Né le jour du printemps parmi les hirondelles
le vingt et un mars en mil neuf cent vingt-six,
j’ai appris à voler, seul, de mes propres ailes
pour arriver à vous depuis ce temps jadis.
Déposé par le ciel dans la bercelonnette
d’un modeste foyer soudainement heureux,
ce jour fut éclairé d’une beauté discrète
filtrant d’un doux soleil poussant de jeunes feux.
L’hiver mourant s’en va, emportant sous l’aisselle
son lourd fardeau de pluie, de froidure et de vent,
laissant une livrée dont tout l’or étincelle
en me vêtant, enfant, jusqu’à la fin des temps.
L’été est bientôt là, tout gonflé des promesses
de ses fleurs, de ses fruits, de ses coteaux vineux,
de ses parfums de rose et multiples ivresses
qui font d’un homme jeune un être tout joyeux.
Les combats, les ennuis et les lourds sacrifices
qui pour chacun de nous font un bien triste lot,
ont été dispersés sans aucun artifice
par mes rimes cousues de guirlandes de mots.
Toutes les aurores font mille fleurs éclore
et ma muse apparaît des joyaux dans les yeux,
jusqu’aux soirs apaisés le poète élabore
et à la nuit venue allume tous ses feux.
Il faut être trouvère et garder à l’automne
les plaisirs de l’amour, les fruits dans les vergers,
les désirs aussi vifs, les teintes que se donne
la nature assoupie , aprés les jours d’été.
Puisse le temps d’hiver revenir sans trompette,
ramenant avec lui de purs et blancs flocons.
Soyons sages, discrets, en vrais amis honnêtes
aimons-nous sans compter, pour recevoir, donnons.
Être bien dans sa peau sans faire de courbettes.
Alea jacta est, passons le Rubicon.
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