lundi 31 mai 2010

Une halte à Grenade

Nous sommes à Grenade mais sais-tu
que sous son doux et profond ciel pervenche
les maures, depuis si longtemps vaincus,
prennent encore une belle revanche ?
Le Darro roule des paillettes d’or
et le Genil des pierres argentées;
fruits, fleurs et grains sont le réel trésor
qu’ils apportent en leurs eaux enlacées.

Sur l’éperon rocheux dominant le Darro
les rouges tours carrées jalonnent les murailles,
bornent des cellules renfermant des joyaux
tels beaux fruits d’ori-ent vous offrant leur grenaille;
Tous les sens en éveil et le pas mesuré,
nous parcourons les cours et les nombreuses salles,
croisant au passage quelques rires légers,
des effluves de nard, odeurs ori-entales.

Azulejos vernis, pendantifs ciselés,
arcs outrepassés, arabesques trés fluides,
par l’ombre et la lumière jouent à se cacher
dans des senteurs d’ifs chauds et de marbres humides.

Du balcon d’Aïcha nous sommes arrivés
dans la cour des li-ons dont l’ombre indique l’heure,
par des couloirs dallés aux plafonds ouvragés
de beaux marbres turquin que notre main effleure.

Les hauts palmiers de l’Alhambra balancent,
au-dessus des murs de l’Alcazaba,
leurs grosses têtes, toutes en cadence
afin de saluer la vieille tour Vela.


A l’ombre parfumée des jasmins,
viens te reposer un peu, ma fille,
prés de ces touffes de romarin,
de lavande puis de potentille.
Assieds-toi sur cette pierre plate
bien rafraîchie par le vent du soir,
dénoue ta chevelure sans hâte
puis interroge le fin miroir.

Tes mèches folles, épis ambrés,
ondoient à la brise légère
tandis que leurs blonds reflets dorés
sont comme mille lames berbères
moissonnant des roses en bouquets
pour nourrir des rêves éphémères.

L’eau murmure, chuchote et puis pleure
dessous les grands lauriers blancs fleuris;
écoute, observe, il est bientôt l’heure
où la nature vibre et frémit.

Les citernes se dressent encor
dans Albaïcin aux rues pentues
et cachent les somptueux décors
des patios des Carmen entrevues.

Entends-tu, là-bas, vers la plaza Larga
le rythme poignant du Cante Jondo,
voulant faire écho à la plaza Nueva
et à ses airs bruyants de flamenco ?


Les frais jaillissements des fontaines
et le double arc-en-ciel des jets-d’eau
sont comme une poésie sereine
en ce calme et somptueux tableau;

L’eau du bassin se ride, tu as froissé ton miroir
en y jetant cette rose happée par la fée du soir.

Mais sois heureuse car tu as vu
les neiges mauves de Nevada
se marier une fois de plus
au rouge brique de l’Alhambra.

Il nous faut repartir, recoiffe-toi, ma mie;
ton corps grisé par toutes ces sensations
frissonne de bonheur à l’appel de la vie.
Loin, les lueurs clignotantes des lampions
piquètent le Sacromonte, puis irradie
ton regard enivré de mille visions.

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