jeudi 25 juin 2009

Les Bibis de la reine

On plaisante, on ironise sur les bibis de la reine, gentiment, en personnes bien éduquées par le passage en des institutions spécialisées et payantes, bien élevées par des gouvernantes et des précepteurs, sous les regards des ancêtres accrochés aux murs des salons, mais avec toutefois une légère pointe de condescendance dans le ton car, vous vous en doutez bien, toute personne, fut-elle Magesté, ne peut avoir le goût parfait de la gentry des Chartrons.
On a pourtant pu voir sur les pelouses du Palais Rohan, Hôtel de Ville de la grande cité dont le pur produit que je suis ne peut fouler sans risquer la contravention, fleurir des jardinières sur canotiers, des capelines géantes pour rayons tamisés, des voilettes mouchetées, des pailles plissées, des rubans multicolores, des feutres sous cloches, des turbans fantaisistes, tout cela en des formes audacieuses et parfois inédites, en des teintes de bonbons acidulés, en des assemblages se voulant créateurs mais oh combien ridicules.
De temps à autre, honnêtement, ce grotesque est effacé avec bonheur par un sourire juvénile, un col de cygne distingué, un port de tête royal et naturel, une coiffe simple et séyante rafraîchissant le regard, parmi cet étalage de fausse avant-garde mondaine, pitoyable de mauvais goût.
Lamentable, oui, ce spectacle de rides et de chairs fanées que les fonds de teint et les crèmes ne peuvent dissimuler, de ces vieux plis de graisse jaune et tremblotante, de ces regards délavés et blasés ourlés de faux cils outranciers, de ces paupières fatiguées et tombantes, de ces pommettes trop carminées, de ces dents trop blanches aux reflets carnassiers d’appareils dentaires.
Sous ces masques, sous ces coiffures de modistes provinciales pensant être en étroite symbiose avec la mode de la capitale, les critiques vont bon train, les propos fielleux fusent, mais toujours en demi-teinte et sur un ton neutre où ne persiste plus le moindre accent du terroir.Les regards vont et viennent, se posent ici et là, restant à hauteur des visages car aujourd’hui on ne s’occupe que de couvre-chefs.
La Reine enfin se montre, coiffée d’une pâtisserie rose bonbon surmontée de crème chantilly. C’est horrible, c’est à faire vomir, c’est à vous dégoûter à jamais de tous les gâteaux du monde. Oui mais voilà, l’atmosphère change imperceptiblement, devient peu à peu sympathique et presque émouvante car le sourire naturel et charmant, le regard bien droit empreint de noblesse mais aussi de douceur, ont l’air de vouloir excuser cette extravagance en auréolant visage et coiffure d’une gentillesse extrème.
Face à cette douce mais convaincante dignité royale, tous ces déguisements carnavalesques, tous ces masques de circonstance, sont subjugués et s’inclinent silencieusement en une respectueuse et trés profonde révérence.

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