisées des amants fugitifs,
celles perdues des époux séparés
ou celles coupées par la viduité ou l’orphelinat.
Que de chemins à parcourir encore.
En aurai-je le temps,même par la pensée,
avant de prendre le dernier,
celui qui ne mène nulle part, mais
que tous,un jour ou l’autre,
nous suivrons.
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