mercredi 7 juillet 2010

Les bruits familiers

Les perçoit-on encor tous ces bruits familiers
qui ont bercé les nuits d’une assidue présence
et peuplé tous les jours de leurs sons réguliers
notre petite enfance et notre adolescence ?

Dans ce monde en folie qu’adultes avons construit,
où tout est si bruyant aussi bien qu’insensible,
plus personne n’écoute et n’entend plus autrui;
un silence parfait, néant irrépressible.

S’il en existe encor, certains ont disparu,
alors fermons les yeux, bouchons-nous les oreilles
et disons-nous qu’un seul suffit d’être entendu
pour nous faire entrevoir les plus belles merveilles.

Oh ! les feuilles rouillées qui par un soir d’automne
chutent, froissent au sol par un floc trés léger
le tapis de leurs soeurs en un souffle épuisé
d’avoir eu à tourner la valse monotone,
chiffonnant l’air tiédi comme ailes d’éventails,
laissant les arbres nus tels des épouvantails.

Lorsque le vent descend en hurlant en sourdine
et se souille de suie dans les conduits étroits,
par une claire nuit où au-dessus des toits
la pleine lune luit, son haleine maline
caresse comme amant les braises assoupies,
par des lutins dansant sur les tapisseries.

En bois ciré ou peint, les pendules étroites
au balancier cuivré, au va-et-vient trés lent,
fatiguées par les ans, baissant la tête aux champs
ou se dressant en ville en conquérantes droites,
égrènent les heures tout en carillonnant
et de jour et de nuit, toute la vie durant.

Tout au long de l’année s’élèvent de la rue
les appels et les cris de modestes marchands
offrant leur éventaire attirant les chalands
par un brin de mystère en leurs mots et tenues;
ferrailleurs, vitriers, vendeuses de sardines,
rémouleurs, peaux d’lapin, ramoneurs, gourgandines.

Le long des avenues qu’ombragent des platanes,
guidés par des jurons, circulent des charrois
martelant le pavé sans aucun désarroi;
ahanant sous l’effort, chevaux aussi bien qu’ânes,
vont tirant de lourds poids; les claquements des fouets
zèbrent l’air tout vibrant pour le faire chanter.

Durant les mois d’été, les causettes feutrées
sur le pas de la porte, en rond sur le trottoir,
sont musiques douces que chante le terroir
aux oreilles tendues, aux jeunes bouches bées
des enfants attentifs, pelotonnés à terre,
buvant tous ces récits plusieurs fois séculaires.

Dans le port échancré en beau croissant de lune,
abritant des bateaux venus du monde entier
qui hissent les couleurs et baissent le hunier,
les pavillons flottent, claquant au mât de hune.
La sirène avertit, rugissant par trois fois,
lorsqu’un départ a lieu dans la purée de pois.


Le vif grésillement de la corne brûlée
par le fer rougeoyant appliqué au sabot
d’où sort l’âcre fumée se formant en halo
autour de la braise et de la bête entravée.
L’enclume martelée carillonne en cadence;
gerbes d’étincelles, étoiles d’espérance.


Et pourtant le berger là-haut sur les alpages,
assoupi et rêvant prés de son feu de bois,
sait où va son troupeau, même s’il ne le voit,
les sonnailles tintant où les bêtes pacagent.
Un sifflement aigu trouble seul son repos,
de marmotte alarmée jouant avec l’écho.

Sur les toits vermoulus, girou-ettes perchées
durant le long hiver, pivotent au doux vent
du printemps revenu; frêles pantins grinçants
par leurs boulons rouillés et jointures grippées;
ces baromètres mûs par des fils invisibles
font connaître aux hommes leurs travaux prévisibles.

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