samedi 5 septembre 2009

A la manière de.... (à mes amis randonneurs)

Si j'étais troubadour,Guillaume d'Aquitaine
ou bien Marie de France à la Cour d'Aliénor,
mes ancêtres lointains en ce bien doux pays,
guideraient ma plume de leurs mains souveraines
pour écrire des vers construits en lettres d'or
et dépeindre l'amour que j'ai pour vous,amis.
Bels amis si est de nos
ne vos sanz moi,ne moi sanz vos.

Mais le grand Ruteboeuf aurait dit à ma place,
passionné,lyrique mais aussi perspicace:
Que sont mes amis devenus
que j'avais de si prés tenus
et tant aimé
je crois qu'ils sont trop clairsemés
ils ne furent pas bien semés
et se sont tus.

François Villon,âpre et merveilleux poète,
bachelier révolté,malfaiteur,assassin,
aurait tenu ma main,craintive et désuète
pour noircir les pages de sulfureux quatrains.
La pluie nous a mouillés et puis lavés,
le soleil desséchés et puis tanés,
nous ne sommes plus que cendres et poudre
mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Mais si Ronsard me dit d'aller voir si la rose
en ce matin si frais a bien enfin déclose
les plis de sa robe toute pourpre au soleil,
vos teints,assurément ,sont à elle,pareils.
Et quand vous serez vieux,le soir,à la chandelle,
assis auprés du feu bavant et tremblotant
pour chuchoter mes vers en vous émerveillant;
que Francis était bon,que l'époque était belle !

Puis Louise Labbé,la belle cordi-è-re
trempant ma plume sèche au profond de son coeur,
écrira,larmoyante,exhauçant ma pri-è-re,
une élégie morose en sapant mon bonheur:
Vraiment pour vous,amis,j'ai vécu enflammé,
languissant dans le feu je me suis consumé,
grillé,rôti,brûlé à vos plaisanteries,
à vos rires joyeux de camraderie.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
en votre compagnie ne me suis ennuyé
et comme Du Bellay mais sans aucun regret
finirai avec vous le reste de mon âge.

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés
par l'amour dévorant que moi je leur portais.
Passe encore d'aimer,mais rimer à cet âge,
il n'est point aussi sot mais veut paraître sage.
Jean de la Fontaine dans ses fables décrit
beaucoup de nos travers et nous baissons la tête
tout comme le roseau le soir dans la tempête
lorsque tomba le chêne,à terre,sans un cri.

Puis Lamartine vint en son pur romantisme,
accompagnant Vigny puis Alfred de Musset;
ils guidèrent mon goût vers un plus grand lyrisme
dont je vous fais cadeau,ô amis bien-aimés.
O lac, l'année à peine a fini sa carrière
lorsque je viens enfin y reposer mes pas,
je ne me sens plus seul,assis sur cette pierre
puisqu'en levant les yeux je vous vois bien,tous là.

J'aime le son du cor,le soir,au fond des bois
marcher à travers champs une fleur à la bouche,
écouter l'eau chanter,filtrer entre mes doigts,
humer l'odeur du vent,m'asseoir sur une souche.
Poète,prends ton luth et me donne un baiser.
A qui le donnerais-je en gage à le garder,
à l'oiseau étourdi pour le mettre sous l'aile,
à l'une d'entre vous,mais qui est la plus belle ?

Alors Victor Hugo venant à mon secours:
les champs ne sont pas noirs,les cieux ne sont pas mornes,
votre amour infini n'ayant aucune borne,
partagez vos baisers,jetez-les à l'entour.
Ce siècle avait deux ans,l'aigle courbait la tête,
triste était Olympio et rêveur le poète.

Puis passa Baudelaire et ses fleurs du mal,
ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
traversée toutefois d'amours fortes,sauvages
où je me suis vautré tel un pauvre animal.
Mais au-dessus des lacs,des champs et des vallées,
des vignes,des prairies,des nuages,des mers,
au-delà du soleil,au-delà des éthers,
ma vie à vos côtés en fut toute étoilée.

Dans le vieux parc solitaire et glacé,
les spectres ont tout-à l'heure passé.
Verlaine but un peu de son absinthe,
me regarda d'une ironie non feinte:
te souvient-il de ces jours de bonheur
où tu marchais tout en queue de la troupe
en ne voyant que des dos et des croupes
tout enivré d'amitié et d'odeurs ?

Par les soirs bleus d'été j'irai par les sentiers
picoté par les blés,fouler l'herbe menue,
récite alors Rimbaud en regardant mes pieds,
dans le vent,sous la pluie,au soleil tête nue.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
et nos amours.
Sous des jeudis pluvieux,combien de peines
et de détours.
Apollinaire ami,poète trépané,
lorsque viendra le jour,qu'enfin sonnera l'heure
où ce vil rimailleur devra abandonner,
sache que jusque là,fièrement,il demeure.

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
j'ai vu tous les soleils y venir se mirer.
Eh bien! comme Aragon en vos coeurs je veux croire
pouvoir planter mes traits pour ne plus vous quitter.

Voici des fruits,des fleurs,des feuilles et des branches
et puis voici mes vers qui ne sont que pour vous,
laissez-les s'étaler sur bien des pages blanches
sans en être,bien sûr,le moindrement jaloux;
car depuis bien longtemps je rêve à votre hanche,
à vos seins si mignons,à vos cheveux si flous,
à vos yeux veloutés d'un beau reflet pervenche,
à vos lèvres vermeilles,à vos charmants dessous.

Si je me laisse aller,que vont penser les hommes ?
Arrête s'il-te-plaît ce bien trop beau discours;
mais sachez tous,amis,que ce sacré bonhomme
a mis sur le papier tout son coeur, son amour.



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