vendredi 10 avril 2009

La chambre de Claire

La chambre de Claire
De la chambre à Claire, un jour, j’ai entr’ouvert la porte. Tout ce rose et ce blanc si pur, si fragile, apaisa mon regard et même l’attendrit. Sur la pointe des pieds, ayant eu la précaution de laisser sur son pas mes gros sabots d’adulte, je m’y coulais lentement et sans bruit à la manière d’Arsène Lupin. Un grand calme y régnait. Seules, quelques poussières d’or dansaient silencieusement au travers d’un oblique rayon de soleil printanier.
Tous ses objets personnels et ses jouets favoris étaient là, oisifs et inertes, en un désordre ordonné, en des poses et attitudes d’abandon mais que je devinais réprobatrices car tous regardaient l’intrus et celui-ci essayait vainement de se faire tout petit, tout petit, afin que l’on veuille bien l’excuser.
Un léger et subtil parfum flottait dans l’air et mes narines dilatées reconnurent les essences de lavande, de fleur d’oranger et de rose, mélangées aux odeurs plus caractéristi- ques et plus denses des crayons à papier et des livres de classe. Quelques dessins aux couleurs vives pendaient aux murs. Ils accrochèrent mon regard et me firent des signes, me faisant comprendre qu’ils s’ennuyaient un peu dans leurs cadres vitrés.
Imperceptiblement au début, puis de plus en plus vibrant, un air de rondo chatouillait agréablement mes oreilles, joué par une flûte traversière, accompagnée dans les reprises par un piccolo plus aigu. J’étais ravi mais tout aussi charmé à la fois. Mes pensées caracolaient, légères, en harmonie avec les notes claires et hautes. Du ravissement je passais rapidement à l’émerveillement, car là, sous mes yeux captivés et éblouis, apparut la diaphane silhouette de ma petite amie, animée par des pas de danse, sautant, virevoltant, légère et aérienne comme une sylphide, svelte et souple comme le roseau. Sa longue chevelure ondoyait tout autour de son visage à l’ovale vaporeux, en de multiples ondulations chatoyantes et mordorées.
Un sourire éclaira son fin minois et atténua quelque peu son air sérieux et attentif. Je compris qi’il m’était adressé et une onde de joie fit tressaillir mon coeur. Pris d’un soudain vertige, le corps et l’esprit envahis d’une douce indolence et d’une surprenante appesanteur, je perdis la notion du temps mais aussi du réel. Quelques secondes plus tard, je me laissais aller sur la moquette laineuse, la tête dans l’univers féérique de mon enfance retrouvée. C’est ainsi que, lové dans le parfum de la chambre de Claire, je m’assoupis.

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